mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 9 juin 2022 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a pris une mesure de sortie de son lieu d'hébergement et prononcé une cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, et ce à compter de la date du refus ;
3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il a été privé d'une garantie dès lors qu'il n'est pas démontré que l'OFII aurait pris en compte sa vulnérabilité ;
- il n'est pas démontré que sa vulnérabilité a été prise en compte à l'issue d'une évaluation menée par des agents ayant reçu une formation spécifique à cette fin, en respect des dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est excipé de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il n'a pas été informé de ce que son absence de quelques jours du centre d'hébergement pouvait conduire au retrait de l'intégralité des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance des articles L. 551-10 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a été ainsi privé d'une garantie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme de Laporte, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en 1998 et de nationalité érythréenne, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 2 novembre 2021. Il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil dont bénéficient les demandeurs d'asile à compter du 3 novembre 2021. Par une décision du 9 juin 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a pris une mesure de sortie de son lieu d'hébergement et prononcé une cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Par décision du 11 octobre 2022, la cour nationale du droit d'asile a fait droit à la demande de M. A et lui a accordé le statut de réfugié. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 11 octobre 2022.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Si le requérant conteste avoir abandonné son hébergement, en relevant qu'il était allé rendre visite à un ami malade et qu'en retenant ce motif la décision en ligie est entachée d'une erreur de fait, ce moyen relève du bien-fondé de la décision attaquée et non de l'existence d'une erreur matérielle qui caractériserait une erreur de fait. Le moyen doit être écarté.
4. La décision contestée mentionne que M. A a abandonné son lieu d'hébergement depuis une quinzaine de jours et que cette absence pénalisant les autres demandeurs d'asile, il est ainsi mis fin avec effet immédiat à sa prise en charge dans ce lieu d'hébergement. La lettre du même jour adressée à l'intéressé indique par ailleurs que l'abandon d'hébergement est un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil conformément à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la mesure, ainsi édictée par le directeur territorial de l'OFII, de cessation de prise en charge de M. A dans le centre d'hébergement de demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. "
7. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, et alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande au guichet unique des demandeurs d'asile le 3 novembre 2021, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".
9. M. A soutient qu'il n'est pas démontré que sa vulnérabilité a été prise en compte à l'issue d'une évaluation menée par des agents ayant reçu une formation spécifique à cette fin, en respect des dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Aucune des dispositions précitées au point 8 n'impose que soit portée la mention, sur le compte-rendu d'entretien de vulnérabilité, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant l'intéressé ne fait valoir aucune circonstance qui permettrait de considérer qu'il aurait été reçu par un agent n'ayant pas bénéficié de la formation prévue. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à ce que l'entretien d'évaluation préalable n'aurait pas été conduit par un agent qualifié ne peut qu'être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ()".
12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'offre de prise en charge au titre du dispositif d'accueil, acceptée et signée par le requérant le 3 novembre 2021, que l'intéressé a bénéficié, dans une langue qu'il comprend, des informations portant sur ses obligations, les conditions et les modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, contrairement à ce que soutient M. A, la décision litigieuse a été prise après qu'il a été régulièrement informé. Il s'ensuit que la décision attaquée n'est pas entachée d'un vice de procédure.
13. Il ressort des pièces du dossier que par courriel du 31 mai 2022, la directrice du centre d'hébergement, où était pris en charge le requérant, indique que ce dernier a quitté sa chambre le 16 mai 2022. Lors d'un échange téléphonique avec son référent, il a mentionné être à Paris et revenir le 23 mai 2022. La directrice lui a proposé un rendez-vous le 24 mai 2022 afin de lui rappeler le règlement. M. A ne s'est pas présenté à cet entretien et n'a plus répondu aux appels téléphoniques. Le 30 mai 2022, cette dernière s'est rendue dans la chambre de M. A et a constaté son absence. En se bornant à faire valoir ne s'être absenté que quelques jours, M. A ne justifie pas d'un motif légitime expliquant les raisons pour lesquelles il a quitté son lieu d'hébergement durant plus de quinze jours. Eu égard à ces circonstances, le requérant doit être regardé comme ayant quitté le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis, justifiant une mesure de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au sens de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
14. M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.
15. M. A, qui ne fait état d'aucun élément un tant soit peu étayé de nature à caractériser la situation de vulnérabilité dans laquelle il allègue avoir été à la date de la décision attaquée, n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 9 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquences les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,
M. Clemmy Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
S. C
Le président,
Signé
O. NIZET
La greffière,
Signé
I. DELABORDE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026