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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202652

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202652

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MOREL THIBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 et 25 novembre 2022, M. D B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le maire de Reims ne s'est pas opposé à sa déclaration de travaux en vue de la construction d'un mur de clôture en l'assortissant d'une prescription ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Reims la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire ne pouvait, en application de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme, que retirer la décision tacite de non-opposition et non l'assortir de prescriptions ;

- l'arrêté litigieux qui est assorti d'une prescription tenant au respect des dispositions de l'article UD 11.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Reims constitue une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable du 11 août 2022 ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la commune de Reims conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une intervention, enregistrée le 28 juin 2024, M. C E et Mme A F épouse E, représentés par Me Morel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le maire de Reims ne s'est pas opposé à la déclaration de travaux déposée par M. B en vue de la construction d'un mur de clôture en l'assortissant d'une prescription ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Reims la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir les mêmes moyens que ceux présentés par M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, présidente,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Des pièces en délibéré, présentées par M. et Mme E, ont été enregistrées le 11 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, propriétaire d'une parcelle située 13 rue de Salzbourg à Reims, a déposé le 11 juillet 2022 une déclaration préalable de travaux en vue de régulariser la construction d'un mur de clôture de sa propriété. En l'absence de notification d'une décision expresse dans un délai d'un mois, une décision tacite de non-opposition à cette déclaration préalable est née le 11 août 2022. Par un arrêté du 22 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le maire de Reims ne s'est pas opposé à sa déclaration de travaux en vue de la construction d'un mur de clôture en l'assortissant d'une prescription.

Sur l'intervention de M. et Mme E :

2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. / Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention. ".

3. L'intervention présentée par M. et Mme E, acquéreurs du bien litigieux, au soutien de la requête de M. B a été enregistrée le 28 juin 2024, deux jours avant la clôture de l'instruction, intervenant trois jours francs avant la date d'audience en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative. Dans ces conditions, l'intervention de M. et Mme E est de nature à retarder l'instruction et le jugement de l'affaire principale, en méconnaissance de l'article R. 632-1 du code de justice administrative, et n'est pas admise.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ".

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 11 juillet 2022, M. B a déposé auprès de la commune de Reims une déclaration préalable de travaux afin de régulariser la construction d'un mur de clôture. Il est constant qu'à l'expiration d'un délai d'un mois, M. B était bénéficiaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable sans réserve en application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme. La commune de Reims fait valoir que l'arrêté litigieux du 22 août 2022, et notifié le 12 septembre 2022, a uniquement pour objet de compléter l'accord tacite né le 11 août 2022 en rappelant les dispositions applicables du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, cet arrêté, en ce qu'il édicte une prescription tenant au respect des règles fixées par l'article UD 11.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Reims relatives aux caractéristiques et à la hauteur des clôtures, doit être regardée comme procédant au retrait de la décision tacite du 11 août 2022.

7. D'autre part, une décision portant retrait d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable sans réserve est au nombre de celles qui doivent être motivées. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. L'observation de celle-ci constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme dont le retrait est envisagé.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 août 2022 litigieux n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, laquelle constitue une garantie pour l'intéressé. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière l'entachant d'illégalité.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, l'autre moyen soulevé par l'intéressé n'est pas susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté contesté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 août 2022 du maire de Reims.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Reims une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. et Mme E n'est pas admise.

Article 2 : L'arrêté du 22 août 2022 du maire de Reims est annulé.

Article 3 : La commune de Reims versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la commune de Reims, à M. C E et à Mme A F épouse E.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

A-C CASTELLANILa présidente-rapporteure,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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