jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202297 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 septembre 2022, 23 novembre 2023, 29 novembre 2023 et 8 avril 2024, l'entreprise agricole à responsabilité limitée De la basse coudre, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la région Grand Est a autorisé l'EARL Des carrières à exploiter une surface de 37 ha 26 a et 20 ca correspondant aux parcelles AM 137, YE 11, YE 12 et YL 4 à Pars-lès-Romilly, BM 14, BM 15, BM 16, BM 3, BM 36, BM 50, BM 52, BM 54, BM 7, BM 76 et BM 9 à Romilly-sur-Seine et YH 20 à Rigny-la-Nonneuse ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'EARL Des carrières une somme de 2 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles dès lors qu'il a retenu à tort que la demande de l'EARL Des carrières relevait du premier rang de priorité au lieu du deuxième rang ;
- à supposer même que la demande de l'EARL Des carrières relevât du premier rang de priorité, la préfète de l'Aube ne pouvait lui accorder l'autorisation d'exploiter dès lors que l'EARL Des carrières ne réunissait que six critères de départage prévus par le schéma directeur régional des exploitations agricoles contre sept pour l'opération de maintien de l'EARL De la basse coudre et que la préfète n'a pas entendu pondérer ces critères ;
- l'EARL Des carrières fait valoir à tort dans son mémoire en défense que l'EARL De la basse coudre ne comptabiliserait pas 3 UTA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'EARL De la basse coudre ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, l'entreprise agricole à responsabilité limitée Des carrières, représentée par Me Honnet, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par l'EARL De la basse coudre ne sont pas fondés ;
- la décision en litige retient à tort que l'EARL De la basse coudre comptabilisait 3 UTA ;
- son gérant, M. B A, ne pourra prétendre à une retraite à taux plein qu'à l'âge de soixante-sept ans.
Par ordonnance du 19 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,
- et les observations de Me Thomas, représentant l'EARL De la basse coudre.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Des carrières a déposé le 21 février 2022 une demande d'autorisation d'exploiter 37,2620 hectares supplémentaires situées sur les parcelles AM 137, YE 11, YE 12 et YL 4 à Pars-lès-Romilly, BM 14, BM 15, BM 16, BM 3, BM 36, BM 50, BM 52, BM 54, BM 7, BM 76 et BM 9 à Romilly-sur-Seine et YH 20 à Rigny-la-Nonneuse, en vue de son agrandissement dans le cadre de l'installation de Jean-Christophe A, fils de son gérant. L'EARL De la basse coudre a informé, le 7 mars 2022, l'administration de son opposition à cette opération et a déposé une demande concurrente en vue de son maintien en qualité de preneur en place de ces surfaces. La préfète de la région Grand Est a, par arrêté du 26 juillet 2022, autorisé l'EARL Des carrières à exploiter les parcelles précédemment mentionnées. Par sa requête, l'EARL De la basse coudre demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les conditions de mise en œuvre du chapitre Ier du titre III du présent livre. Il détermine, pour répondre à l'ensemble des objectifs mentionnés à l'article L. 331-1, les orientations de la politique régionale d'adaptation des structures d'exploitations agricoles, en tenant compte des spécificités des différents territoires et de l'ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux définis dans le plan régional de l'agriculture durable. () / III.- Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. () / Les critères d'appréciation de l'intérêt économique et environnemental d'une opération, en fonction desquels est établi l'ordre des priorités, sont les suivants : / 1° La dimension économique et la viabilité des exploitations agricoles concernées ; / 2° La contribution de l'opération envisagée à la diversité des productions agricoles régionales, à la diversité des systèmes de production agricole et au développement des circuits de proximité ; / 3° La mise en œuvre par les exploitations concernées de systèmes de production agricole permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13 ; / 4° Le degré de participation du demandeur ou, lorsque le demandeur est une personne morale, de ses associés à l'exploitation directe des biens objets de la demande au sens du premier alinéa de l'article L. 411-59 ; / 5° Le nombre d'emplois non salariés et salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations agricoles concernées ; / 6° L'impact environnemental de l'opération envisagée ; / 7° La structure parcellaire des exploitations concernées ; / 8° La situation personnelle des personnes mentionnées au premier alinéa du V. / Le schéma directeur régional des exploitations agricoles peut déterminer l'ordre des priorités en affectant une pondération aux différents éléments pris en compte. () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ".
3. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 19 novembre 2021 de la préfète de la région Grand Est portant schéma directeur régional des exploitations agricoles : " Ordre de priorités. Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en tenant compte de : / - la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; / - l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis ci-dessous et, le cas échéant, application d'un coefficient de pondération. / Au regard de l'article L. 331-3-1 du CRPM, dans le cas de demandes concurrentes relevant d'un même rang de priorité, l'autorité administrative compétente recourt aux critères de l'article 5 du présent schéma afin d'éclairer sa décision et peut délivrer plusieurs autorisations pour des candidatures relevant du même rang de priorité. () / Les priorités sont déclinées selon les modalités ci-après et classées du rang 1 à 3 ; le rang 1 étant le plus prioritaire. () ". Aux termes de l'article 5 du même schéma directeur : " () Pour départager les candidatures relevant du même rang de priorité et en application de l'article L. 312-1 du CRPM, l'autorité administrative applique la liste des critères ci-dessous. () / Si l'utilisation de l'ensemble de ces critères ne permet pas à l'autorité administrative d'identifier un dossier prioritaire, alors une attention particulière sera donnée aux critères suivants : () / Si l'utilisation de ces deux critères ne permet pas d'identifier une demande prioritaire, alors l'autorité administrative pourra : / - soit prendre une décision en pondérant un des critères de la liste initiale et justifiera de l'utilisation du ou des critères ayant servi à départager les demandes entre elles ; / - soit délivrer plusieurs autorisations, comme stipulé à l'article 3 ".
4. Pour autoriser l'EARL Des carrières à exploiter les surfaces en cause, la préfète de la région Grand Est a estimé que la demande d'autorisation d'exploiter de ce candidat et la demande de maintien du preneur en place, l'EARL De la basse coudre, relevaient du premier rang de priorité au regard des critères définis par l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Grand Est et a fait application des critères complémentaires prévus par l'article 5 du même schéma directeur en vue du départage des candidatures. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que si la demande de l'EARL Des carrières remplissait six critères complémentaires et celle de l'EARL De la basse coudre sept, la préfète de la région Grand Est a toutefois estimé que les demandes réunissaient un nombre de critères complémentaires " sensiblement égal dans la grille d'appréciation " sans qu'il soit possible d'identifier un dossier prioritaire, ni de procéder à une pondération des critères. En ne reconnaissant pas à la demande de l'EARL De la basse coudre un caractère prioritaire alors qu'elle remplissait, après application des critères d'appréciation fixés à l'article 5 du schéma directeur, un nombre de critères complémentaires supérieur à celui de la demande du candidat à la reprise, la préfète de la région Grand Est a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, l'EARL requérante est fondée à soutenir que l'EARL Des carrières ne pouvait être autorisée à exploiter les parcelles litigieuses.
5. A supposer que l'EARL Des carrières ait entendu demander, dans son mémoire en défense, la substitution de deux motifs tirés de ce que l'EARL De la basse coudre ne comptabilisait pas 3 UTA et de ce que son gérant, M. B A, ne pourrait prétendre à une retraite à taux plein qu'à l'âge de soixante-sept ans, une substitution de motifs ne peut être demandée au juge de l'excès de pouvoir que par l'administration auteur de la décision attaquée. Par suite, cette demande de l'EARL Des carrières ne peut qu'être écartée.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par l'EARL De la basse coudre, que cette dernière est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la région Grand Est a autorisé l'EARL Des carrières à exploiter une surface de 37 ha 26 a et 20 ca correspondant aux parcelles AM 137, YE 11, YE 12 et YL 4 à Pars-lès-Romilly, BM 14, BM 15, BM 16, BM 3, BM 36, BM 50, BM 52, BM 54, BM 7, BM 76 et BM 9 à Romilly-sur-Seine et YH 20 à Rigny-la-Nonneuse.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat et de l'EARL Des carrières une somme de 750 euros chacun au titre des frais exposés par l'EARL De la basse coudre et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la région Grand Est a autorisé l'EARL Des carrières à exploiter une surface de 37 ha 26 a et 20 ca correspondant aux parcelles AM 137, YE 11, YE 12 et YL 4 à Pars-lès-Romilly, BM 14, BM 15, BM 16, BM 3, BM 36, BM 50, BM 52, BM 54, BM 7, BM 76 et BM 9 à Romilly-sur-Seine et YH 20 à Rigny-la-Nonneuse, est annulé.
Article 2 : L'Etat et l'EARL Des carrières verseront chacun 750 euros à l'EARL De la basse coudre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise agricole à responsabilité limitée De la basse coudre, à l'entreprise agricole à responsabilité limitée Des carrières et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026