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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202047

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202047

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de la société Tisza Textil Packaging, qui contestait un arrêté préfectoral de mise en demeure du 3 mai 2022. Cet arrêté lui imposait, sous six mois, de respecter le point 8.5 de l'article 8 de son autorisation d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE), relatif à l'isolation antivibratile des machines. Le tribunal a jugé que la machine "G16", située à proximité d'habitations, était susceptible d'incommoder le voisinage par ses trépidations, justifiant ainsi la mise en demeure fondée sur le code de l'environnement. Les moyens soulevés par la société, tirés d'une erreur de fait, d'une procédure irrégulière et d'une méconnaissance du principe de sécurité juridique, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 septembre 2022 et 28 juin 2024, la société Tisza Textil Packaging, représentée par Me Cruchaudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 de la préfète de la Haute-Marne en tant qu'il l'a mise en demeure de respecter les dispositions du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté préfectoral du 2 juillet 1998 dans un délai de six mois, ainsi que la décision du 8 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux à l'encontre de cette mise en demeure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté préfectoral portant autorisation d'exploiter son installation classée pour la protection de l'environnement dès lors que la machine dite " G16 " n'est pas susceptible d'incommoder le voisinage et qu'elle n'entre ainsi pas dans le champ d'application de ces dispositions ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors que son installation classée pour la protection de l'environnement ne génère pas de nuisances liées aux vibrations de machines pour les riverains situés au 13 rue Decomble ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de la circulaire du 23 juillet 1986 relative aux vibrations mécaniques émises dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement ;

- il méconnaît le principe de sécurité juridique dès lors que la machine " G16 " était déjà en service lors de l'autorisation d'exploiter l'installation classée pour la protection de l'environnement précitée et que les circonstances de fait sont demeurées inchangées depuis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'erreur de fait au regard de l'existence de nuisances ressenties par les riverains est inopérant dès lors que l'arrêté est seulement fondé sur l'absence de dispositifs antivibratiles imposés par l'article 8-5 de l'arrêté d'autorisation du 2 juillet 1998 ;

- les autres moyens soulevés par la société Tisza Textil Packaging ne sont pas fondés.

L'instruction a été close le 5 septembre 2024 en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, par une ordonnance prise le même jour.

Des pièces ont été demandées par le tribunal, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, et la société Tisza Textil Packaging a présenté des pièces et observations en réponse, enregistrées le 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,

- et les observations de Me Cruchaudet, représentant la société Tisza Textil Packaging.

Une note en délibéré, présentée par la société Tisza Textil Packaging, a été enregistrée le 26 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Tisza Textil Packaging exerce, dans le cadre d'une autorisation d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement délivrée par un arrêté préfectoral du 2 juillet 1998, des activités de mise en œuvre et impression de conteneurs en toile de polypropylène dans une usine située 8 rue Decomble à Chaumont. A la suite d'une visite sur site le 20 janvier 2022, l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement a établi un rapport et un projet d'arrêté de mise en demeure qui ont été transmis à la préfète de la Haute-Marne. Par un courrier du 3 mai 2022, la préfète de la Haute-Marne a mis en demeure la société Tisza Textil Packaging de respecter dans un délai de six mois les dispositions prévues au point 8.5 de l'article 8 relatif au bruit de l'arrêté précité du 2 juillet 1998, ainsi que celles prévues au point 10.3.1 de l'article 10 du même arrêté relatives à la prévention de la pollution de l'eau. La société a présenté un recours gracieux contre cet arrêté en tant qu'il la met en demeure de respecter les dispositions relatives au bruit. Ce recours a été rejeté par une décision du 8 juillet 2022. La société Tisza Textil Packaging demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 de la préfète de la Haute-Marne en tant qu'il la met en demeure de respecter les dispositions du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté du 2 juillet 1998, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté du 2 juillet 1998 du préfet de la Haute-Marne portant autorisation à poursuivre les activités de mise en œuvre et impression de conteneurs en toile de polypropylène dans l'usine située 8 rue Decomble à Chaumont : " Les machines susceptibles d'incommoder le voisinage par les trépidations seront isolées du sol ou des structures les supportant par des dispositifs antivibratiles efficaces ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'une machine dite " G16 ", qui est une imprimeuse flexographique, est installée dans l'usine de la société Tisza Textil Packaging et située à quatre mètres de distance de l'habitation de la maison située 13 rue Decomble. A la suite de la plainte d'un voisin situé au 13 rue Decomble, l'inspecteur de la DREAL a sollicité la société Tisza Textil Packaging, qui a chargé la société Apave Parisienne SAS d'établir un rapport sur les niveaux sonores émis dans l'environnement par l'installation de la société requérante. Ce rapport, réalisé le 11 octobre 2018, mentionne, de manière non contestée, que les mesurages réalisés l'ont été conformément à la méthode de mesure annexée à l'arrêté du 23 janvier 1997 relatif à la limitation des bruits émis dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement sans déroger à aucune de ses dispositions. D'après ces mesurages, réalisés les 8 et 9 octobre 2018, le rapport conclut que si l'installation est conforme aux critères de l'arrêté du 23 janvier 1997 dans la chambre de la maison située 13 rue Decomble du fait de niveaux sonores strictement inférieurs à 35dB(A), " il y a [néanmoins] une gêne sonore avec une émergence de 11dB(A) générée par la machine G16 dont la transmission est d'origine vibratoire avec des niveaux sonores compris entre 36,5 et 41 dB dans la plage des fréquences de 40 à 160Hz, le maximum de 41dB à 50Hz. / Les propriétaires du 13 rue Decomble sont gênés par le fonctionnement de la machine G16 dans les pièces principales de leur maison (chambre et séjour) entre 05h00 et 07h00 ". Par ailleurs, le rapport de l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement du 17 mars 2022 relève que " des émissions sonores de type industriel (bruit de percussions à fréquence constante) étaient clairement audibles " dans le séjour et la chambre à coucher de la maison située 13 rue Decomble dans laquelle l'inspection s'est rendue, et que cette dernière a reconnu le bruit ainsi constaté chez le plaignant comme étant généré par la machine G16. En outre, l'arrêté attaqué fait mention de plusieurs plaintes de différents riverains à l'encontre de l'installation de la société Tisza Textil Packaging qui concordent sur l'existence de nuisances liées à des vibrations ressenties dans leurs maisons. Enfin, il est constant que la machine G16 est directement placée sur la dalle béton, sans désolidarisation par un système antivibratoire.

