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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201676

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201676

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 17 avril 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 23 mai 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé son maintien à l'isolement d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de prolongation de placement à l'isolement est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle a méconnu les droits de la défense dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a pu consulter son dossier préalablement à l'audience et s'y faire assister d'un avocat ;

- elle a été prise sans qu'il puisse disposer du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires ;

- la décision attaquée a méconnu les dispositions de l'article R57-7-73 du code de procédure pénale en l'absence de recueil préalable de l'avis écrit du médecin ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les fautes commises ne sont pas de nature à justifier son placement à l'isolement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soistier, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, écroué depuis le 6 décembre 2013, a été transféré, le 13 décembre 2021, à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne. Par une décision du 23 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé de la prolongation de sa mise à l'isolement, du 27 mars au 27 juin 2022. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale, alors applicable ; " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée ". Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-64 du même code : " () Le chef d'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du ministre de la justice. / La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultative, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

4. Il est constant que l'édiction de la décision en litige n'a pas été précédée du recueil de l'avis du médecin intervenant dans l'établissement, en méconnaissance des dispositions précitées. Le ministre fait valoir en défense que l'ensemble des médecins de l'unité sanitaire ayant exercé leur droit de retrait eu égard au comportement du requérant, il était dans l'impossibilité de recueillir l'avis prévu par les dispositions précitées. Toutefois, il n'établit pas en produisant un courriel par lequel le médecin responsable de l'unité médicale de l'établissement l'informe que l'ensemble de l'unité met en œuvre son droit de retrait en ce qui concerne M. A, qui fait suite à une invitation du chef d'établissement à rendre l'avis exigé par les dispositions précitées, avoir entrepris toutes les démarches nécessaires pour obtenir cet avis dont, en outre, il ne ressort pas de ces mêmes dispositions qu'il impliquait un examen de M. A. Le recueil de cet avis constitue pour la personne détenue une garantie, dont le requérant a, en l'espèce été privé.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 23 mars 2022 par laquelle la garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation du placement à l'isolement de M. A du 27 mars au 23 juin 2022 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 mars 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation du placement à l'isolement de M. B A du 27 mars au 27 juin 2022, est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me David la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Nizet, président,

- M. Soistier, premier conseiller,

- M. Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. SOISTIERLe président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

I. DELABORDE

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