jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201864 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL LE CAB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. B A C et Mme D A C, représentés par Me Michelet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire de Reims a délivré à la SCCV Jean-Baptiste Clément un permis de démolir et de construire un ensemble immobilier de 17 logements collectifs et 3 maisons individuelles sur un terrain situé au 6 rue Jean-Baptiste Clément, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux née du silence gardé par le maire de Reims ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Reims la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le permis de démolir et de construire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en raison d'une atteinte à l'intérêt général, en ce que l'accroissement de la surface construite et du nombre de logements autorisés emportera une augmentation de la circulation sur la rue Jean-Baptiste Clément, une multiplication du nombre d'habitants par 20 de nature à créer des nuisances sonores, et une artificialisation des sols à l'origine de l'abattage d'arbres et plantations en contrariété manifeste avec le plan de végétalisation de la commune ;
- l'arrêté méconnaît l'article UF 8.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le projet comporte un troisième niveau ;
- il méconnaît les articles 9 et 10 des règles communes des zones du même règlement ;
- il méconnaît l'article UF 14.1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le projet ne respecte pas l'obligation de plantation des espaces de stationnement ;
- il méconnaît l'article UF 14.2 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le projet ne respecte pas les espaces libres pour les opérations de logements collectifs ;
- le projet créera une servitude de vue et un surplomb de leur propriété, en méconnaissance de l'article 678 du code civil, et entrainera une perte d'ensoleillement ;
- l'accès unique à la parcelle et l'augmentation de la circulation sont de nature à porter atteinte à la sécurité publique et à la tranquillité, de sorte que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la société civile de construction vente Jean-Baptiste Clément, représentée par Me Choffrut, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. et Mme A C ne justifient pas de leur intérêt à agir ;
- le moyen tiré des troubles de voisinage est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, la commune de Reims conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions présentées par M. et Mme A C sont insuffisamment précises, de sorte que leur requête est irrecevable ;
- les requérants ne justifient pas de leur qualité de propriétaires et n'apportent pas suffisamment de précisions sur l'atteinte à leurs conditions d'utilisation, d'occupation ou de jouissance du bien, de sorte qu'ils sont dépourvus d'intérêt à agir ;
- les moyens tirés de l'atteinte à l'intérêt général et aux droits des tiers sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castellani, première conseillère,
- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,
- et les observations de Me Boia, représentant la SCCV Jean-Baptiste Clément.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 13 décembre 2021, la SCCV Jean-Baptiste Clément a sollicité du maire de Reims la délivrance d'un permis de démolir et de construire un immeuble collectif de dix-sept logements et trois maisons individuelles sur un terrain situé 6 rue Jean-Baptiste Clément. Par un arrêté du 9 mars 2022, le maire de Reims a, au nom de la commune, délivré le permis de démolir et de construire sollicité. Par un recours gracieux du 5 mai 2022, M. et Mme A C ont demandé au maire de Reims de retirer cet arrêté. Par son silence gardé sur cette demande, le maire de Reims l'a implicitement rejetée. M. et Mme A C demandent l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, en se bornant à soutenir que le permis de démolir et de construire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en raison d'une atteinte à l'intérêt général, en ce que l'accroissement de la surface construite et du nombre de logements autorisés emportera une augmentation de la circulation sur la rue Jean-Baptiste Clément, une multiplication du nombre d'habitants par 20 de nature à créer des nuisances sonores, et une artificialisation des sols à l'origine de l'abattage d'arbres et plantations en contrariété manifeste avec le plan de végétalisation de la commune, M. et Mme A C n'assortissent pas leur moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article UF 8.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Reims, relatif à la détermination de la hauteur des constructions dans la bande A : " Les constructions doivent s'inscrire dans le gabarit enveloppe défini par la hauteur de façade Hf, par une hauteur totale Ht = Hf + 4m et par une pente P. () / 1 - La hauteur de façade Hf : elle est mesurée soit au niveau de l'égout dans le cas d'un toit en pente, soit à l'acrotère d'une toiture-terrasse. Cette hauteur est définie par le plan d'épannelage et doit comporter un nombre de niveaux maximum défini comme suit : / - Hf = 7m, la hauteur de toute construction ne doit pas être supérieure à 2 niveaux soit R+1. / Hf = 10 m, la hauteur de toute construction ne doit pas être supérieure à 3 niveaux, soit R+2. () / 2 - Dans tous les cas, au-delà de la hauteur maximale de façade Hf imposée, la réalisation d'un niveau supplémentaire par rapport à la règle édictée ci-dessus est autorisée à condition de respecter une oblique de pente (P) à 30°, la hauteur totale Ht définie par une horizontale située à Hf + 4m, et d'être prévu : / - soit sous combles, / - soit sous forme d'un attique contenu à l'intérieur du gabarit enveloppe et un traitement différent des étages inférieurs ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à l'indication erronée portée sur les plans du dossier de demande, la hauteur de la façade mesurée à l'acrotère des bâtiments projetés, lesquels sont tous situés dans la bande A, s'élève à moins de 7 mètres, de sorte qu'en application du 1. de l'article 8.1.1.1. du règlement du plan local d'urbanisme, les constructions doivent en principe être édifiées en R+1. Toutefois, la commune de Reims et la SCCV Jean-Baptiste Clément font valoir que le projet, et en particulier l'attique qui le surplombe, a été autorisé sur le fondement des dispositions du 2. du même article, qui autorisent la réalisation d'un étage supplémentaire à une triple condition, dont le respect n'est pas critiqué par les requérants. Par suite, M. et Mme A C ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article 8.1.1.1. du règlement du plan local d'urbanisme.
5. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 9 et 10 du règlement commun des zones ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils ne peuvent qu'être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article UF 14.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " " 1. Les aires de stationnement réalisées en surface doivent être plantées, à raison d'1 arbre de haute tige pour 4 places avec un revêtement drainant ou en pleine terre sur 8 à 10m3 au sol par arbre. / 2. Dans le cas de stationnement aménagé sur dalle, 10% de cette emprise sera plantée de végétation arbustive, les normes suivantes seront appliquées : / Pour les arbres : 1m de terre végétale plus de 0,20m de couche drainante avec 8 à 10 m3 de terre arable par arbre. / Pour les arbustes : 1 à 2 m3 de terre arable par arbuste ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la réalisation de vingt-cinq places de stationnement, dont vingt-trois sont réalisées en surface, de sorte qu'en application de l'article UF 14.1 du règlement du plan local d'urbanisme, six arbres de haute tige doivent être plantés. Le projet autorisé prévoyant la plantation de sept arbres de haute tige au niveau des places de stationnement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article UF 14.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " () / Dans le cas d'opération de plus de 10 logements collectifs dans les secteurs UFb et UFc : 20% au minimum de la surface du terrain doivent être aménagés en espaces verts collectifs, aires de jeux et de loisirs situées à proximité des logements dont 50% seront réalisés d'un seul tenant. / Ces espaces doivent présenter une dominante végétale et seront réalisées au sol et en pleine terre. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive du projet, que 21 % de la surface du terrain d'assiette des constructions seront traités en espace vert commun, soit 351 m², dont 193 m2 d'un seul tenant représentant 55% des espaces verts. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UF 14.2 du règlement du plan local d'urbanisme.
10. En sixième lieu, les autorisations d'occupation du sol étant délivrées sous réserve du droit des tiers, les moyens tirés de la création d'une servitude de vue et d'un surplomb de leur propriété, en méconnaissance de l'article 678 du code civil, et de la perte d'ensoleillement que le projet générera sur leur bien doivent être écartés comme inopérants.
11. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dont les requérants peuvent être regardés comme se prévalant : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
12. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. D'autre part, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
13. M. et Mme A C soutiennent que l'unicité de l'accès au terrain d'assiette du projet et l'augmentation de la circulation qu'il génèrera sont de nature à porter atteinte à la sécurité et à la tranquillité publiques. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la seule augmentation du trafic généré par les constructions projetées et à l'unicité de l'accès sur la rue Jean-Baptiste Clément, sur la configuration de laquelle ils n'apportent aucun élément, le maire de Reims aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte à la sécurité ou la tranquillité publiques que génèrerait le projet. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit par suite être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A C ne peut qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Reims et la SCCV Jean-Baptiste Clément.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Reims, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à leur charge la somme de 1 500 euros à verser à la SCCV Jean-Baptiste Clément sur le fondement de ces dispositions. Enfin, la commune de Reims ne faisant pas précisément état des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance, ses conclusions tendant au versement d'une somme à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A C est rejetée.
Article 2 : M. et Mme A C verseront une somme de 1 500 euros à la SCCV Jean-Baptiste Clément en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Reims présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme D A C, à la commune de Reims et à la société civile de construction vente Jean-Baptiste Clément.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-C. CASTELLANILa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026