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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202309

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202309

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI FRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 octobre 2022 et 7 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Benoît, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du " 14 avril 2022 " par laquelle le président de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise a mis un terme à son contrat de travail ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise de le réintégrer dans ses fonctions ;

3°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

4°) de condamner la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise à lui verser la somme de 12 894, 21 euros (correspondant à neuf mois de salaire à 1 432, 69 euros) outre les congés payés, le préavis, l'indemnité de licenciement et les primes au titre du préjudice économique et de 5 000 euros au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subis ;

5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en prévoyant une période d'essai dans un second contrat conclu le 7 mars 2022 similaire au contrat conclu du 1er mars 2021 au 31 décembre 2021 pour exercer les mêmes fonctions, la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise a méconnu l'article 4 du décret du 15 février 1988 ;

- la décision mettant fin à la période d'essai était tardive ;

- la décision est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise s'est dispensée de le convoquer à un entretien préalable ;

- la décision de rupture est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est intervenue en raison de son état de santé ;

- il subit un préjudice économique et financier.

Par des mémoires en défense enregistrés les 31 mai 2023 et 2 juin 2023, la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise, représentée par Me Bernard conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision querellée du 14 avril 2022 est inexistante ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernard représentant la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par contrat le 25 février 2021 au sein de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise pour y exercer les fonctions d'agent polyvalent au sein du service espace public pour une durée allant du 1er mars 2021 au 31 décembre 2021. Il a de nouveau été embauché le 7 mars 2022 par contrat allant jusqu'au 31 décembre 2022. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du " 14 avril 2022 " mettant fin à sa période d'essai et la condamnation de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise à l'indemniser des préjudices économique et moral qu'il soutient avoir subis outre des demandes d'injonction.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense

2. Un courrier en date du 4 avril 2022 a été adressé par la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise à M. B le 14 avril 2022 portant fin de la période d'essai du contrat conclu le 7 mars 2022. Il ressort sans ambiguïté des pièces du dossier que la décision attaquée est celle du 4 avril 2022, alors même que la requérante la date du 14 avril de la même année. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la qualification de la rupture du contrat de travail recrutant M. B :

3. Aux termes de l'article 4 du décret du 15 février 1988 alors en vigueur : " Le contrat peut comporter une période d'essai qui permet à la collectivité territoriale ou à l'établissement public d'évaluer les compétences de l'agent et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent./ Toutefois, aucune période d'essai ne peut être prévue lorsqu'un nouveau contrat est conclu ou renouvelé par une même autorité territoriale avec un même agent pour exercer les mêmes fonctions que celles prévues par le précédent contrat, ou pour occuper le même emploi que celui précédemment occupé. "

4. Il résulte de ces dispositions qu'une période d'essai ne peut être valablement stipulée lorsque le contrat est renouvelé à son expiration, pour les mêmes fonctions et par le même employeur, celui-ci ayant déjà pu apprécier les capacités professionnelles de l'agent.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été engagé en qualité d'agent polyvalent contractuel affecté au désherbage au sein du service espace public de la communauté d'agglomération du 1er mars 2021 au 31 décembre 2021. Par le contrat en litige conclu le 7 mars 2022, la communauté d'agglomération a cependant prévu une période d'un mois. Or l'objet de ce nouveau contrat consistait à confier à M. B des tâches de désherbage sur l'espace public, similaires à celles effectuées en exécution du premier contrat. Il s'ensuit qu'au regard du principe rappelé au point 4 une période d'essai ne pouvait être valablement stipulée dans ce nouveau contrat sans méconnaitre l'article 4 du décret du 15 février 1988, dès lors que, l'employeur de M. B avait pu apprécier ses qualités professionnelles dans l'exécution de tâches similaires, au cours du premier contrat. Si la communauté d'agglomération fait valoir que les postes occupés entre les deux contrats peuvent recouvrir des réalités différentes qui nécessitaient la stipulation d'une période d'essai, elle ne justifie pas de l'existence de ces différences alors que les fonctions confiées à M. B en tant qu'agent polyvalent au titre des deux contrats, consistent en la réalisation de tâches par définition diverses qu'elles s'exécutent sur la voirie ou dans les cimetières. La circonstance que M. B ait obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, si elle peut conduire à une adaptation des modalités de réalisation des missions, est sans incidence sur la nature des fonctions confiées. Dans ces conditions, la décision attaquée du 4 avril 2022 doit être regardée comme prononçant le licenciement de M. B au cours de l'exécution de son contrat.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 4 avril 2022 :

6. Aux termes de l'article 39-3 du décret du 15 février 1988 : " I. Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté sur un emploi permanent conformément à l'article L. 332-8 du code général de la fonction publique peut être notamment justifié par l'un des motifs suivants : 1° la disparition du besoin ou la suppression de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent /2° la transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement, lorsque l'adaptation de l'agent au nouveau besoin n'est pas possible /3° le recrutement d'un fonctionnaire lorsqu'il s'agit de pourvoir un emploi soumis à la règle énoncée à l'article L. 313-1 du même code /4° le refus par l'agent d'une modification d'un élément substantiel du contrat proposée dans les conditions de l'article 39-4/5° l'impossibilité de réemploi de l'agent, dans les conditions prévues à l'article 33, à l'issue d'un congé sans rémunération. () ".

