vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEBRIQUIR AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n°2202510, par une requête enregistrée le 25 octobre 2022, M. B A demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 de la préfète de l'Aube refusant de l'admettre au séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de son pays d'origine ;
- d'enjoindre à l'autorité préfectorale de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier du système d'information Schengen II ;
- d'enjoindre à la préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le principe du contradictoire a été méconnu en ce qu'il n'a pas été entendu avant l'édiction de l'arrêté en litige ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste de sa situation personnelle et d'une erreur de droit ;
- l'arrêté est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Sous le n° 2202580, par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 4 novembre 2022 et 18 novembre 2022, M. B A représenté, par Me Lebriquir, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté en date du 30 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de son pays d'origine ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale et personnelle en ce qu'il réside en France depuis 2016 et vit en couple avec une compatriote depuis six mois et s'est inséré socialement grâce à son implication dans de multiples activités bénévoles ;
- pour ces mêmes motifs, les décisions en litige méconnaissent son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Philippe Cristille, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1995, serait, suivant ses dires, entré en France le 7 mai 2016. Il a déposé une demande d'asile mais par une décision du 17 février 2017 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) sa demande a été rejetée et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 juillet 2017. Par un arrêté du 18 août 2017, le préfet de l'Aube a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Le recours contentieux exercé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne en date du 26 septembre 2017 puis par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Nancy en date du 14 février 2018. Entre-temps, M. A a sollicité un réexamen de sa demande d'asile que l'OFPRA a rejeté comme irrecevable le 21 décembre 2017. M. A s'est maintenu irrégulièrement en France et a sollicité le 10 août 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 septembre 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Aube a pris à l'encontre de l'intéressé un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays d'origine.
2. Les requêtes n°2202580 et n°2202510 sont dirigées contre le même arrêté et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Par arrêté du 30 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La préfète de l'Aube, qui n'était pas tenue de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Aube aurait omis de procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. A.
6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, prévoyant le droit à être entendu par l'autorité administrative, s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter des observations, écrites ou orales, en complément de sa demande, ou qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
9. M. A, en soutenant être entré en France en mai 2016, se prévaut d'une ancienneté de résidence de six années à la date de l'arrêté attaqué, de sa relation avec une ressortissante française et de son intégration en France, notamment en raison des multiples activités de bénévolat qu'il assure. Toutefois, la relation affective dont M. A fait état, est encore très récente et M. A ne vit pas avec sa compagne. Il ressort des pièces du dossier que la durée du séjour de M. A sur le territoire français est en grande partie liée à l'examen de sa demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, ainsi qu'à son refus de déférer à une précédente mesure d'éloignement prononcée en août 2017, malgré le rejet de son recours par le tribunal puis par la Cour administrative d'appel de Nancy. En outre, le simple fait de disposer d'une ancienneté de résidence depuis 2016 ne constitue pas en soi un motif exceptionnel ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. Enfin, M. A qui ne dispose d'aucunes ressources et n'a pas de résidence stable, ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française, sa participation à des actions de bénévolat au sein d'associations étant insuffisante à caractériser une telle insertion. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Aube aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de celles-ci ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Eu égard aux éléments de sa situation personnelle et familiale rappelés au point 9, M. A, qui n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 janvier 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2202510 et n° 2202580 de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
signé
A. PICOT
5
N°s 2202510, 2202580
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026