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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201836

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201836

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2022, Mme B A, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter dans un délai de trente jours le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à défaut d'exécution volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en ce qu'il ne fait pas état à sa situation personnelle, familiale et notamment à la présence de sa fille et de ses petits enfants qui vivent avec elle dans la Marne, ni de sa situation de femme isolée dans son pays d'origine ; les considérations de droit ne sont pas évoquées non plus ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté méconnait son droit d'être entendue tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle n'a pu formuler des observations utiles sur son ancrage en France, la nécessité d'un suivi médical qui implique que sa famille soit à ses côtés et sur son absence d'attaches au Bénin ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'ensemble de sa famille demeure en France, en la personne de sa fille unique qui détient une carte de résident et ses petites enfants mineurs ; elle a besoin de ses proches à ses côtés ; bien qu'elle ait une adresse chez Assor, elle vit au domicile de sa fille et contribue à l'éducation de ses petits-enfants ;

- l'arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une autre erreur de droit en ce qu'elle a la qualité d'ascendant à charge de Français ;

- le préfet n'a pas tenu compte des risques réels auxquels elle sera exposée dans son pays d'origine ; la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit en ce que sa vie sera menacée en cas de retour au Bénin et ne détermine pas précisément le pays à destination duquel elle devra être reconduite ; le préfet n'établit pas qu'elle serait admissible dans un autre pays.

La procédure a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 8 juillet 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Gabon en présence de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise née en juillet 1955, est entrée en France le 3 novembre 2016 munie d'un visa de court séjour. Elle a présenté le 14 mars 2018 une première demande de titre de séjour en invoquant son état de santé. Mais après avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de la Marne lui a opposé un refus qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 13 septembre 2018. Le préfet a prononcé dans le cadre de cette mesure d'éloignement une assignation à résidence le 13 novembre 2018. Mme A, qui n'a pas déféré à la mesure d'éloignement, a déposé le 21 juin 2021 une demande admission exceptionnelle de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 21 février 2022 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite au besoin d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A vit en France depuis plus de cinq ans, qu'elle n'a plus d'attaches proches au Bénin et qu'elle est hébergée chez sa fille unique qui est titulaire d'une carte de résident. Il n'est par ailleurs pas contesté qu'elle s'occupe de ses petits-enfants alors que sa fille travaille à Paris. Ces considérations établissent que les liens familiaux de Mme A sont plus intenses en France qu'au Bénin. Mme A a mis à profit ses années de séjour en France pour y tisser des liens stables, s'y intégrer et y mener l'essentiel de sa vie privée. Dans ces conditions, le préfet de la Marne a, en rejetant sa demande de titre de séjour, porté à son droit à mener une vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels ce refus a été prononcé. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens au soutien des présentes conclusions, la décision portant refus de titre de séjour opposée à Mme A a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit être annulée.

3. L'annulation de la décision portant rejet de la demande de titre de séjour de Mme A prive de base légale les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, prises sur son fondement. Par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, ces décisions doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Marne de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gabon, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Marne du 21 février 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gabon, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Marne et à Me Gabon.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

Signé

P. CLa greffière,

Signé

I. ROLLAND

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