mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THÉMIS AVOCATS ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, M. B, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé d'ordonner son transfert du centre de détention de Villenauxe-la-Grande vers un centre de détention plus proche de sa famille ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'ordonner son transfert du centre de détention de Villenauxe-la-Grande vers le centre de détention d'Ecrouves, d'Oermingen ou de Nancy dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Ciaudo au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête de M. B est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023 à 12 heures par une ordonnance du 22 mai 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Stephanie Lambing, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré depuis le 4 janvier 2017, est détenu au centre de détention de de Villenauxe-la-Grande depuis le 10 septembre 2020 suite à son transfert du centre de détention de Saint-Mihiel. Par une décision du 1er décembre 2020, la cheffe du centre de détention de Villenauxe-la-Grande a refusé d'ordonner son transfert vers un centre de détention plus proche de sa famille. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation des détenus, les décisions portant changement d'affectation d'un détenu entre établissements de même nature ou refusant de donner suite à la demande d'un détenu de changer d'établissement ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus.
3. Par ailleurs, les stipulations de l'article 8 de la même convention, qui garantissent le droit au respect de la vie privée et familiale, n'accordent pas aux détenus le droit de choisir leur lieu de détention et la séparation et l'éloignement du détenu de sa famille constituent des conséquences inévitables de ladite détention. Cependant, le fait de détenir une personne dans une prison éloignée de sa famille au point que toute visite se révèle en réalité très difficile, voire impossible, peut, dans certaines circonstances spécifiques, constituer une ingérence dans la vie familiale du détenu, dès lors que la possibilité pour les membres de sa famille de lui rendre visite est un facteur essentiel pour le maintien de la vie familiale.
4. Si M. B fait valoir que sa détention dans l'établissement pénitentiaire de Villenauxe-la-Grande rend plus difficile le droit de visite de sa concubine et de sa fille résidant à Nancy, eu égard aux faibles ressources dont elles disposent, de leur véhicule de mauvaise qualité et de la maladie dont est affectée sa compagne, aucune pièce versée au dossier notamment à part la lettre succincte de sa compagne, ne permet d'apprécier la réalité ou de la fréquence de visites antérieurement à la décision attaquée du 1er décembre 2020. En outre, bien que la compagne et la fille du requérant sont domiciliées à Nancy, soit à environ 214 kilomètres du centre de détention de Villenauxe-la-Grande, le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier des difficultés qu'elles auraient pour lui rendre visite, ni ne démontre que ces difficultés excèderaient les contraintes inhérentes à la détention ou qu'elles constituent une atteinte à leur vie privée et familiale. Par suite, la décision du 1er décembre 2020 par laquelle la cheffe du centre de détention de Villenauxe-la-Grande a refusé d'ordonner son transfert vers un centre de détention plus proche de sa famille constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice, doit être accueillie.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de procès.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
M. D
Le président-rapporteur,
O. ALa greffière,
I.DELABORDE
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