mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, M. B A, représenté par
Me Julie Segaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- il revient au préfet d'établir le caractère frauduleux des documents d'état civil qu'il a produits ;
- la décision méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Olivier Nizet, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'arrêté en litige comporte mention des éléments de fait et des dispositions légales qui ont été retenus par le préfet pour fonder sa décision. Il est, par suite, suffisamment motivé. Cette motivation permet d'établir que le préfet a mené un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé.
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale' d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. " Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
4. Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ".
5. M. A, de nationalité malienne est entré irrégulièrement en France le
10 décembre 2018 et a été confié à l'aide sociale à l'enfance. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Ardennes a toutefois refusé de l'admettre au séjour au motif du caractère frauduleux des pièces produites pour justifier de son état civil. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'examen technique documentaire rédigé par le service spécialisé de la police aux frontières, que le jugement supplétif en date du 24 juin 2019, produit à l'instance est incomplet ne permettant pas au service précité d'apprécier s'il est authentique ou frauduleux. En revanche les actes de naissance produits qui sont tous les deux fondés sur le jugement précité ne portent pas mention du numéro fiduciaire normalement imprimé à l'encre rouge en cours d'élaboration de l'acte. Les rubriques renseignées dans le premier acte produit ne sont pas celles qui correspondent au cas de M. A. Le second acte de naissance produit, porte la mention " Officicier d'état civil " dans une rubrique normalement pré imprimée, ce qui exclut l'erreur de frappe et il n'est pas daté. Le préfet des Ardennes établit, par ces éléments, le caractère frauduleux des documents précités et des documents produits par M. A, établis sur leur fondement à savoir, une carte consulaire établie le 12 octobre 2021 et un passeport établi le
9 novembre 2021. M. A n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet aurait, à tort, pour ce motif, rejeté sa demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. A fait valoir résider en France depuis 2018, y avoir suivi sa scolarité et qu'il souhaite y mener sa vie professionnelle, il est célibataire et sans enfant, alors qu'il ne justifie pas de l'intensité des liens qui l'unissent à la France. Eu égard à la durée de son séjour en France et aux conditions telles qu'elles viennent d'être rappelées, de ce séjour, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et, par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2022, ne peuvent être que rejetées. Par suite, les conclusions d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991 doivent être rejetées.
.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Stéphanie Lambing, premier conseiller,
M. Clemmy Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
S. LAMBING
Le président-rapporteur,
O. NIZETLa greffière,
I. DELABORDE
N° 2202445
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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