jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, le syndicat des propriétaires forestiers sylviculteurs des Ardennes (" Fransylva Ardennes ") demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 du préfet des Ardennes portant obligation de lutte contre les proliférations de chenilles processionnaires du pin et de chenilles processionnaires du chêne.
Il soutient que :
- les zones d'application de l'arrêté, les critères de son application et les moyens à mettre en œuvre pour prévenir ou lutter contre les proliférations des chenilles processionnaires ne sont pas clairement définis ;
- l'arrêté ne définit pas clairement les responsabilités en mélangeant sans hiérarchie propriétaires, locataires, exploitants et gestionnaires ;
- l'arrêté est illégal dès lors qu'il demande à des particuliers de mettre en œuvre une mesure de santé publique sans leur en donner les moyens et dès lors que certaines préconisations sont inapplicables par les propriétaires forestiers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête du syndicat " Fransylva Ardennes ".
Il soutient que les moyens soulevés par le syndicat " Fransylva Ardennes " ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Ardennes a adopté le 23 mai 2022 un arrêté portant obligation de lutte contre les proliférations de chenilles processionnaires du pin et de chenilles processionnaires du chêne. Le syndicat " Fransylva Ardennes " demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 1338-1 du code de la santé publique : " Sous réserve des articles L. 3114-5 et L. 3114-7, un décret, pris après avis du Haut Conseil de la santé publique, du Conseil national de la protection de la nature et du Conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale, fixe la liste des espèces végétales et animales dont la prolifération constitue une menace pour la santé humaine et définit les mesures susceptibles d'être prises pour prévenir leur apparition ou lutter contre leur prolifération ". Aux termes de l'article D. 1338-1 du même code : " Les espèces dont la prolifération constitue une menace pour la santé humaine sont les suivantes : () 4o La processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea L.) ; 5o La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa L.) ". Aux termes de l'article D. 1338-2 du même code : " I.- Les mesures susceptibles d'être prises en application de l'article L. 1338-1 pour prévenir l'apparition ou lutter contre la prolifération des espèces mentionnées à l'article D. 1338-1 sont les suivantes : () 2o La prévention du développement et de la prolifération de ces espèces ; 3o La gestion et l'entretien de tous les espaces, agricoles ou non, où se développent ou peuvent se développer ces espèces ; 4o La destruction de spécimens de ces espèces sous quelque forme que ce soit au cours de leur développement, dans des conditions permettant d'éviter leur dissémination et leur reproduction; () ". Aux termes du I de l'article D. 1338-4 du même code : " Lorsque la présence d'une des espèces figurant sur la liste prévue à l'article L. 1338-1 est constatée ou susceptible d'être constatée dans le département, le préfet détermine par arrêté les modalités d'application des mesures mentionnées à la présente section de nature à prévenir l'apparition de ces espèces ou à lutter contre leur prolifération, après avis du directeur général de l'agence régionale de santé et du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques et en tant que de besoin de tout organisme susceptible de contribuer utilement à l'élaboration et à la mise en œuvre des modalités d'application ". Aux termes de l'article R. 1338-5 du même code : " Afin de prévenir l'apparition ou de lutter contre la prolifération des espèces figurant sur la liste prévue à l'article L. 1338-1 et qui sont de nature à porter atteinte à la santé humaine, tout propriétaire, locataire, exploitant, gestionnaire de terrains bâtis et non bâtis, ayant droit ou occupant à quelque titre que ce soit met en œuvre, dans un délai défini par l'arrêté préfectoral mentionné à l'article R. 1338-4, les mesures déterminées dans ce même arrêté ".
3. Le syndicat " Fransylva Ardennes " fait valoir que les zones d'application de l'arrêté en litige, les critères de son application et les moyens à mettre en œuvre pour prévenir ou lutter contre les proliférations des chenilles processionnaires ne sont pas clairement définis.
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté est motivé par la prolifération dans le département des Ardennes d'au moins une des deux espèces de chenilles processionnaires visées par les dispositions de l'article D. 1338-1 du code de la santé publique et l'objectif de limiter l'exposition de la population à leurs poils urticants, opérant de manière curative lorsqu'ont lieu des proliférations mais aussi de manière préventive dans les zones susceptibles d'en être le lieu. L'arrêté fait obligation aux mêmes personnes que celles visées à l'article L. 1338-5 du code de la santé publique précité de mener des actions préventives et de destructions des proliférations de chenilles processionnaires sur des arbres, groupes d'arbres et lisières de forêts, où la survenue de prolifération de ces espèces pourrait entraîner un impact sur la santé des usagers et des riverains, lorsque ces lieux sont à usage résidentiel ou récréatif, lorsqu'ils accueillent du public ou lorsqu'ils sont situés à proximité de ces lieux. L'article 3 de l'arrêté précise que les moyens de prévention et de lutte à mettre en œuvre par les personnes ci-avant désignées doivent être adaptés à la sensibilité des publics exposés aux éventuelles proliférations ou de l'importance des proliférations antérieures, et ciblés à l'espèce et à sa période de développement. Ces différents moyens d'action font l'objet de recommandations détaillées, en fonction de l'espèce en cause et de la période concernée, en annexes à l'arrêté. Le même article 3 de l'arrêté précise en outre que concernant les lisières de forêt, l'obligation de lutte ne s'applique que s'il existe un impact sanitaire et s'il existe un moyen de lutte ou de prévention dont l'efficacité est reconnue et réalisable techniquement compte tenu des enjeux économiques, sans quoi la présence de la prolifération fait l'objet d'une information des personnes concernées par tout moyen adapté. L'article 5 de l'arrêté précise les mesures spécifiques à mettre en œuvre par les responsables de lieux accueillant du public.
5. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'arrêté attaqué doit être regardé comme définissant de manière suffisamment claire et précise les arbres et lieux concernés par les mesures de prévention et de lutte à mettre en œuvre par les personnes, dans la mesure notamment où ceux-ci dépendent nécessairement de l'évolution de l'espèce nuisible en cause, de même que les situations devant donner lieu à ces mesures et les moyens à mettre en œuvre en fonction de ces situations.
6. Si le requérant fait valoir que l'arrêté ne définit pas clairement les responsabilités en mélangeant sans hiérarchie propriétaires, locataires, exploitants et gestionnaires, ni les dispositions de l'article R. 1338-5 du code de la santé publique, ni aucune autre disposition, ne prévoient qu'une hiérarchisation des responsabilités doive être prévue entre ces personnes par le préfet lorsque celui-ci met en œuvre les pouvoirs qu'il tire des dispositions de l'article D. 1338-4 du code de la santé publique. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En se bornant à faire valoir que l'arrêté ne donne pas les moyens aux particuliers pour mettre en œuvre les mesures et que " certaines préconisations sont, à ce stade, inapplicables par les propriétaires forestiers ", le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du syndicat " Fransylva Ardennes " doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat " Fransylva Ardennes " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat " Fransylva Ardennes " et au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée pour information au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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