jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL RAFFIN ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 août 2022, 11 octobre 2022, 13 juillet 2023 et 16 février 2024, la société civile immobilière (SCI) Donatini, représentée par Me Raffin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire de Cormontreuil ne s'est pas opposé, au nom de la commune, à la déclaration préalable déposée le 15 février 2022 par Mme C et portant sur la création d'une ouverture avec la mise en place d'une porte de garage côté impasse, sur la parcelle cadastrée section AA, n°182 située 7 Impasse Vergnaud à Cormontreuil, ainsi que la décision implicite née le 10 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux du 8 mai 2022 ;
2°) d'enjoindre au maire de Cormontreuil d'annuler l'arrêté en litige et sa décision implicite de rejet du recours gracieux, à compter du prononcé du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Cormontreuil à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 mai 2022 ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Cormontreuil une somme de 4 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'elle justifie d'un intérêt à agir ;
- l'obligation de notifier la présente requête à l'auteur de l'autorisation d'urbanisme attaquée et à son bénéficiaire ne lui est pas opposable dès lors que l'affichage n'était pas lisible et visible de la voie publique, qu'il ne comporte pas la mention des références cadastrales et de la surface, qu'il n'a pas été affiché pendant deux mois et pendant toute la durée des travaux et que le pétitionnaire a affiché une autre autorisation d'urbanisme ;
- l'arrêté en litige ne comporte pas toutes les mentions prévues par les articles A. 424-1 et A. 424-2 du code de l'urbanisme ;
- les conditions de sa transmission au contrôle de légalité et dans lesquelles il est devenu exécutoire ne sont pas établies ;
- le projet nécessitait le dépôt d'une demande de permis de construire ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet et comporte des inexactitudes ;
- les dimensions de la porte du projet sont incompatibles avec un garage ;
- il méconnaît les articles R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme, ainsi que les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de Cormontreuil, dès lors que la construction n'est pas nécessaire à une exploitation agricole ;
- le projet ne respecte pas les règles de distance prévues par le plan local d'urbanisme ;
- il ne respecte pas les articles A2 et A7 du plan local d'urbanisme, notamment concernant les matériaux, et dès lors qu'il est situé en limite séparative ;
- la porte de garage du projet ne respecte pas la norme NF P91-120 ;
- un arrêté du 20 septembre 2022 autorise la même bénéficiaire à construire une surface habitable de 50 m², soit une nouvelle extension en méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme ;
- les travaux portent sur une construction édifiée sans autorisation d'urbanisme ;
- le projet comporte des risques pour la sécurité et la salubrité ;
- le mur devant faire l'objet des travaux empiète sur la voie publique ;
- elle a supporté un préjudice d'un montant de 20 000 euros à raison de contraintes administratives liées à l'illégalité de l'arrêté en litige.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier 2023 et 1er septembre 2023, la commune de Cormontreuil demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de condamner la SCI Donatini à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de la SCI Donatini une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée dans le délai de 15 jours, ni au bénéficiaire de l'autorisation d'urbanisme en litige, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- elle est irrecevable dès lors que la SCI Donatini ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par la SCI Donatini tirés de l'illégalité de l'arrêté au regard des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables en zone A sont inopérants, dès lors que le projet est situé en zone N ;
- les autres moyens soulevés par la SCI Donatini ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à Mme B C, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 8 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,
- et les observations de M. A, représentant la commune de Cormontreuil.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a déposé le 15 février 2022 auprès de la mairie de Cormontreuil une déclaration préalable concernant la création, sur son bien à usage d'habitation situé 7 impasse de Vergnaud sur le territoire de cette commune, d'une ouverture avec mise en place d'une porte de garage côté impasse. Par arrêté du 10 mars 2022, le maire de Cormontreuil ne s'est pas opposé, au nom de la commune, à cette déclaration préalable. La SCI Donatini a formé, le 9 mai 2022, un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par le silence gardé sur ce recours, le maire de Cormontreuil a implicitement rejeté ce recours. Par sa requête, la SCI Donatini demande au tribunal d'annuler cet arrêté et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article A. 424-1 du code de l'urbanisme : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire, d'aménager ou de démolir ou sur une déclaration préalable prend la forme d'un arrêté ". Aux termes de l'article A. 424-2 du même code : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : / a) Indique la collectivité au nom de laquelle la décision est prise ; / b) Vise la demande de permis ou la déclaration et en rappelle les principales caractéristiques : nom et adresse du demandeur, objet de la demande, numéro d'enregistrement, lieu des travaux ; / c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; / d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. / L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige comporte l'ensemble des mentions prévues par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la SCI Donatini ne peut utilement se prévaloir des conditions dans lesquelles l'arrêté en litige est devenu exécutoire et des conditions d'accomplissement de la transmission de cet arrêté au préfet, de telles circonstances étant sans incidence sur la légalité de cet arrêté, qui s'apprécie à la date de son édiction.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " La déclaration préalable précise : / a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / c) La nature des travaux ou du changement de destination ; / d) S'il y a lieu, la surface de plancher et la destination et la sous-destination des constructions projetées définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; / f) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; / g) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement ; / h) S'il y a lieu, que les travaux doivent faire l'objet d'une dérogation au titre du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. / La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-36 du même code dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. /Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ". Aux termes de l'article A. 431-1 du même code dans sa version applicable au litige : " La déclaration préalable portant sur un projet de construction prévue aux articles R. 421-9 à R. 421-12 et R. 421-17, R. 421-17-1 est établie conformément au formulaire enregistré par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique sous le numéro Cerfa 13404. / Lorsque les travaux portent sur une maison individuelle ou ses annexes, la déclaration préalable peut être établie conformément au formulaire enregistré par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique sous le numéro Cerfa 13703. / La déclaration préalable précise également les éléments nécessaires au calcul des impositions prévus à l'article R. 431-35, établis conformément au modèle joint aux formulaires susmentionnés ".
6. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation d'urbanisme qui n'a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. D'une part, le projet litigieux porte uniquement sur la création d'une ouverture dans un mur ainsi que sur l'installation d'une porte de garage, et non sur la création d'un garage ainsi que le soutient la SCI Donatini. Eu égard à l'objet et à la nature du projet, cette dernière ne peut utilement soutenir que le dossier de déclaration préalable déposée par Mme C aurait dû comprendre les documents dits DP2 et DP3, à savoir un plan de masse coté dans les trois dimensions prévu par les dispositions du b) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme et un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain prévu par les dispositions du b) de l'article R. 431-10 du même code, ni encore un plan des toitures. En l'absence de création d'un garage, elle ne peut davantage faire valoir que ce dossier ne précisait pas la surface taxable du projet, ni que les dimensions du projet seraient incompatibles avec un garage. Ces moyens doivent donc être écartés comme inopérants.
8. D'autre part, aucune disposition ne prévoit que les références cadastrales des parcelles constituant le terrain d'assiette figurent dans la déclaration préalable, la pétitionnaire ayant par ailleurs fourni les documents limitativement énumérés par les dispositions citées au point 5 et permettant de situer précisément le projet. Ce moyen doit donc être écarté comme non fondé.
9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et ainsi que le soutient la SCI Donatini, que la déclaration préalable en litige ne comportait ni le document graphique d'insertion du projet, ni les deux documents photographiques prévus par les dispositions des c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, auxquelles renvoient les dispositions précitées de l'article R. 431-36 du même code. Toutefois, compte tenu de la nature du projet et de son impact limité sur son environnement, ainsi que des autres éléments fournis par la pétitionnaire dans le cadre de sa déclaration préalable, et en particulier une figuration graphique relatif à l'aspect extérieur du projet et un cliché extrait de l'application " Google Earth " montrant l'emplacement du projet, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette omission ait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Le moyen doit donc être écarté.
10. Enfin, si la SCI Donatini soutient que les dimensions portées sur les plans fournis avec le dossier de déclaration préalable seraient insuffisantes ou inexactes et n'auraient dès lors pas permis à l'autorité compétente de constater la non-conformité du projet par rapport aux distances imposées par le plan local d'urbanisme, sans toutefois indiquer les dispositions du plan local d'urbanisme et les règles de distance qui auraient été ainsi méconnues, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté. Au surplus, à supposer que la SCI Donatini ait ainsi entendu se référer aux règles de distance prévues par les dispositions de l'article A7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Cormontreuil, dont elle invoque par ailleurs la méconnaissance, ces dispositions ne sont pas applicables au projet en litige qui est situé en zone N de ce règlement.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Aux termes de l'article R. 151-23 du même code : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ".
12. Il est constant que le terrain d'assiette du projet en litige est situé en zone N du règlement du plan local d'urbanisme de la commune Cormontreuil. Dès lors, le moyen tiré de de ce que le projet n'est pas lié à une exploitation agricole en méconnaissance des dispositions précitées applicables en zone A de ce règlement, ainsi que des dispositions de l'article A2 de ce règlement, doit être écarté comme inopérant.
13. Pour les mêmes motifs, la SCI Donatini ne peut davantage se prévaloir de ce que le projet méconnaît les règles prévues aux articles A2 et A7 du même règlement du plan local d'urbanisme, relatives notamment aux matériaux et à la situation des projets par rapport aux limites séparatives, lesquels ne sont pas applicables au projet.
14. En cinquième lieu, en application du principe d'indépendance des législations, la SCI Donatini ne peut utilement soutenir que la porte de garage du projet ne respecterait pas la norme NF P91-120. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.