7. Il ressort des termes du contrat conclu au visa des dispositions de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 reprises à l'article L. 332-23 du code général de la fonction publique que M. B a été recruté sur un emploi non permanent dans le cadre d'un accroissement temporaire d'activité. Il ne pouvait être licencié en application des dispositions rappelées au point 6 que pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique. Dès lors que la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise ne justifie pas que le motif qu'elle a retenu correspondrait aux cas précités, M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que son employeur a prononcé son licenciement à compter du 6 avril 2022.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 avril 2022 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions indemnitaires

9. La décision de licenciement du 4 avril 2022 étant entachée d'illégalité, elle est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise.

10. Un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction. La réparation intégrale du préjudice de l'intéressé peut également comprendre, à condition que l'intéressé justifie du caractère réel et certain du préjudice invoqué, celle de la réduction de droits à l'indemnisation du chômage qu'il a acquis durant la période au cours de laquelle il a été employé du fait de son éviction de son emploi avant le terme contractuellement prévu.

En ce qui concerne le préjudice économique

11. M. B se prévaut d'un préjudice économique qu'il évalue à 12 894,21 euros (correspondant à neuf mois de salaire à 1 432,69 euros) outre les congés payés, le préavis, l'indemnité de licenciement et les primes dont il s'est vu injustement privé. En l'absence d'explications en défense et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une mesure de licenciement aurait pu être légalement prise à cette date, M. B a droit à une indemnisation des préjudices qui sont en lien direct avec l'illégalité fautive précitée. Il résulte de l'instruction que le contrat a illégalement pris fin le 6 avril 2022 alors qu'il devait s'achever le 31 décembre 2022 selon les termes de l'engagement conclu. Pour justifier du montant du préjudice dont il demande l'indemnisation au titre des salaires non perçus, le requérant fournit notamment une attestation de pôle emploi mentionnant le salaire mensuel brut du mois de mars 2022 s'élevant à 1 432, 69 euros. Sur cette base, il y a lieu de condamner la communauté d'agglomération à verser à M. B une somme calculée entre le 7 avril 2022 et le 31 décembre 2022 correspondant aux rémunérations nettes versées déduction faite de l'aide au retour à l'emploi ainsi que de toute autre élément de rémunération dont il aurait bénéficié. Ces rémunérations, comprendront les primes non liées à l'exercice effectif des fonctions dont il avait une chance sérieuse de bénéficier. En revanche et en tout état de cause, la condamnation de la communauté d'agglomération à lui verser les sommes précitées, rend sans objet la demande tendant à percevoir une indemnisation pour jour de congés non pris. De même, pour le même motif, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. B tendant au versement d'une indemnité de licenciement. Il est renvoyé à l'administration le soin de déterminer, au regard des motifs précités, le montant dû au requérant.

12. Si M. B n'a pas bénéficié du délai de préavis stipulé à l'article 6 du contrat, il ne fait état d'aucun préjudice en lien avec cette méconnaissance. Par suite, il n'est pas fondé à demander une indemnisation à ce titre.

En ce qui concerne le préjudice moral

13. Eu égard aux conditions dans lesquelles il a été mis fin à son contrat, M. B a subi un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité de 1 500 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction

14. Si l'annulation d'une mesure d'éviction d'un agent contractuel implique nécessairement la réintégration de ce dernier à titre de mesure d'exécution dans ses précédentes fonctions, elle ne permet cependant pas au juge administratif d'ordonner que soit prolongée la validité dudit contrat au-delà de celle dont les parties à ce contrat étaient contractuellement convenues. Il résulte de l'instruction que le contrat de M. B auquel la communauté d'agglomération a illégalement mis fin, a été conclu à compter du 7 mars 2022, pour une durée allant jusqu'au 31 décembre 2022 inclus. Par suite, le contrat du requérant étant arrivé à son terme au jour du présent jugement, ce dernier n'est pas fondé à demander sa réintégration dans ses fonctions, de sorte que les conclusions à fin de réintégration ne peuvent qu'être rejetées.

15. Comme il a été dit au point 7, M. B a été recruté pour pourvoir un emploi non permanent pour faire face à un accroissement temporaire d'activité. Il n'avait donc pas vocation à faire carrière dans la fonction publique territoriale. Dès lors, les conclusions présentées à fin de reconstitution de carrière doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais de l'instance

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise une somme de 1 500 euros à verser à M. B. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 avril 2022 mettant fin à la période d'essai de M. B est annulée.

Article 2 : La communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise est condamnée à verser à M. B une somme calculée selon les motifs explicités aux points 11 et 13 du présent jugement.

Article 3 : La communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Oscar Alvarez, conseiller

M. Romain Rifflard, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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