4. La société requérante se prévaut d'autres éléments pour établir l'absence de nuisances liées au fonctionnement de la machine G16. Elle se réfère ainsi à un rapport de la société Apave Parisienne SAS du 18 mai 2018, qui relève que " Les valeurs maximales de la vitesse particulaire mesurées sont inférieures aux seuils définis par la circulaire n° 23 du 23 juillet 1986 relative aux vibrations mécaniques émises dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement. - Les valeurs maximales enregistrées chez le riverain durant le fonctionnement des équipements sont inférieurs à 1 mm/s, rappelons que les valeurs maximums autorisées pour une construction sensible est de 2 mm/s. ". Cependant ces mesures ont été relevées, contrairement à celles du rapport précité du 11 octobre 2018, sur le rebord de la fenêtre de la maison situé au 13 rue Decomble et non dans les pièces à vivre de celle-ci. La requérante se réfère également à l'étude du cabinet Allegro Acoustique du 12 octobre 2021, qui relève des phénomènes marqués entre minuit et 3 heures du matin, soit à des moments où la machine G16 n'est pas en fonctionnement, et des niveaux vibratoires trop faibles pour être ressentis, à savoir en dessous de 25 dB. Cependant cette étude a concerné la maison située 5 rue Decomble, qui est plus éloignée de la machine G16 que la maison située au 13 de la même rue. La requérante se prévaut également d'un procès-verbal d'huissier de justice du 23 août 2022. Cependant, celui-ci comporte seulement des mesurages de bruit avec un sonomètre réalisés dans l'usine et devant la maison située 13 rue Decomble, ne fait état que de la perception personnelle de l'huissier s'agissant des vibrations générées par la machine. Enfin, la requérante se réfère au rapport acoustique du bureau Veritas Exploitation du 17 septembre 2023 qui conclut à l'absence de non-conformité de l'installation de la société requérante au regard de l'arrêté du 23 janvier 1997 relatif à la limitation des bruits émis dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement et à la norme NF S 31-010 de 1996 relative à la caractérisation et au mesurage des bruits de l'environnement et ses avenants. Cependant, ces mesures ont été réalisées à l'extérieur de la maison située 13 rue Decomble. L'ensemble de ces éléments dont se prévaut la société requérante ne permet pas de remettre en cause le fait que la machine G16, tel que cela résulte des éléments repris au point 3 ci-avant, est susceptible d'incommoder le voisinage, et plus particulièrement les habitants du 13 rue Decomble, par des trépidations au sens du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté préfectoral du 2 juillet 1998 portant autorisation d'exploiter l'installation classée pour la protection de l'environnement de la société Tisza Textil Packaging. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Marne n'a pas méconnu le point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté du 2 juillet 1998 en retenant que cette machine était susceptible d'incommoder le voisinage par des trépidations et qu'elle devait dès lors faire l'objet de dispositifs antivibratiles au regard des dispositions de cet article. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article susmentionné doit dès lors être écarté.

5. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux précédemment indiqués, la société requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que l'existence de nuisances liées aux vibrations de machines pour les riverains situés au 13 rue Decomble ne serait pas établie.

6. En deuxième lieu, si la société fait valoir que l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure de contrôle irrégulière au regard de la circulaire du 23 juillet 1986 relative aux vibrations mécaniques émises dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement, elle n'assortit pas ce moyen de suffisamment de précisions pour pouvoir en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, le principe de sécurité juridique n'est pas de nature à faire obstacle à ce que la préfète de la Haute-Marne mette en demeure la société Tisza Textil Packaging de respecter les dispositions du point 8.5 de l'article 8 de l'arrêté du 2 juillet 1998 à la suite de la constatation d'un manquement à ces dispositions, quand bien même la machine G16 aurait été présente au sein de l'usine de la société requérante et ait fonctionné en continu dès l'autorisation d'exploitation de l'installation classée pour la protection de l'environnement délivrée par cet arrêté du 2 juillet 1998.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Tisza Textil Packaging doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Tisza Textil Packaging est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Tisza Textil Packaging et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024 .

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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