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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202199

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202199

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP X. COLOMES - S. COLOMES-MATHIEU - ZANCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 septembre 2022, 8 juin 2023 et 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le maire de Macey a refusé de lui délivrer, au nom de la commune, un permis de construire une maison d'habitation dans le cadre d'un projet d'exploitation agricole, sur un terrain situé Le dos d'âne sur le territoire de cette commune, ainsi que la décision du 12 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Macey de statuer à nouveau sur sa demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Macey une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey ne lui sont pas opposables compte tenu de leur imprécision et des principes de sécurité juridique et de prévisibilité ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions du premier alinéa de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey, dès lors que le maire a interprété à tort ces dispositions comme subordonnant la possibilité de réaliser le projet à la condition qu'une construction d'exploitation agricole soit préexistante, au lieu de retenir une condition tenant à ce que l'exploitation agricole soit préexistante ;

- la commune de Macey n'est pas fondée à demander la substitution du motif tiré de ce que les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey n'autoriseraient la construction d'une habitation en zone agricole qu'à la condition qu'elle soit liée à une construction d'exploitation agricole existante alors même que cette habitation serait nécessaire à l'exploitation agricole, dès lors qu'une telle interprétation méconnaîtrait l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme, et qu'en l'espèce la présence de l'exploitant est nécessaire au fonctionnement de cette exploitation agricole ;

- le refus de délivrer le permis de construire sollicité sur le fondement de l'article A2 du plan local d'urbanisme de la commune de Macey est illégal dès lors que ce permis aurait pu être délivré en étant assorti d'une prescription tenant à la réalisation du bâtiment agricole photovoltaïque ;

- il méconnaît l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey, dès lors qu'il retient à tort que le projet ne respecte pas les règles de hauteur maximum des constructions ;

- il méconnaît l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey, dès lors qu'il retient à tort que la toiture du projet ne respecte pas la condition d'insertion dans son environnement ;

- il méconnaît l'article A11 du même règlement dès lors qu'il retient à tort que l'altitude maximale des planchers du rez-de-chaussée n'est pas respectée ;

- il méconnaît l'article A13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey, dès lors qu'il retient à tort que le projet ne comporte pas d'aménagement végétal à base d'essences locales ;

- il est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation dès lors qu'il justifie de droits pour procéder à la suppression du chemin d'exploitation qu'implique le projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, la commune de Macey, représentée par la SCP Colomes-Mathieu-Zanchi-Thibault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige peut être fondé sur un motif dont elle demande la substitution tiré de ce que, au regard de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme, il n'y a pas de construction d'exploitation agricole existante sur le terrain d'assiette ;

- il peut également être fondé sur un motif dont elle demande la substitution tiré de ce que, au regard du même article A2, il n'est pas établi que le projet serait indispensable à l'exploitation agricole de M. A ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thomas, représentant M. A, et de Me Thibault, représentant la commune de Macey.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 29 décembre 2021 une demande de permis de construire une maison d'habitation dans le cadre d'un projet d'exploitation agricole, sur un terrain situé Le dos d'âne sur le territoire de la commune de Macey, cette demande ayant été complétée le 7 mars 2022. Par un arrêté du 3 mai 2022, le maire de Macey a refusé de délivrer, au nom de la commune, le permis de construire sollicité. M. A a présenté le 27 juin 2022 un recours gracieux auprès du maire de Macey, qui l'a rejeté par décision du 12 juillet 2022. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 portant refus de permis de construire et de la décision du 12 juillet 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey relatif aux types d'occupation et d'utilisation du sol soumis à des conditions particulières en zone A : " Les constructions d'habitation sont admises à la condition qu'elles soient liées à une construction d'exploitation agricole existante. / Les constructions sont admises à la condition qu'elles soient nécessaires aux activités liées à l'agriculture ou aux industries agroalimentaires. () ".

3. Pour refuser de délivrer le permis de construire en litige à M. A, le maire de Macey s'est fondé sur plusieurs motifs tirés de la méconnaissance des articles A2, A10, A11, A13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey et de l'absence de consentement des propriétaires riverains pour la suppression du chemin d'exploitation. Il résulte des termes de l'arrêté litigieux que, sur le fondement des dispositions du premier alinéa de l'article A2 précité, le maire a estimé qu'il n'était pas possible de construire une maison d'habitation sur le terrain en cause dès lors qu'aucune exploitation agricole existante n'y était présente.

4. En premier lieu, M. A ne peut utilement soutenir que les dispositions précitées de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme, faute de précisions suffisantes, ne lui sont pas opposables et ne sont pas applicables à son projet. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 3, le maire de Macey s'est uniquement fondé sur l'absence d'exploitation agricole existante sur le terrain d'assiette du projet. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le maire a entaché son arrêté d'erreur de droit en subordonnant la possibilité de réaliser le projet à la condition qu'une construction d'exploitation agricole soit préexistante. Alors même que M. A dispose à la date de l'arrêté attaqué d'une exploitation agricole ayant vocation à être installée sur le terrain d'assiette du projet, il ne conteste pas utilement le motif ainsi opposé. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, M. A fait valoir que son projet est nécessaire à son exploitation agricole au sens des dispositions du deuxième alinéa de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de Macey. S'il soutient que sa présence est nécessaire eu égard aux attaques de chiens du voisinage de son exploitation et aux vols qu'il avait déplorés sur son troupeau lors de la fête du mouton, il n'apporte aucun élément de nature à établir que l'exploitation agricole envisagée sur la parcelle du projet en litige serait exposée aux mêmes risques que celle située, à la date de l'arrêté litigieux, en zone urbanisée. Si M. A invoque sa présence lors des périodes d'agnelages ainsi que la valeur des ovins, de race " Le Nez Noir du Valais " rare, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir la nécessité de sa présence continue sur l'exploitation rendant indispensable la construction d'une maison d'habitation. Par suite, et en l'absence de nécessité liée à l'activité agricole, il n'est pas fondé à soutenir que la construction devait être autorisée en application du deuxième alinéa de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. En dernier lieu, et eu égard aux motifs qui précèdent, M. A n'est pas fondé à soutenir que le permis de construire sollicité portant sur la construction de la maison à usage d'habitation aurait pu être accordé assorti d'une prescription tenant à la réalisation préalable du bâtiment agricole, une telle prescription ne portant, par son ampleur, au demeurant pas sur un point limité du projet en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le motif tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Macey n'est pas utilement contesté. Il résulte de l'instruction que ce seul motif est de nature à justifier légalement l'arrêté attaqué et que le maire de Macey aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de légalité interne soulevés par M. A dirigés contre les autres motifs de l'arrêté litigieux, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Macey, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Macey et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Macey la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Macey.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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