vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FILOR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juillet 2022 et 20 février 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Campagnolo, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 23 juin 2022 par laquelle l'inspecteur du travail par intérim de la première unité de contrôle de la Marne a autorisé son licenciement pour motif économique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société CEVA Logistics France SAS la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée et révèle que tous les contrôles à opérer n'ont pas été menés ;
- le motif économique de son licenciement est inexistant dans la mesure où le client unique avait proposé de prolonger le contrat jusqu'en décembre 2022 et qu'il revenait à son employeur de faire respecter les dispositions de l'article L. 1224-1 du code du travail ;
- la société a orchestré la cessation d'activité ;
- l'inspecteur du travail a méconnu son office concernant l'obligation de reclassement de la société dès lors qu'il n'a pas vérifié que la liste proposée avait été élaborée à la suite d'une démarche exhaustive, sérieuse et loyale ni l'adéquation des postes proposés avec son profil ;
- les recherches de reclassement n'ont pas été effectuées de façon individuelle, contrairement à ce que prévoyait le plan de sauvegarde de l'emploi et ne contenaient pas les informations essentielles ;
- les listes de postes ont été actualisées avec parcimonie, alors que le groupe CMA-CGM a fait l'acquisition de la société GEFCO, qui offrait des perspectives nouvelles de reclassement ;
- elle n' a pas été informée par lettre motivée des motifs pour lesquels elle n'a pas été retenue pour un poste ouvert au reclassement ;
- des postes sans lien avec son profil ont été proposés ;
- aucune recherche de reclassement exhaustive à l'échelle du groupe sur le territoire national n'a été opérée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 novembre 2022 et 4 avril 2024, la société CEVA Logistics France SAS, représentée par Me Loquet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Me Duminil pour la société CEVA Logistics France SAS.
Considérant ce qui suit :
1. La société CEVA Logistics France SAS, qui appartient depuis 2019 au groupe CMA-CGM, exerçait dans le secteur d'activité de la " logistique contractuelle " et disposait d'un seul établissement situé à proximité de l'aéroport de Vatry (zone aéroportuaire Vatry 1) comprenant soixante-huit salariés. En raison de la non reconduction de son contrat avec son unique client, la société Fiat Chrysler Automobiles Italy (FCAI), qui arrivait à échéance le 31 décembre 2021, la société a décidé de cesser son activité. Le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) du Grand Est a homologué le document unilatéral fixant le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de l'entreprise le 2 mars 2022. La société CEVA Logistics France SAS a ensuite saisi, le 26 avril 2022, l'inspecteur du travail territorialement compétent d'une demande d'autorisation de licenciement de Mme A, qui avait intégré les effectifs de la société à partir du 7 septembre 2001, occupait en dernier lieu un poste d'employée administrative et détenait le mandat de membre titulaire de la délégation du personnel au conseil social et économique (CSE) depuis le 20 mai 2019. Cette autorisation a été accordée par une décision du 23 juin 2022, dont Mme A demande l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en litige :
2. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel / () Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ". Aux termes de l'article D. 1233-2-1 du même code : " I. - Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. / II. - Ces offres écrites précisent : / a) l'intitulé du poste et son descriptif / b) le nom de l'employeur / c) la nature du contrat de travail / d) la localisation du poste / e) le niveau de rémunération / f) la classification du poste () ".
3. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises du groupe auquel elle appartient. Il appartient au juge, pour apprécier le respect par l'employeur de l'obligation de moyens dont il est débiteur pour le reclassement d'un salarié, de tenir compte de l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment de ce que les recherches de reclassement conduites au sein de l'entreprise et du groupe ont débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus avancés par le salarié.
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article D. 1233-2-1 du code du travail que l'employeur, pour satisfaire à son obligation de reclassement, a la possibilité, à la place d'une offre personnalisée, de communiquer aux salariés visés par un licenciement pour motif économique la liste des offres disponibles. S'il ressort des pièces du dossier que la société CEVA Logistics France SAS a adressé à Mme A, par des courriers avec accusé de réception des 23 décembre 2021 et 8 mars 2022, la liste des postes ouverts au reclassement dans les différentes entreprises du groupe CMA-CGM, cette dernière ne comportait ni le nom de l'employeur, alors que le périmètre de reclassement s'étendait sur seize entreprises du groupe établies en France, ni, au surplus, la nature du contrat proposé. Dans ces conditions, et en dépit de la circonstance que les salariés visés, de par leurs mandats représentatifs, auraient reçu une information préalable, la société CEVA Logistics France SAS a méconnu les obligations d'information complète et exacte du salarié lui incombant, telles qu'elles découlent notamment des dispositions précitées de l'article D. 1233-2-1 du code du travail.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 23 juin 2022 autorisant son licenciement pour motif économique.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société CEVA Logistics France SAS demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge solidaire de l'Etat et de la société CEVA Logistics France SAS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail du 23 juin 2022 est annulée.
Article 2 : L'Etat et la société CEVA Logistics France SAS verseront solidairement à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la société CEVA Logistics France SAS présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société CEVA Logistics France SAS.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Grand Est.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
P.-H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026