mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, la société Sofaxis, représentée par Me Gninafon, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette n° 6028293 du 22 juin 2018 portant sur les frais d'hospitalisation de M. A entre le 9 janvier 2018 et le 28 avril 2018 ;
2°) d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en date du 30 août 2022 ;
3°) de la décharger du paiement de la somme de 118 619 euros ;
4°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui restituer la somme de 118 619 euros saisie ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la créance n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Reims conclut au rejet de la requête
Il fait valoir que le moyen soulevé par la société Sofaxis n'est pas fondé.
Par ordonnance du 12 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert, première conseillère,
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sofaxis, organisme d'assurance chargé du remboursement d'actes médicaux et paramédicaux en lien avec les accidents du travail et les maladies professionnelles d'agents employés par des employeurs publics, et notamment le conseil départemental de la Marne, a fait l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur, délivrée le 30 août 2022 par le comptable public en vue du recouvrement de la somme de 118 619 euros correspondant à une créance du centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims en lien avec l'hospitalisation de M. A, agent du conseil départemental de la Marne ayant fait l'objet d'un titre de recette n° 6028293. La société Sofaxis demande au tribunal d'annuler le titre de recette et la saisie administrative à tiers détenteur, de la décharger de la somme de 118 619 euros et de condamner le CHU de Reims à lui rembourser la somme saisie.
2. Aux termes de l'article L. 6145-9 du code de la santé publique : " I.-Les créances des établissements publics de santé sont recouvrées selon les modalités définies aux articles L. 1611-5 et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie d'opposition à tiers détenteur adressée aux personnes physiques ou morales qui détiennent des fonds pour le compte de redevables, qui ont une dette envers lui ou qui lui versent une rémunération. / () Les contestations relatives à l'opposition sont introduites et instruites dans les conditions fixées aux 1° et 2° du présent article ".
Sur le bien-fondé de la créance :
3. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre.
4. Il résulte de l'instruction que le contrat d'assurance conclut le 31 mars 2015 entre la société Sofaxis et le conseil départemental de la Marne, employeur de M. A, garantit les prestations en nature, et notamment les frais médicaux faisant suite à un accident ou une maladie professionnelle. La société Sofaxis soutient, sans être contredite sur ce point par le CHU de Reims, que l'hospitalisation de M. A à compter du 1er janvier 2018 est sans lien avec une maladie professionnelle ou un accident du travail. Si le CHU de Reims soutient que la société Sofaxis ne l'a jamais informé de son refus de garantie, aucun texte ne prévoit une obligation d'information de ce type dans ce cadre et aucune disposition ne prévoit la naissance ou le transfert d'une dette en l'absence d'information relative à une refus de garantie. Par suite, le titre de recettes n° 6028293 du 22 juin 2018 portant sur les frais d'hospitalisation de M. A entre le 9 janvier 2018 et le 28 avril 2018 ne saurait être mis à la charge de la société Sofaxis.
5. Il résulte de ce qui précède que le titre de recette n° 2018 T 6028293 et l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en date du 30 août 2022 doivent être annulés et qu'il convient de décharger la société Sofaxis du paiement de la somme de 118 619 euros.
Sur les conclusions aux fins de remboursement :
6. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté par le CHU de Reims que la somme de 118 619 euros a été saisie sur les comptes détenus par la société au Crédit Lyonnais. Par suite, la société Sofaxis est fondée à demander le remboursement de cette somme.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Reims une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Sofaxis et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recette n° 2018 T 6028293 en date du 22 juin 2018 et l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en date du 30 août 2022 émis par le centre hospitalier universitaire de Reims à l'encontre de la société Sofaxis sont annulés.
Article 2 : La société Sofaxis est déchargée de l'obligation de payer la somme de 118 619 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Reims versera la somme de 118 619 euros à la société Sofaxis.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Reims versera à la société Sofaxis une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Sofaxis, à la direction des finances publiques et au centre hospitalier universitaire de Reims.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
B. ALIBERTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui
la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne
les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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