vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. B A, représenté
par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Ardennes en date du 30 août 2022 notifié
le 27 septembre 2022 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article
L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté n'est motivé ni en fait ni en droit ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier et approfondi de sa situation ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il ne justifiait pas de son état civil, l'administration n'ayant pas renversé la présomption d'authenticité des documents qu'il a présentés ; aucune fraude ne peut lui être reprochée, sa minorité n'a pas été remise en cause tant par l'autorité judicaire que par le conseil départemental ;
- il a droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet des Ardennes, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais a transmis les 14 novembre 2022 et 2 décembre 2022 des pièces qui ont été adressées au requérant.
Par une décision du 21 octobre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant guinéen, M. A, qui déclare être né le 5 mai 2002, serait, suivant
ses dires, entré en France le 1er janvier 2017. Il a été placé le 8 mars 2018 par le juge des enfants auprès du service " enfance, parentalité, protection de l'enfance " du département des Ardennes.
Il a adressé au préfet des Ardennes une première demande de titre de séjour en qualité de mineur étranger non accompagné confié à l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de 16 ans. Mais, estimant que le demandeur n'établissait ni son identité ni son âge par les documents d'état civil produits, dont l'authenticité s'avérerait douteuse, le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un tel titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté du 30 août 2022, dont M. A demande l'annulation.
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation
de cet arrêté ne peut qu'être écarté. Il ressort également de la motivation de l'arrêté contesté
que la situation de M. A a fait l'objet d'un examen approfondi.
3. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement
des dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Ardennes s'est fondé sur le fait que les documents d'état civil produits par l'intéressé pour prouver son identité et son âge présenteraient de nombreux manquements, incohérences et divergences et seraient falsifiés. Il en a déduit, d'une part, que l'intéressé n'avait pas justifié de son état civil, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, qu'il ne remplit pas les conditions
de fond de délivrance du titre de séjour qu'il sollicite.
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil
et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ".
5. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale' d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens
de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. ".
6. Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé
dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés
ne correspondent pas à la réalité. " Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, en cas
de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter
la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47
du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser
cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française
sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit à l'administration la copie
d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, en date du 6 janvier 2021, ainsi que l'extrait du registre de l'état civil guinéen et indiquant qu'il serait né le 5 mai 2002, ces documents portant mention d'une légalisation des signatures de leurs auteurs réalisée par une juriste du ministère
des affaires étrangères guinéen. Pour écarter ces documents au motif qu'ils ne seraient pas authentiques, le préfet se prévaut d'un rapport d'examen technique documentaire de la police
des frontières du 31 août 2021.
8. Si ce rapport évoque l'absence de légalisation par les autorités françaises en Guinée,
une éventuelle absence ou irrégularité de légalisation ne suffit à priver les actes en question de tout effet probant. Toutefois, les autres considérations évoquées par le rapport d'examen technique documentaire tenant à des irrégularités et à des anomalies affectant les tampons officiels permettent d'établir la fraude. Par conséquent, le préfet des Ardennes a estimé à bon droit que M. A
ne justifiait pas de son identité ni de son âge, ainsi que l'exigent les dispositions précitées
de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A, qui ne justifie
pas qu'il était mineur lorsqu'il a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance,
ne remplit pas les conditions de délivrance du titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il suivrait une formation en CAP " Metallier " et donnerait entière satisfaction à ses enseignants.
10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect
de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays,
à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé
ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application
de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée
et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré sur le territoire national en 2017 selon ses déclarations, est célibataire et sans enfant. Il n'établit pas qu'il aurait noué en France des relations suffisamment anciennes et stables, ni même qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions en litige n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises et, par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français méconnaîtraient les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 30 août 2022 doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence,
les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Gauthier-Ameil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
P-H. MALEYRELe président-rapporteur,
signé
P. C
Le greffier,
signé
A. PICOT
5
N°2202293
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