15. En sixième lieu, à supposer soulevé le moyen tiré de ce qu'un arrêté du 20 septembre 2022 autorise Mme C à construire une surface habitable de cinquante mètres carrés en méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme, une telle circonstance, postérieure à l'arrêté en litige, est sans incidence sur sa légalité. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
16. En septième lieu, aux termes de l'article R. 421-13 du code de l'urbanisme : " Les travaux exécutés sur des constructions existantes sont dispensés de toute formalité au titre du code de l'urbanisme à l'exception : / a) Des travaux mentionnés aux articles R. 421-14 à R. 421-16, qui sont soumis à permis de construire ; / b) Des travaux mentionnés à l'article R. 421-17, qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article R. 421-14 du même code : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés ; / b) Dans les zones urbaines d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à quarante mètres carrés ; toutefois, demeurent soumis à permis de construire les travaux ayant pour effet la création de plus de vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol, lorsque leur réalisation aurait pour effet de porter la surface ou l'emprise totale de la construction au-delà de l'un des seuils fixés à l'article R. 431-2 ; / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / d) Les travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ".
17. La SCI Donatini fait valoir que le projet en litige entraine la création d'une emprise au sol de plus de 40m². Toutefois, il est constant que les travaux en litige portent seulement sur la création d'une ouverture dans un mur donnant sur la rue et l'installation d'une porte. La SCI Donatini n'est dès lors pas fondée à soutenir que ce projet était soumis à permis de construire en application des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En huitième lieu, d'une part, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.
19. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. () ".
20. La SCI Donatini fait valoir que Mme C a édifié deux extensions qui n'ont pas été déclarées dès lors qu'elles n'apparaissent pas sur le plan cadastral relevé par le procès-verbal de l'huissier de justice qu'elle a fait intervenir sur place. Toutefois, la commune de Cormontreuil fait valoir en défense que la maison d'habitation sur la parcelle en cause a été édifiée en 1924 et que la première extension l'a été au plus tard en 1953, et que ces constructions ne nécessitaient pas, à la date de leurs constructions, de permis de construire, ce que la SCI Donatini ne conteste pas. La commune de Cormontreuil produit en outre un extrait de registre des déclarations de travaux dont il ressort qu'une extension d'habitation comportant la création d'une cuisine, d'une salle de bain et d'une entrée a fait l'objet d'une autorisation de l'autorité compétente le 21 juin 1994. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient la SCI Donatini, il n'est pas établi que Mme C aurait édifié deux extensions sans disposer des autorisations d'urbanisme nécessaires. Par suite, la SCI Donatini n'est pas fondée à soutenir que le maire de Cormontreuil aurait dû s'opposer à la déclaration préalable en litige au motif que la demande aurait dû porter aussi sur ces constructions sur les parcelles concernées. Ce moyen doit donc être écarté.
21. En neuvième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet comporterait un risque pour la sécurité publique ou l'accès à la voie publique en raison d'un manque de visibilité pour l'entrée et la sortie des véhicules par la porte à réaliser dans le cadre du projet, ou des allées et venues dans la rue ou, en tout état de cause, de l'encombrement de la rue notamment par les poubelles de la bénéficiaire de l'autorisation d'urbanisme en litige. Le risque allégué tenant à l'écoulement des eaux pluviales ou usées ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Ce moyen, au surplus invoqué sur le fondement des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux zones agricoles dont le terrain d'assiette du litige ne relève pas, doit être écarté comme manquant en fait.
22. En dernier lieu, la SCI Donatini soutient que le mur concerné par le projet empiète sur l'espace public à raison d'environ sept à dix centimètres de largeur et qu'une avancée couverte d'une largeur de tuile a été construite au niveau de l'angle formé par ce mur et celui de la maison de Mme C. Toutefois, ni les photographies issues du procès-verbal de l'huissier de justice, ni le procès-verbal de rétablissement de limites du 18 octobre 2022 d'une étude de géomètres-experts qui ne procèdent à aucune mesure de la largeur de l'impasse ne sont de nature à caractériser l'existence de l'empiètement allégué sur le domaine public. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Cormontreuil, que la SCI Donatini n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 du maire de Cormontreuil, ni celle de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la SCI Donatini, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Cormontreuil, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la SCI Donatini :
25. Compte tenu de ce qui précède, la SCI Donatini n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'une faute de la commune de Cormontreuil de nature à engager sa responsabilité et tirée de l'illégalité de l'arrêté du 9 mars 2022 de son maire. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la commune de Cormontreuil :
26. Si la commune de Cormontreuil demande au tribunal de condamner la SCI Donatini à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, elle se borne à invoquer des perturbations de l'action de son service en charge de l'urbanisme ainsi que le caractère abusif de la requête. Par ailleurs, elle n'établit pas l'existence d'un préjudice réel et certain en lien avec les faits ainsi invoqués. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cormontreuil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Donatini demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Donatini la somme demandée par la commune de Cormontreuil, qui n'est pas représentée par un avocat et qui ne justifie pas avoir exposé de frais, au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Donatini est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Cormontreuil sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Donatini, à la commune de Cormontreuil et à Mme B C.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Rifflard, conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026