vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SEGAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022080198 du 3 octobre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Ségaud-Martin en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté n'est pas motivé ;
- le préfet ne parvient pas à remettre en cause la validité des documents d'état civil qu'elle a produit, sa minorité n'ayant jamais été contestée tant par l'autorité judicaire que par le conseil départemental et s'étant vu délivrer plusieurs récépissés ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;
- il méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2022.
Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, a produit des pièces le 9 novembre 2022, lesquelles ont été soumises au contradictoire.
Par une lettre du 18 avril 2023, les parties ont été avisées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder d'office son jugement sur un moyen d'ordre public, en l'occurrence la méconnaissance du champ d'application de la loi, en ce que le refus de titre de séjour contesté se fonde sur l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable à la situation de Mme B compte tenu de son âge à la date de son entrée en France.
Les parties n'ont pas produit d'observation en réponse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-ivoirien de coopération en matière de justice du 24 avril 1961 ;
- le code civil ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne qui serait née le 18 mai 2004, déclare être entrée en France le 21 décembre 2020. L'intéressée a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 29 décembre suivant. Elle a sollicité du préfet des Ardennes la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 3 octobre 2022, cette autorité a refusé d'y faire droit, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte. Mme B en demande l'annulation au tribunal.
2. D'une part, la décision refusant un titre de séjour à Mme B vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de son article L. 435-3 sur le fondement desquelles l'intéressée a présenté sa demande de carte de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que Mme B n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine et qu'elle sera potentiellement reconduite dans le pays dont elle a la nationalité. Dès lors, les décisions contenues dans l'arrêté du 3 octobre 2022 comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elles sont suffisamment motivées.
3. Aux termes de l'article 21 de l'accord franco-ivoirien du 24 avril 1961 : " seront admis, sans légalisation, sur les territoires respectifs de la République française et de la République de Côte-d'Ivoire, les documents suivants établis par les autorités administratives et judiciaires de chacun des deux Etats : Les expéditions des actes de l'état civil ; / les expéditions des décisions, ordonnances, jugements, arrêts et autres actes judiciaires (). / Les documents énumérés ci-dessus devront être revêtus de la signature et du sceau officiel de l'autorité ayant qualité pour les délivrer et, s'il s'agit d'expéditions, être certifiés conformes à l'original par ladite autorité. En tout état de cause, ils seront établis matériellement de manière à faire apparaître leur authenticité ".
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiant de sa nationalité / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité () de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance () d'un titre de séjour pour motif familial / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
5. Les dispositions citées au point précédent posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. En outre, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.
7. A l'appui de sa demande de titre de séjour, Mme B a produit un extrait des minutes du greffe relatif à un jugement supplétif d'acte de naissance n° 103 du 25 avril 2012 rendu par le tribunal de première instance d'Abidjan Plateau ainsi qu'un extrait du registre des actes de l'état civil pour l'année 2018 portant le n° 4547 du 17 décembre 2020 délivré par les services compétents de la commune d'Attecoube.
8. Pour remettre en cause la présomption de validité de cet acte, le préfet s'est notamment fondé sur un rapport d'expertise du 9 septembre 2021 réalisé par les services spécialisés de la police aux frontières, pour conclure que ce document était frauduleux.
9. Ce rapport d'expertise indique que le jugement supplétif n'a pas fait l'objet d'une légalisation, qu'il est dépourvu de toute référence au fondement de la requête ainsi qu'aux différentes étapes procédurales et qu'il ne s'agit pas d'un jugement supplétif intégral, seul à même de permettre de vérifier l'identité et l'âge de Mme B. Ce rapport recommande en outre d'effectuer des vérifications auprès des autorités ivoiriennes en application des dispositions de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015. Il est également relevé que ce jugement a été rendu le 25 avril 2012 alors que la requête en vue de son établissement date du 4 juin 2012. S'agissant de l'extrait du registre des actes de l'état civil, le service spécialisé, outre le constat qu'il n'est pas valide, compte tenu des constatations effectuées sur le jugement supplétif, note que les cachets humides sont de mauvaise qualité, que ce document n'est pas légalisé, qu'il n'est pas conforme aux dispositions de l'article 42 de la loi n° 99-691 du 14 décembre 1999 et que 6 ans ont été nécessaires pour transcrire le jugement supplétif. Le service d'expertise conclut que ces documents sont des faux en écriture au sens de l'article 441-4 du code pénal.
10. Le jugement supplétif comporte des dates contradictoires. En effet, il mentionne comme date d'audience et de jugement la date du 25 avril 2012 alors qu'il est précisé que la requête saisissant le tribunal a été enregistrée le 4 juin 2012. Par cette seule circonstance, et sans qu'il soit besoin d'étudier les autres griefs retenus à l'encontre du jugement supplétif et ceux relatifs à l'extrait du registre des actes de l'état civil pour l'année 2018, qui a été modifié en exécution du jugement supplétif, le préfet des Ardennes parvient à remettre en cause la présomption de validité des actes d'état civil produit par Mme B.
11. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
12. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir lorsqu'une décision administrative repose sur plusieurs motifs, de vérifier avant d'en prononcer l'annulation, si l'administration aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur le ou les motifs dont le juge constate qu'ils sont illégaux ou erronés. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet s'est fondé sur un autre motif tiré de l'existence de liens réels et actuels de la requérante avec sa famille restée dans son pays d'origine, que le préfet rattache à la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 21 décembre 2020 et prise en charge par l'ASE à compter du 29 décembre suivant à l'âge de 16 ans révolus, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet des Ardennes aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de ce que l'état civil de la requérante n'était pas établi.
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
14. Il ressort des pièces du dossier que Mme B réside en France depuis moins de deux années à la date de l'arrêté contesté et qu'elle est célibataire et sans enfant. En outre, ses parents ainsi que sa sœur et son frère demeurent toujours en Côte-d'Ivoire où elle a vécu la majorité de sa vie. Dès lors, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 3 octobre 2022. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet des Ardennes et à Me Ségaud-Martin.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLELe greffier,
signé
A. PICOT
N°2202458
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026