vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201522 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. C A représenté par Me Lombardi demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 800 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter des observations préalables, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article
L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation de sa situation dans l'application de l'article L. 612-10 et de l'article
L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La procédure a été communiquée à la préfète de l'Aube qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative,
Le président du tribunal a désigné Mme Fabre, conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Le requérant et la préfète de l'Aube n'étant ni présents, ni représentés, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article
R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien est entré irrégulièrement selon ses déclarations en France en 2017. Le 13 novembre 2019, il a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile, demande rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 4 février 2021. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 29 juillet 2021. Par un arrêté du 4 juillet 2022, la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté.
2. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions et stipulations pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé.
3. Les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent qu'aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte que les requérants ne sauraient tirer de ces stipulations un droit d'être entendus dans toute procédure relative à leur demande.
4. Si M. A soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté, il a pu faire valoir ses observations au moment de sa garde à vue le 3 juillet 2022 pour défaut de permis de conduire, qui a précédé l'intervention de l'acte en litige.
5. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 3 juillet 2022 par les services de la police nationale et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire, qu'il est défavorablement connu des forces de police pour des faits similaires commis en 2020 et 2021, ainsi que pour des faits de rébellion. Par suite, la préfète de l'Aube a pu sans commettre d'erreur d'appréciation estimée que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "
8. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, si les dispositions de l'article L. 435-1 du même code permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" ou " salarié " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte que
M. A ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre du refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a été ni présentée ni examinée sur le fondement de cet article.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
10. M. A invoque sa présence sur le territoire national depuis 2017 et la présence de ses deux enfants en France. Il se prévaut également de la présence de sa sœur chez qui il est hébergé. Il ne dispose pas d'un logement personnel. Les seules productions d'un acte de naissance de sa fille, d'une preuve de virement bancaire et d'un certificat de scolarité ne sont pas de nature établir la participation directe de l'intéressé à l'entretien de ses enfants. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France. Il ne justifie pas avoir noué en France, des liens personnels et familiaux quelconques susceptibles de traduire une intégration suffisante. M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les stipulations précitées en édictant la mesure en litige.
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français."
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
13. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La magsitrate désignée,
Signé
A.-L. B La greffière,
Signé
K.-A. CLEDELIN
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