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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202607

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202607

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJEANNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce, enregistrées les 9 novembre 2022 et 25 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Merger, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de six mois sans lui délivrer d'autorisation de travail ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe aucune perspective à son éloignement puisqu'aucun pays n'est susceptible de l'accueillir ;

- le préfet n'a pas assorti cette décision d'une autorisation de travail portant ainsi une atteinte disproportionnée à ses droits fondamentaux ainsi qu'à ceux de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 novembre 2023 à 12h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 30 novembre 1988 à Rome, déclare être entré en France en 2016 et avoir été rejoint en 2018 par sa femme et leurs quatre enfants. Le 29 août 2019, ils ont sollicité un titre de séjour au motif que leur nationalité était indéterminée et ont obtenu une autorisation provisoire de séjour afin de former des demandes d'apatridie, les demandes présentées à ce titre ayant été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par des décisions du 6 janvier 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du 1er octobre 2021 du présent tribunal. Par deux arrêtés du 19 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 26 juillet 2021 du présent tribunal, le préfet de la Haute-Marne a refusé de renouveler leur autorisation provisoire de séjour, de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite de son interpellation par les services de police, le préfet des Vosges a notifié à M. B, le 5 août 2022, un arrêté lui faisant à nouveau obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un arrêté du même jour, la préfète de la Haute-Marne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours, cette mesure ayant été prolongée pour une nouvelle durée de 45 jours par un arrêté du 16 septembre 2022. Par un arrêté du 2 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la Haute-Marne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

4. Il est constant que M. B a fait l'objet, le 5 août 2022, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui a été notifiée le même jour et qui est devenue définitive. S'il soutient qu'il n'est admissible dans aucun pays et qu'il n'existe, dès lors, aucune perspective raisonnable d'exécution de cette mesure, il n'assortit pas cette allégation des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride par une décision du 6 janvier 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du 1er octobre 2021 du présent tribunal et qu'il n'a déposé aucune nouvelle demande en vue d'obtenir ce statut au regard des dernières démarches effectuées. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'il n'existerait aucune perspective raisonnable à son éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prononcée en application de l'article L. 731-3 peut être assortie d'une autorisation de travail. ".

6. M. B soutient que la décision d'assignation à résidence contestée est disproportionnée en tant qu'elle n'est pas assortie d'une autorisation de travail. Toutefois, s'il se prévaut de la précarité de sa situation financière et familiale, il ne justifie d'aucune perspective d'emploi et précise lui-même avoir été placé en invalidité définitive. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de six mois. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de la Haute-Marne et à Me Charles-Eloi Merger.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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