jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ACG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 août 2022, 10 février 2023 et
13 octobre 2023, Mme A D et M. B C, représentés par Me Loreaux, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette n° 73400/2022/8/23 du 7 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Vadenay (51) a mis à leur charge une somme de 19 232 euros au titre de la participation pour voirie et réseaux (PVR) ;
2°) de mettre à la charge de la commune le versement de la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le maire de la commune de Vadenay était incompétent pour représenter la commune en justice dès lors que la délibération du conseil municipal du 5 septembre 2022 l'habilite à ester en justice dans le cadre d'une autre instance ;
- pour les mêmes raisons, il doit être déclaré comme irrecevable à agir ;
- la commune de Vadenay était incompétente, au regard des dispositions des articles
L. 332-11-1 et L. 332-13 du code de l'urbanisme, pour émettre un titre de recette en matière de PVR, compétence relevant de la communauté d'agglomération de Châlons-en-Champagne, établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre (EPCI) ;
- le titre de recette est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne mentionne ni les bases de liquidation de la PVR, ni la délibération du conseil municipal de 2005 fixant celle-ci, ni le délai de règlement et présente une superficie non justifiée au regard du plan annexé à la délibération précitée ;
- le titre de recette méconnait les dispositions de l'article L. 332-11-1 du code de l'urbanisme ;
- il est mal fondé, en l'absence de délibération du conseil municipal mentionnant les bases de calcul de la PVR conformément au nouveau zonage des parcelles assujetties à cette taxe ainsi que le détail des travaux engagés relatifs aux réseaux d'eau potable, d'électricité et d'éclairage public ;
- la commune ne pouvait fonder son titre de recette ni sur la délibération du 9 juin 2005, dont le plan de zonage n'est plus adapté à la réalité des nouvelles parcelles aux dimensions différentes, ni sur le document d'arpentage de 2019 ;
- le coût réel des travaux induit par la PVR dépasse le coût prévisionnel et intégrait le financement des moyens de lutte contre l'incendie ;
- le cumul de la PVR avec la taxe d'aménagement est illégal ;
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 décembre 2022 et le 20 septembre 2023, la commune de Vadenay, représentée par la SELAS ACG et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le maire était habilité par le conseil municipal pour ester en justice ;
- la compétence de la commune de Vadenay pouvait prendre un titre de recette en matière de PVR dès lors que seul le chemin des poissonniers est classé " voie d'intérêt communautaire " ;
- le titre de recette comprenait bien les bases de liquidation ;
- la PVR était mentionnée dans la rubrique " observations " du permis de construire des intéressés ;
- la délibération du 20 juin 2005 était légale ;
- le plan des parcelles de la délibération de 2005 correspond à celui de 2019 dès lors que seule la dénomination des parcelles a changé ;
- le coût des travaux de la PVR n'était pas excessif compte tenu des prévisionnels et il devait intégrer les moyens de lutte contre l'incendie ;
- la PVR peut être cumulée avec la taxe d'aménagement sauf si celle-ci n'est pas majorée sur un secteur déterminé, ce qui n'est pas le cas pour la commune de Vadenay ;
Par ordonnance en date du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Soistier, premier conseiller,
- observations de Me Lutringer, représentant la commune de Vadenay
- et les conclusions de M. Rifflard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et M. C ont fait l'acquisition de trois terrains à bâtir sur le territoire de la commune de Vadenay. Par un arrêté n° 2019-17, le maire de la commune de Vadenay leur a accordé un permis de construire une maison individuelle. Par un titre de recette n° 73400/2022/8/23 du 7 juin 2022 la commune de Vadenay a mis à la charge des requérants la somme de 19 232 euros correspondant à la participation pour voirie et réseaux (PVR). Les requérants demandent l'annulation de ce titre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : () 2° Le versement des contributions aux dépenses d'équipements publics mentionnées à l'article
L. 332-6-1 () ". Il résulte de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige, que les communautés de communes exercent de plein droit à la place des communes les compétences assainissement, eau, création, aménagement et entretien de la voirie.
3. Il résulte de ce qui précède qu'au jour de l'émission du titre exécutoire en litige la commune de Vadenay, membre depuis le 21 septembre 2016 d'un nouvel établissement de coopération intercommunale issu de la fusion de la communauté d'agglomération de Châlons-en-Champagne et de la communauté de communes de la région de Mourmelon, n'était plus compétente en matière d'assainissement. Si elle le demeurait en matière de voirie communale non communautaire, comme l'est celle desservant le terrain des requérants, dès lors que la PVR en litige ne peut faire l'objet d'une répartition entre les coûts d'installation des différents réseaux auxquels elle contribue, le titre en litige doit être annulée dans sa totalité.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ni l'exception d'irrecevabilité soulevée par les requérants, que le titre de recette
n° 73400/2022/8/23 du 7 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Vadenay a mis à leur charge une somme de 19 232 euros de participation pour voirie et réseaux (PVR) doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D et M. C, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Vadenay demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vadenay la somme de 750 euros à verser à chacun des requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recette n° 73400/2022/8/23 du 7 juin 2022 de la commune de Vadenay est annulé.
Article 2 : La commune de Vadenay versera à Mme D et M. C, la somme, à chacun, de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Vadenay au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et M. B C et à la commune de Vadenay.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Nizet, président,
- M. Soistier, premier conseiller,
- M. Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,Le président,
SignéSigné
M. E
La greffière,
Signé
N. MASSON
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