mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201432 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juin 2022, le 26 juin 2023 et le 18 juin 2024, M. A, représenté par la SELAS Devarenne associés Grand Est, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle la préfète de la région Grand Est a autorisé l'EARL Huguenin à exploiter une surface de 23,8895 ha sur les communes de Baudrecourt (parcelle YE 47), Morancourt (parcelles ZM 16, ZM 17, ZM 18, ZB 10 et ZC 08) et Rachecourt Suzemont (parcelles ZC 22 et ZC 23) ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est de lui délivrer une autorisation d'exploiter sur l'ensemble des parcelles et de rejeter la demande d'autorisation de l'EARL Huguenin dans un délai d'un mois à compter du jugement à venir, ou à défaut de réexaminer la situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir éventuellement sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées méconnaissent les articles L. 331-1-1, L. 331-1-2 et L. 331-3-1 du code rural dès lors que la préfète de région a inclus dans la surface qu'il exploite des terres appartenant à une indivision dénommée " succession A " et disposant d'un numéro SIRET et d'un numéro de pacage ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète de la région Grand Est a considéré que l'analyse de la situation des exploitations n'a pas permis de départager les demandes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 1er mai 2024 et le 19 août 2024, la société Earl Huguenin, représentée par Me Merger, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 31 juillet 2024, la clôture a été fixée au 30 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté préfectoral n°2021-658 du 19 novembre 2021 relatif au schéma régional des exploitations agricoles Grand Est ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Me Lambert, représentant M. A et de Me Merger, représentant l'EARL Huguenin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a sollicité le 26 janvier 2022 auprès de la préfète de région Grand Est l'autorisation d'exploiter plusieurs parcelles sur les communes de Baudrecourt, Morancourt et Rachecourt-Suzemont. L'EARL Huguenin a déposé la même demande. Par deux décisions du 27 avril 2022, la préfète de la région Grand Est a autorisé le requérant et l'EARL Huguenin à exploiter une surface de 23ha 88a 95ca sur les communes de Baudrecourt (Parcelle YE 47), Morancourt (Parcelles ZM16, ZM17, ZM18, ZB10, ZC08) et Rachecourt-Suzemont (Parcelles ZC22 et ZC23. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision autorisant l'EARL Huguenin à exploiter les parcelles et qu'il soit enjoint à la préfète de la région Grand Est de prendre une décision l'autorisant exclusivement à exploiter les parcelles objet de sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles ; 2° Promouvoir le développement des systèmes de production permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13, ainsi que leur pérennisation ; 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-1-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre : 1° Est qualifié d'exploitation agricole l'ensemble des unités de production mises en valeur, directement ou indirectement, par la même personne, quels qu'en soient le statut, la forme ou le mode d'organisation juridique, dont les activités sont mentionnées à l'article L. 311-1 ; 2° Est qualifié d'agrandissement d'exploitation ou de réunion d'exploitations au bénéfice d'une personne le fait, pour celle-ci, mettant en valeur une exploitation agricole à titre individuel ou dans le cadre d'une personne morale, d'accroître la superficie de cette exploitation ; la mise à disposition de biens d'un associé exploitant lors de son entrée dans une personne morale est également considérée comme un agrandissement ou une réunion d'exploitations au bénéfice de cette personne morale ; 3° Pour déterminer la superficie totale mise en valeur, il est tenu compte de l'ensemble des superficies exploitées par le demandeur, sous quelque forme que ce soit et toutes productions confondues, en appliquant les équivalences fixées par le schéma directeur régional des exploitations agricoles pour les différents types de production ". Aux termes de l'article L. 331-2 même code : " I.-Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. La constitution d'une société n'est toutefois pas soumise à autorisation préalable lorsqu'elle résulte de la transformation, sans autre modification, d'une exploitation individuelle détenue par une personne physique qui en devient l'unique associé exploitant ou lorsqu'elle résulte de l'apport d'exploitations individuelles détenues par deux époux ou deux personnes liées par un pacte civil de solidarité qui en deviennent les seuls associés exploitants () ". Aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 331-3 du même code : " [L'autorité administrative] vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ".
3. Il ressort des termes des décisions attaquées que la préfète de la région Grand-Est a comptabilisé, pour le calcul de la surface pondérée exploitée par le requérant, des parcelles appartenant à l'indivision A dont le requérant est l'un des indivisaires. Si M. A soutient que l'indivision dispose d'un numéro SIRET et d'un numéro de pacage distincts de ceux de sa propre entreprise agricole, il n'allègue pas qu'il n'exploiterait pas lui-même ces terres. Ainsi, ces parcelles devaient être intégrées dans le calcul de la surface pondérée. Dès lors, la préfète de la région Grand-Est n'a pas méconnu des articles L. 331-1-1, L. 331-1-2 et L. 331-3-1 du code rural en prenant en compte ces parcelles pour classer au rang n° 2 l'exploitation du requérant, soit le même rang de priorité que celui attribué à l'EARL Huguenin.
4. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté préfectoral n°2021-658 du 19 novembre 2021 relatif au schéma régional des exploitations agricoles Grand Est : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis ci-dessous et, le cas échéant, application d'un coefficient de pondération. Au regard de l'article L. 331-3-1 du CRPM, dans le cas de demandes concurrentes relevant d'un même rang de priorité, l'autorité administrative compétente recourt aux critères de l'article 5 du présent schéma afin d'éclairer sa décision et peut délivrer plusieurs autorisations pour des candidatures relevant du même rang de priorité. L'autorisation peut n'être délivrée que pour une partie de la demande, notamment si certaines des parcelles sur lesquelles elle porte font l'objet d'autres candidatures prioritaires au regard du SDREA. Les priorités sont déclinées selon les modalités ci-après et classées du rang1 à 3; le rang 1 étant le plus prioritaire ". Il ressort des dispositions de l'arrêté préfectoral n°2021-658 du 19 novembre 2021 relatif au schéma régional des exploitations agricoles Grand-Est. Aux termes du 3 de l'article 5 du même arrêté : " Pour départager les candidatures relevant du même rang de priorité et en application de l'article L.312-1 du CRPM, l'autorité administrative applique la liste de critères ci-dessous : l'exploitation a le ratio SAU/UTA le plus faible ou écart inférieur à 20 ha/UTA avec le plus faible (le ratio est calculé après reprise des biens demandés) ;l 'exploitation comporte au moins un chef d'exploitation ou un associé exploitant ayant la qualité d'exploitant à titre principal et n'ayant pas atteint l'âge légal de la retraite ; () l'exploitation présente une diversité de productions ; () le projet contribue à l'amélioration du parcellaire de l'exploitation ; () tous les chefs d'exploitation ou associés exploitant de l'exploitation répondent aux conditions d'expérience ou de capacité professionnelle (précisé au I de l'article R.331-2 du CRPM) ; les biens objets de la demande sont des biens propres, des biens du conjoint ou du partenaire lié par un PACS, ou des biens de famille de ceux-ci jusqu'au 3ème degré ; () le demandeur n'a pas de perspective de regroupement avec une exploitation familiale dont la superficie est supérieure à la dimension économique viable ; l'exploitation est autonome dans son fonctionnement et dans ses moyens de production. Ces critères doivent être justifiés au moment du dépôt de la demande, et au plus tard à la date de la décision administrative. Si l'utilisation de l'ensemble de ces critères ne permet pas à l'autorité administrative d'identifier un dossier prioritaire, alors une attention particulière sera donnée aux critères suivants : les biens demandés sont destinés à l'installation d'un jeune agriculteur avec DJA qui dispose, à la date de la décision, de l'accusé de recevabilité de la demande d'aide à l'installation ou, à défaut, du plan.de professionnalisation personnalisé (PPP) validé et valide ; l'exploitation est certifiée ou en cours de conversion à l'agriculture biologique et les terres objets de la demande sont exploitées en agriculture biologique. Si l'utilisation de ces deux critères ne permet pas d'identifier une demande prioritaire, alors l'autorité administrative pourra : soit prendre une décision en pondérant un des critères de la liste initiale et justifiera de l'utilisation du ou des critères ayant servi à départager les demandes entre elles ; soit délivrer plusieurs autorisations, comme stipulé à l'article 3 ".
5. Pour constater qu'il était impossible de départager les candidats, la préfète de la région Grand Est a considéré que l'EARL Huguenin n'avait pas de perspective de regroupement avec une exploitation familiale dont la superficie est supérieure à la dimension économique viable et que la demande du requérant portait sur des biens de famille. Le requérant affirme que sa situation permettrait de retenir d'autres critères. Toutefois, en premier lieu, la liste de bovins produite par le requérant ne suffit pas à démontrer que son exploitation présenterait une diversité de production. En second lieu, en se bornant à affirmer que les parcelles concernées sont mitoyennes à celles qu'il exploite, il ne démontre pas que l'autorisation d'exploiter permettrait l'amélioration du parcellaire de son exploitation. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète de la région Grand-Est a relevé que chacune des demandes concurrentes satisfaisait à cinq des critères définis au point 3 de l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles, en a déduit que ces critères ne permettaient pas de départager les candidats et a délivré deux autorisations.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la préfète de la région Grand Est en date du 27 avril 2022 doivent être rejetées y compris les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'EARL Huguenin et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à l'EARL Huguenin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'EARL Huguenin et au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
B. ALIBERT
Le président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026