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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202518

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202518

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Ingelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel la préfète de l'Aube lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour un projet de construction d'une maison d'habitation sur une parcelle cadastrée 0-ZA-14 située à Villadin ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme

- il méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, présidente,

- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,

- les observations de Me Opyrchal, représentant M. A,

- et les observations de M. B, représentant la préfète de l'Aube.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'une parcelle cadastrée 0-ZA-14 située sur la commune de Villadin sur laquelle il projette de construire une maison à usage d'habitation. Le 31 mars 2022, il a demandé à la préfète de l'Aube de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Par un arrêté du 13 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Aube lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée ".

3. D'une part, l'arrêté litigieux, qui vise ou cite les articles du code de l'urbanisme applicables au projet, précise notamment que le projet se situe en dehors des parties urbanisées de la commune et que le terrain n'est pas desservi par les réseaux publics d'eau potable et d'électricité, la commune n'ayant pas de projet de réaliser les équipements publics desservant le terrain. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. D'autre part, et contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté litigieux n'est pas motivé par référence aux avis émis par le maire de Villadin du 31 mars 2022 et du directeur départemental des territoires du 4 mai 2022. La circonstance que M. A n'a pas reçu, lors de la notification de l'arrêté contesté ou précédemment, copie de ces deux avis n'a dès lors pas pour effet d'entacher l'arrêté litigieux d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Pour refuser de délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel au projet de construction d'une maison à usage d'habitation, la préfète de l'Aube s'est fondée, dans son arrêté du 13 mai 2022, sur deux motifs tirés de l'implantation du projet en dehors des parties urbanisées de la commune en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et de l'absence de desserte par les réseaux d'eau potable et d'électricité en méconnaissance de l'article L. 111-11 du même code.

5. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

6. Il est constant que le territoire de la commune de Villadin n'est pas couvert par un plan local d'urbanisme, un autre document d'urbanisme en tenant lieu ou une carte communale. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé en dehors du centre-bourg de Villadin, dans un compartiment au sud de la commune et en bordure de la rue du Four Jacquet. Ce terrain s'ouvre à l'est sur une vaste zone de parcelles agricoles et naturelles dépourvues de toute construction. Si le requérant se prévaut du caractère bâti des parcelles 45, 46, 47, 48, 52, 56 et 81, ces constructions sont implantées de manière diffuse et sont séparées du terrain litigieux par des parcelles non bâties ou par la rue du Four Jacquet. S'il est constant que les parcelles cadastrées 54 et 55, contigües de la parcelle litigieuse, comportent chacune une construction, ces parcelles, qui sont au demeurant desservies par la Grande rue, axe principal de la commune, se trouvent dans le même compartiment que le projet litigieux qui n'est pas caractérisé par un nombre et une densité significatifs de constructions. Dans ces conditions et alors que la parcelle en cause n'est en outre pas raccordée aux réseaux d'électricité et d'eau potable, le terrain d'assiette du projet, bien que desservi par la voirie, ne peut être regardé comme étant situé au sein des parties urbanisées de la commune ou en limite de celles-ci. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de l'instruction que ce seul motif est de nature à justifier légalement le refus de délivrer le certificat d'urbanisme sollicité par M. A.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen dirigé contre le second motif de l'arrêté du 13 mai 2022, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 mai 2022 de la préfète de l'Aube doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube et à la commune de Villadin.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

V. TORRENTELa présidente-rapporteure,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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