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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202177

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202177

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 septembre 2022, 4 et 18 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Roger, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant-dire droit au ministre de l'intérieur la communication de l'intégralité de la procédure pénale à son encontre ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté référencé " 3 F " du 5 septembre 2022 par lequel le préfet de la Marne a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de trois mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartiendra au préfet de justifier du délai de 120 heures pour prendre l'arrêté attaqué, dérogeant ainsi à l'article L. 224-2 du code de la route ;

- ses analyses sanguines se sont révélées négatives à la recherche de 9-tétrahydrocannabinol, seule substance pénalement considérée comme un stupéfiant, le préfet ne pouvant donc légalement se fonder sur l'article L. 224-2 du code de la route pour suspendre son permis de conduire ;

- le ministre ne produit que partiellement la contre-expertise de l'INPS de Lille ;

- aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre à ce jour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 novembre 2022 et 6 février 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2023.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 26 juin 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

La magistrate désignée a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 août 2022 à 9h20, M. A a fait l'objet d'un contrôle routier sur le territoire de la commune de Val de Livre. Un dépistage par prélèvement salivaire s'est révélé positif à l'usage de plantes ou substances classées comme stupéfiants. M. A a fait l'objet d'une rétention immédiate de son permis de conduire. Par une décision du 5 septembre 2022, prise sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, le préfet de la Marne a suspendu la validité de ce permis pour une durée de trois mois. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision pour excès de pouvoir.

2. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : /()/ 4° S'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur a fait usage de stupéfiants ou lorsqu'il refuse de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ". L'article L. 224-2 du même code dispose : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : /()/ 2°/ Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article

L. 235-2 ".

3. Il ressort des dispositions précitées de l'article L. 224-2 du code de la route que le préfet ne peut prendre une décision de suspension de la validité du permis de conduire d'un conducteur ayant fait l'objet d'un dépistage en vue d'établir s'il conduisait sous l'empire de substances ou plantes classées comme stupéfiants, notamment par un prélèvement salivaire, en application des dispositions de l'article L. 235-2 du code de la route, qu'à la condition que les analyses et examens médicaux, cliniques et biologiques, auxquels doivent faire procéder les officiers et agents de police judiciaire si le dépistage s'avère positif, établissent que l'intéressé conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet le 31 août 2022 à 9h20 d'une rétention de son permis de conduire à la suite d'un prélèvement salivaire qui s'est révélé positif à un produit stupéfiant. Le préfet produit un extrait du rapport d'expertise toxicologique selon lequel les analyses effectuées par prélèvement salivaire se sont révélées positives au THC ('-9-tétrahydrocannabinol, de la famille des cannabinoïdes). Ce rapport a été transmis aux services de la préfecture le 2 septembre 2022. Par suite, le préfet, en prenant la décision attaquée le 5 septembre 2022, à 8h29, soit dans le délai de cent vingt heures prévu par l'article L. 224-2 du code de la route, et après avoir pris connaissance des résultats de l'analyse biologique du requérant, n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route.

5. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route : " I. - Le dépistage, à partir d'un recueil salivaire, est réalisé au moyen de tests salivaires respectant les seuils minima de détection suivants : 1° S'agissant des cannabiniques : - 9-tétrahydrocannabinol (THC) : 15 ng/ml de salive () ". Aux termes de l'article 10 du même arrêté : " Les analyses sont exécutées avec des matériels et des méthodes respectant les seuils minima de détection suivants : / I. - En cas d'analyse salivaire : / 1° S'agissant des cannabiniques : / - 9-tétrahydrocannabinol (THC) : 1 ng/ml de salive (ou équivalent) () ". Aux termes de l'article 12 de l'arrêté : " Les analyses ou examens biologiques prévus aux articles R. 235-5 à R. 235-10 du code de la route sont effectuées par : / 1° Un médecin ou un pharmacien exerçant dans un laboratoire de police scientifique ; / 2° Un expert inscrit en toxicologie dans l'une des listes instituées en application de l'article 2 de la loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires et à l'article 157 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues par l'article R. 3354-20 du code de la santé publique ; / 3° Un biologiste médical d'un laboratoire de biologie médicale répondant aux conditions fixées par les articles L. 6213-1 et L. 6213-2 du code de la santé publique ; / Ces personnes doivent justifier de travaux et d'expérience dans les activités de toxicologie ou d'une pratique des analyses en toxicologie médico-légale d'au moins trois ans ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des résultats d'expertise produits en défense, que la recherche de stupéfiants dans le prélèvement salivaire de M. A s'est révélée positive et a mis en évidence la présence de THC tel que prévu par l'arrêté du 13 décembre 2016, soit à un taux supérieur à 1 mg/ml. M. A, qui ne s'est pas réservé la possibilité de demander un examen sanguin dans les conditions prévues par l'article R. 235-11 du code de la route, soutient qu'il n'aurait consommé que du cannabidiol (CBD), produit dépourvu de propriétés stupéfiantes, au sens de l'article L. 5132-7 du code de la santé publique. Les pièces qu'il produit ne permettent pas de remettre en cause le taux de THC relevé. En particulier, les résultats négatifs d'une analyse de plasma réalisée par un laboratoire privé le 31 août 2022 à 16h00 ne permettent pas de remettre en cause ce taux dès lors que le seuil à partir duquel le '-9-tétrahydrocannabinol a été recherché est inférieur à celui prévu par l'arrêté du 13 décembre 2016. Le fait que le seuil pénal n'a pas été atteint, permettant de caractériser l'infraction pénale, et la circonstance que M. A n'a fait l'objet d'aucune procédure pénale est sans incidence sur la légalité de la mesure de police prononcée à son encontre. Au demeurant, l'avis de classement du 13 juin 2023, produit postérieurement à la clôture d'instruction et qui ne justifiait pas sa réouverture, vise un procès-verbal du 3 janvier 2023 relevant l'infraction classée sans suite par le procureur de la République. Cependant, cet avis de classement ne fait pas référence à l'infraction commise le 31 août 2022 et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière aurait fait l'objet de ce procès-verbal du 3 janvier 2023. Enfin, la perquisition du véhicule de M. A a révélé la présence de deux joints de cannabis dans une sacoche lui appartenant, démontrant que le requérant n'est pas consommateur uniquement de CBD. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que les conditions posées pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 224-2 du code de la route n'étaient pas réunies.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication de l'entier rapport d'analyses de l'INPS de Lille, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressé au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La magistrate désignée,

S. LAMBING La greffière,

N. MASSON

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