jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP BLOCQUAUX & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 septembre 2022 et 31 août 2023, M. B A et Mme D C, représentés par Me Stubbe, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le maire de La Neuville-aux-Joûtes a refusé, au nom de la commune, de leur délivrer un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé 49 A rue Léon Didier sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre au maire de La Neuville-aux-Joûtes de leur délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Neuville-aux-Joûtes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- l'architecture de leur projet est justifiée par son caractère bioclimatique ;
- l'avis défavorable émis sur leur projet, postérieurement à l'arrêté en litige, par l'architecte des bâtiments de France est consultatif et dès lors non contraignant, et comporte des inexactitudes ;
- le certificat d'urbanisme qui leur a été délivré le 31 octobre 2019 par le maire de La Neuville-aux-Joûtes selon lequel leur opération était réalisable, ne comportait aucune autre restriction que celle concernant l'implantation de la construction sur le terrain d'assiette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, la commune de La Neuville-aux-Joûtes, représentée par la SCP Blocquaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A et Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,
- et les observations de Me Blocquaux, représentant la commune de La Neuville-aux-Joûtes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme C ont déposé le 11 avril 2022 une demande de permis de construire une maison d'habitation sur un terrain situé 49 A rue Léon Didier sur le territoire de la commune de La Neuville-aux-Joûtes. Par arrêté du 30 mai 2022, la maire a, au nom de la commune, refusé de leur délivrer ce permis de construire. Par courrier du 15 juillet 2022, M. A et Mme C ont formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du maire de La Neuville-aux-Joûtes du 4 août 2022. Par leur requête, M. A et Mme C demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2022 du maire de La Neuville-aux-Joûtes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour rechercher l'existence d'une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, de nature à fonder la décision de refus de permis de construire, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité de la décision, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de M. A et Mme C est situé 49 A rue Léon Didier à l'est du bourg de la commune de La Neuville-aux-Joûtes, sur une rue où sont implantés des maisons et bâtiments dont l'architecture, sans être parfaitement uniforme, se caractérise pour l'essentiel par un caractère traditionnel et régional, ayant notamment une toiture à deux pentes et qui traverse une vaste zone naturelle. Les photographies de constructions d'architecture moderne produites par les requérants, dont aucune ne comporte plusieurs éléments de toiture en pente inversée comme le projet en litige, et qui sont par ailleurs situées dans des rues, telles que la rue des Noués, à l'autre extrémité de la commune, ou dans d'autres lieux-dits, tels que celui de La Rouillette, ou communes, ne permettent pas de remettre en cause le caractère architectural traditionnel de la zone, laquelle ne bénéficie d'aucune protection au titre d'autres législations. D'autre part, le projet en litige, qui se caractérise par son architecture contemporaine avec une toiture terrasse non accessible, comporte des auvents au-dessus d'une terrasse en coursive et d'une place de stationnement, dont les pentes, comprises entre 7 et 33 %, sont en sens inversé. Le projet et notamment la pente inversée de ces auvents, de par sa singularité dans ce village, y compris par rapport aux autres constructions situées à plusieurs centaines de mètres à l'ouest du bourg, porte atteinte au caractère du site d'implantation du projet constitué par l'architecture traditionnelle des constructions. Si M. A et Mme C invoquent le caractère bioclimatique de ce type de construction pour justifier le choix des pentes inversées de leur projet, cette considération est sans incidence sur l'appréciation de l'insertion de la construction et de ses atteintes au caractère des lieux avoisinants prévue à l'article R.111-27 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, et alors que M. A et Mme C se sont opposés lors de l'instruction de leur demande de permis de construire à toute alternative à ces pentes inversées, le maire de La Neuville-aux-Joûtes n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en refusant de leur délivrer le permis de construire sollicité.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. () ".
6. Si ces dispositions confèrent à la personne à laquelle un certificat d'urbanisme a été délivré un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, elle ne saurait avoir pour effet de justifier la délivrance par l'autorité administrative d'un permis de construire pour le projet concerné fondé sur une appréciation erronée de l'application de ces dispositions. En particulier, le certificat d'urbanisme opérationnel délivré sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 de ce code, qui indique en particulier si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de l'opération envisagée et précise l'état des équipements publics existants ou prévus, n'a pas pour objet de se prononcer sur l'insertion de l'opération envisagée dans son environnement.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A et Mme C ne peuvent utilement faire valoir qu'un certificat d'urbanisme opérationnel positif leur a été délivré au soutien de leurs conclusions en annulation de la décision de refus de leur délivrer un permis de construire qui est fondée sur le seul motif tiré de son défaut d'insertion dans son environnement au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A et de Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. A et Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Neuville-aux-Joûtes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A et Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A et Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de La Neuville-aux-Joûtes et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme C est rejetée.
Article 2 : M. A et Mme C verseront à la commune de La Neuville-aux-Joûtes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Mme D C, et à la commune de La Neuville-aux-Joûtes.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026