vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202407 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SEGAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. A B représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Ardennes en date du 16 septembre 2022 notifié le 12 octobre 2022 lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " mention vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa qualité de mineur à son arrivée en France, qui est justifiée au moyen d'un jugement en date du 1er juillet 2020 du tribunal de première instance de N'zerekore tenant lieu d'acte de naissance et d'un extrait du registre de l'état civil dont le préfet ne démontre pas qu'ils seraient des documents irrecevables ; il produit également une carte d'identité consulaire ; son état de mineur avait été reconnu par le juge des tutelles près le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières dans une ordonnance du 20 mars 2020 et le département des Ardennes a également admis sa minorité ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a plus de liens avec la Guinée, a obtenu un CAP de peintre applicateur de revêtements et a un projet professionnel sérieux ;
- la mesure d'éloignement méconnait son droit à mener une vie privée et familiale en France où il vit depuis 2020 ; il s'est bien intégré en France où il a tous ses repères et n'a plus d'attaches en Guinée.
Le préfet des Ardennes qui a été destinataire de la procédure n'a pas produit d'observations en défense mais a transmis des pièces le 9 novembre 2022 et le 2 décembre 2022 qui ont été communiquées.
Par lettre du 14 mars 2023, les parties ont été avisées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder d'office son jugement sur un moyen d'ordre public, en l'occurrence la méconnaissance du champ d'application de la loi, en ce que le refus de titre de séjour contesté se fonde sur l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable à la situation de M. B compte tenu de son âge à la date de son entrée en France.
Par une décision du 4 novembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui déclare être de nationalité guinéenne et être né le 3 mars 2003, serait suivant ses dires, entré en France le 15 janvier 2020. Il a été confié par ordonnance de placement provisoire du procureur de la République auprès du tribunal judiciaire de Verdun en date du 13 mars 2020 auprès de l'aide sociale à l'enfance des Ardennes. M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " et s'est vu remettre un récépissé le 16 septembre 2021 qui a été renouvelé. Par un arrêté du 26 septembre 2022, le préfet des Ardennes a pris à l'encontre de M. B un arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications. ".
3. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a présenté un jugement supplétif n°969 tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de première instance de N'zerekore et un extrait du registre de l'état civil du 10 juillet 2020 portant transcription du jugement supplétif. Par ailleurs, devant le tribunal, M. B se prévaut de la délivrance d'une carte d'identité consulaire délivrée le 22 septembre 2021. L'ensemble de ces documents mentionne que M. B est né le 3 mars 2003, à N'zerekore en Guinée.
4. Pour contester l'authenticité de ces actes, la décision de refus de titre de séjour en litige se fonde sur le rapport technique documentaire réalisé le 16 avril 2021 par la direction zonale de la police aux frontières Est de la direction centrale de la police aux frontières. Ce rapport conclut que les documents originaux produits par M. B " sont irrecevables au regard de l'article 47 du code civil et à considérer comme faux en écritures publiques au sens de l'article 441-4 du code pénal ".
5. Le rapport d'examen technique documentaire indique que les documents présentés par M. B et notamment l'extrait du registre de l'état civil qui comporte uniquement le tampon, apposé à Conakry, du ministère des affaires étrangères de la République de Guinée, n'ont pas été légalisés conformément aux dispositions du décret du 20 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère. Toutefois et à la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient. La circonstance relevée dans ce rapport que le jugement supplétif a été rendu au vu de témoignages ne permet pas, à elle, seule, d'établir que les informations y figurant seraient inexactes. Le rapport d'examen technique précise encore que le jugement supplétif produit n'a pas de valeur dès lors qu'il n'était pas accompagné de l'acte de naissance intégral qui en découle. Toutefois, aucune disposition n'impose qu'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu par un tribunal guinéen ne pourrait avoir une valeur propre en France qu'à la condition d'être accompagné par un acte de naissance intégral. Si le rapport d'examen technique documentaire précise enfin que les cachets humides apposés sur les documents d'état-civil de M. B présentent des anomalies en ce que le mot " délégué " est orthographié avec une apostrophe " d'elégué " une telle irrégularité en suffit pas à révéler en soi l'existence d'une fraude. Dès lors, le préfet des Ardennes ne pouvait se fonder, pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, sur l'absence de justification par celui-ci de son état civil ni sur son absence de prise en charge en qualité de mineur isolé par les services de l'aide sociale à l'enfance.
6. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à date de l'arrêté contesté : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet s'est fondé sur un autre motif tiré de l'existence de liens réels et actuels du requérant avec sa famille restée dans son pays d'origine, que le préfet rattache à la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B arrivé en France en 2020, à l'âge de 17 ans, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, le préfet n'établit pas l'existence des liens allégués du requérant avec sa famille alors que ni les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'ailleurs celles de l'article L. 435-3 du même code applicable à la situation du requérant n'exigent pas que le demandeur soit dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Cet autre motif ne pouvait davantage justifier légalement le refus de délivrance du titre de séjour.
8. Il résulte de tout ce qui précède que sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé la demande de titre de séjour de M. B ne peut qu'être annulé ainsi que par voie de conséquence les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le requérant demande qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit au point 8, les dispositions de cet article ne sont pas applicables à la situation du requérant. Dans ces conditions, le présent jugement implique seulement au préfet de réexaminer la situation du requérant sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, Me Ségaud-Martin, son avocate, peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocate du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Ségaud-Martin.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 septembre 2022 du préfet des Ardennes concernant M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ségaud-Martin, avocate de M. B, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Ardennes et à Me Ségaud-Martin.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Cristille, président,
Mme C de Laporte, première conseillère,
M. Pierre-Henri Maleyre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
V. de LAPORTELe président-rapporteur,
signé
P. D
Le greffier,
signé
A. PICOT
N° 2202407
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026