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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201727

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201727

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 21 juillet 2022 et le 2 janvier 2023, M. A B de Grace G, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale territorialement compétente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant la durée de ce réexamen, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. G soutient que :

- la signataire de l'arrêté attaqué n'avait pas été régulièrement déléguée pour ce faire ;

- l'arrêté attaqué n'est pas signé, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- procède d'une erreur de droit, en ce que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de fait quant aux liens entretenus avec son père de nationalité française ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée à la préfète d'Indre-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Castellani, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant congolais né en 1993, est entré en France en juillet 2017, muni d'un visa de court séjour. Il a sollicité en 2019 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 février 2022, dont il demande l'annulation, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par arrêté du 21 mai 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme D C, préfète d'Indre-et-Loire, a donné délégation à Mme E F à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, de la préfète, y compris : / les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte, conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et est, par suite, suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. G. En particulier, d'une part, les éventuels risques pour sa sécurité en cas de retour en République du Congo, dont la préfète a indiqué de manière erronée qu'ils n'avaient pas été allégués, sont sans incidence sur le droit au séjour de M. G en France. D'autre part, si l'arrêté mentionne à tort que le requérant ne justifie pas entretenir des liens avec son père de nationalité française, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ce dernier l'héberge, il résulte de l'instruction que cette inexactitude matérielle n'a pas eu d'incidence sur l'examen de sa situation et sur le sens de la décision relative au séjour, et en particulier sur l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels ou sur l'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Enfin si le requérant reproche à l'autorité préfectorale de ne pas faire état de ses perspectives d'intégration professionnelle en qualité de plombier, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour uniquement à raison de sa vie privée et familiale.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait estimée tenue de refuser un titre de séjour au requérant. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut dès lors qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

9. M. G se prévaut de la durée de son séjour de cinq années à la date de la décision attaquée, de ses attaches en France, notamment de la présence de son père de nationalité française qui le prend en charge, et de ses oncles titulaires d'une carte de résident, ainsi que de sa qualification professionnelle en qualité de plombier obtenue en République du Congo. En ne regardant pas l'ensemble de ces circonstances, alors par ailleurs que l'intéressé ne conteste pas que son enfant né en 2010 réside en République du Congo, où il a vécu lui-même jusqu'à l'âge de 24 ans, comme constituant des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour, sollicitée au titre de la vie privée et familiale, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. G, telles qu'énoncées au point 9 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. G une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît dès lors ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écartée.

14. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. G doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

16. En premier lieu, la décision octroyant un délai de départ volontaire est une décision concourant à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, si l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose que cette décision soit motivée au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle est suffisamment motivée.

17. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de ne pas octroyer un délai de départ volontaire à M. G, eu égard aux conditions de son séjour, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Il ressort des points 13 et 14 du présent jugement que l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B de Grace G, à Me Louis Maillard et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A.-C. CASTELLANI

La présidente,

Signé

A.-S. MACHLa greffière,

Signé

A. DEFORGE

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