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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201974

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201974

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantOPYRCHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2022, Mme A C, représentée par Me Aurore Opyrchal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a rejeté son recours gracieux formé contre la décision portant refus de faire droit à sa demande d'allocation temporaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision du 27 juin 2022 est incompétent ;

- son accident survenu le 15 juin 2017 a été reconnu imputable au service et, dès lors, cette qualification s'impose à l'administration pour l'examen de sa demande d'allocation temporaire d'invalidité ;

- les séquelles au titre desquelles elle sollicite le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité sont liées à un accident de service ;

- cet accident est de nature à justifier l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle énonce que l'attribution de cette allocation est conditionnée par un taux d'incapacité permanente partielle d'au moins de 25 % ;

- le barème à prendre en compte pour la détermination du pourcentage de l'invalidité en cause est celui annexé au décret n° 68-756 du 13 août 1968.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête en s'associant aux écritures produites en défense par le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017 ;

- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés à

l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les conclusions de Mme Violette de Laporte, rapporteure publique et les observations de Me Opyrchal représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, professeure certifiée en lettres modernes, a demandé à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité qui lui a été refusée par une décision du 15 mars 2022. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du

27 juin 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a rejeté son recours gracieux formé contre la décision précédente.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si Mme C a saisi le tribunal de conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux, de telles conclusions doivent également être dirigées contre la décision initiale ayant donné lieu à ce recours gracieux et qui, prise le 15 mars 2022, a eu pour objet de rejeter la demande d'allocation temporaire d'invalidité présentée par Mme C au titre de séquelles provoquées par l'accident qu'elle a subi le 15 juin 2017.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille fixée par décret, correspondant au pourcentage d'invalidité. "

5. Aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; () ". Doit être regardé comme un accident un événement précisément déterminé et daté, caractérisé par sa violence et sa soudaineté, dont il résulte des lésions ou affections physiques ou psychologiques qui ne trouvent pas leur origine dans des phénomènes à action lente ou répétée auxquels on ne saurait assigner une origine et une date certaines.

6. Aux termes de l'article 3 du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par le conseil médical mentionné à l'article 21 ter de la loi du

13 juillet 1983 mentionné ci-dessus. Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas au ministre dont relève l'agent et au ministre chargé du budget. "

7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, pour l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité, l'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie est appréciée conjointement par le ministre dont relève l'agent et celui chargé du budget. La décision portant reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie pour l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, qui n'a pas le même objet et n'est pas prise en application de la même réglementation, ne lie pas les autorités précitées chargées, en ce qui concerne l'invalidité permanente de l'intéressé, de se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie dont il se prévaut, ainsi que le prévoient d'ailleurs les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique. Il en résulte que Mme C, pour critiquer la légalité des décisions en litige, ne saurait utilement se prévaloir de la décision du 3 septembre 2019 par laquelle la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Haute-Marne a, pour l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, reconnu l'imputabilité au service de son accident survenu le 15 juin 2017.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment d'un certificat médical établi le 30 juin 2017, que les séquelles au titre desquelles Mme C demande l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité sont liées à l'agressivité que lui a manifestée l'une de ses collègues dans le courant de l'année précédant l'arrêt de travail dont celle-ci a bénéficié à compter du

16 juin 2017. Si cet arrêt lui a été délivré au lendemain d'un évènement au cours duquel cette collègue, sur le lieu de travail, lui a adressé un geste offensant en présence de tiers, la dépression réactionnelle qui est survenue concomitamment trouve son origine dans une succession de phénomènes matérialisés par le comportement de cette collègue à son égard et auxquels se rattache l'évènement précité. Il n'est pas établi que, en l'absence de l'agressivité continue dont Mme C a fait l'objet, le geste précité, nonobstant la circonstance qu'il est survenu après que celle-ci a pris connaissance du rejet de sa demande de mutation, aurait provoqué, à lui seul, la dépression réactionnelle au titre de laquelle l'intéressée sollicite le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité. Ainsi, eu égard à ce qui a été dit au point 5, la requérante, à défaut d'établir que les séquelles dont elle souffre trouveraient exclusivement leur origine dans un évènement survenu à une date certaine, n'est pas fondée à soutenir qu'elles auraient été provoquées par un accident de service, indépendamment de la qualification qui a été retenue dans la décision précitée du 3 septembre 2019 pour la mise en œuvre de la réglementation relative à la prise en charge des invalidités temporaires, ainsi qu'il a été dit au point 7.

9. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / () b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées dans les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions prévues par les troisième et quatrième alinéas de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ; / () dans le cas mentionné au quatrième alinéa du même article, le taux d'incapacité permanente est celui prévu audit alinéa, mais, par dérogation aux règles auxquelles renvoie cet article, ce taux est apprécié par le conseil médical mentionné à l'article 21 ter de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en prenant en compte le barème indicatif mentionné à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / Dans les cas mentionnés au b et au c du présent article, les agents concernés ne peuvent bénéficier de l'allocation que dans la mesure où l'affection contractée serait susceptible, s'ils relevaient du régime général de sécurité sociale, de leur ouvrir droit à une rente en application du livre IV du code de la sécurité sociale et de ses textes d'application. () ". Pour l'application des dispositions précitées du c) de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960, il convient de lire non pas " troisième et quatrième alinéas " mais " sixième et septième alinéas ", dès lors que la rédaction de ces dispositions est antérieure à la loi du 30 décembre 2017 susvisée qui, en modifiant l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, a introduit trois nouveaux alinéas à la suite du premier alinéa et a ainsi décalé la numérotation des alinéas suivants.

10. D'autre part, aux termes des sixième et septième alinéas de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime. / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. () ". Aux termes de l'article R. 461-8 du même code : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. "

11. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas même allégué que la pathologie au titre de laquelle Mme C demande l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité figure parmi les maladies énumérées dans les tableaux auxquels renvoie l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale. Par ailleurs, il résulte des dispositions citées aux points 9 et 10 que, dans le cas où l'agent public sollicitant le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité souffre d'une pathologie dont l'origine professionnelle n'est pas présumée, cette origine peut être acquise si l'intéressée établit satisfaire à l'une des deux conditions déterminées respectivement par les sixième et septième alinéas de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale et dont la seconde exige, par combinaison avec l'article R. 461-8 du même code, que le demandeur soit atteint d'une incapacité permanente évaluée au taux d'au moins 25 %. Par suite, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse n'a pas commis d'erreur de droit en se référant à ce taux pour estimer, après avoir relevé que la maladie de Mme C n'est pas désignée dans le tableau des maladies professionnelles annexé au code de la sécurité sociale, que le caractère professionnel de cette maladie devait être apprécié sur le fondement des dispositions précitées du c) de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960.

12. En revanche, il résulte de l'instruction que le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, pour refuser d'accorder à Mme C le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité, a estimé que la pathologie dont elle souffre entraîne un taux d'invalidité qui, aux termes d'un rapport d'expertise médicale établi le 27 avril 2021, a été fixé à 5 %. Tandis que la requérante soutient qu'il ne lui est pas permis de s'assurer que ce taux a été apprécié au regard du barème indicatif mentionné à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, conformément à ce que prévoient les dispositions précitées du sixième alinéa de

l'article 1er du décret du 6 octobre 1960, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ne produit pas le rapport précité. Si, en revanche, celui-ci verse à l'instance deux rapports d'expertise médicale, établis les 17 juin 2019 et 20 décembre 2021, qui fixent ce taux d'invalidité à respectivement 5 % et 7 %, le premier de ce rapport n'indique pas le barème au regard duquel cette appréciation a été réalisée et le second indique quant à lui que le taux a été fixé au regard du barème de concours médical. Ainsi, à défaut pour le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse d'établir que le taux d'invalidité retenu pour motiver la décision en litige aurait été évalué au regard du barème indicatif mentionné à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, Mme C est fondée à soutenir que ce dernier, en refusant de lui accorder le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité au motif que son taux d'invalidité est inférieur à celui auquel renvoient les dispositions précitées du c) de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960, a entaché d'illégalité la décision du 15 mars 2022.

13. Il résulte de ce qui précède que la décision du 15 mars 2022 doit être annulée dans la seule mesure où elle refuse à Mme C une allocation temporaire d'invalidité sur le fondement des dispositions précitées du c) de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960. Par voie de conséquence, la décision du 27 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux doit également être annulée dans cette seule mesure.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'allocation temporaire d'invalidité présentée par Mme C soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique d'y procéder dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 15 mars 2022 et 27 juin 2022 sont annulées en tant qu'elles refusent à Mme C le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité sur le fondement des dispositions du c) de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de procéder au réexamen de la demande d'allocation temporaire d'invalidité présentée par Mme C dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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