jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé et notifié par une personne qui n'avait pas été régulièrement déléguée pour ce faire ;
- la personne qui devra exécuter cet arrêté n'est pas compétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il ne procède pas d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'il n'a pas été fait application de la convention franco-béninoise ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel que protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études, qui n'est en outre pas une condition prévue pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant ;
- il est entaché d'une erreur de droit, en ce que le préfet a opposé une condition tenant à la reconnaissance par l'Etat de sa formation ;
- il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il était inscrit dans une formation et avait demandé un titre de séjour ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 11 de la convention franco-béninoise ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, dès lors qu'il justifie de liens stables et réguliers sur le territoire français et que le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans son pays d'origine ou dans un autre ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a produit des pièces complémentaires le 27 février 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992, peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui ont servi de base légale à l'arrêté attaqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castellani, première conseillère,
- et les observations de Me Gabon, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois né en 1997, est entré en France en octobre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour et a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'en septembre 2019. Il a sollicité en octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour, en cette même qualité. Par un arrêté du 17 mars 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu, par un arrêté préfectoral du 30 août 2021 régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 17 mars 2022 doit être écarté. En outre, les conditions de notification et d'exécution d'un acte étant sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie le jour de son édiction, il ne peut être utilement soutenu que la personne qui a procédé à la notification de l'arrêté et celle qui l'exécutera n'ont pas été régulièrement déléguées pour ce faire.
3. En deuxième lieu, chacune des décisions contenues dans l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.
5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. ().
6. Il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour refuser d'octroyer un titre de séjour à M. B, le préfet de la Marne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants béninois sollicitant un titre de séjour en qualité d'étudiant, dont la situation est régie par la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992. M. B est dès lors fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît le champ d'application de la loi.
9. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
10. La décision portant refus de titre de séjour aurait pu être prise sur le fondement de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992, qu'il y a lieu de substituer au fondement qui lui a servi de base légale, dès lors que l'administration a le même pouvoir d'appréciation, que M. B n'a été privé d'aucune garantie et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations.
11. M. B soutient que le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études, alors en outre qu'un tel caractère ne serait pas une condition prévue pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant à M. B, le préfet de la Marne s'est fondé, d'une part, sur l'absence de visa de long séjour et, d'autre part, sur l'insuffisance de ses ressources. Ces moyens, qui sont dirigés contre un motif sur lequel le préfet ne s'est pas fondé, ne peuvent dès qu'être écartés comme inopérants. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de droit, pour avoir opposé une condition tenant à la reconnaissance par l'Etat de sa formation.
12. Enfin, à supposer que M. B, qui indique sans apporter de précision que le préfet a commis une erreur de droit en estimant que ses ressources étaient insuffisantes, puisse être regardé comme soutenant que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation sur ce point, il ressort des pièces du dossier que le motif tenant à l'absence de détention d'un visa de long séjour, qui n'est pas remis en cause par le requérant, aurait justifié à lui seul la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la suffisance de ses ressources doit être écarté comme inopérant.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention entre le Gouvernement de la République du Bénin et le Gouvernement de la République Française relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des parties contractantes établis sur le territoire de l'autre partie, peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans renouvelable de plein droit dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. ".
14. M. B n'est pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 11 de la convention franco-béninoise précitées, dès lors qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté qu'il n'était plus titulaire d'un titre de séjour depuis septembre 2019, de sorte qu'il ne justifiait pas de trois années de résidence régulière et ininterrompue sur le territoire français.
15. En septième lieu, le moyen tiré de ce que M. B ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il était inscrit dans une formation et avait demandé un titre de séjour n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer qu'il entende se prévaloir de l'illégalité du refus de titre de séjour, il résulte de ce qui précède que cette exception d'illégalité doit être écartée.
16. En huitième lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il justifierait de liens stables et réguliers sur le territoire français et que le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans son pays d'origine ou dans un autre, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
17. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Gauthier-Ameil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-C. CASTELLANI
La présidente,
Signé
A.-S. MACHLe greffier,
Signé
E. MOREUL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026