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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202664

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202664

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKAMKAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 novembre 2022 et le 2 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Benoit Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'Institut de Formation et de Soins Infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier a rejeté sa demande d'une inscription supplémentaire en troisième année ;

2°) d'enjoindre à l'Institut de Formation et de Soins Infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier de l'inscrire dans un délai de sept jours afin qu'elle suive sa troisième année de formation ;

3°) de mettre à la charge de l'Institut de Formation et de Soins Infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée du vice d'incompétence de son auteur, dès lors que la décision n'est pas accompagnée du procès-verbal signé des membres de la section ni d'une liste d'émargement qui permettrait de s'assurer que c'est bien la section qui a statué en sa séance du 14 septembre 2022, et non pas seulement le directeur de l'IFSI ;

- la décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne dit pas en quoi les difficultés rencontrées justifieraient la décision de refus d'octroi d'une inscription supplémentaire pour la troisième année de formation, qui marque la fin de la formation ;

- le respect du principe du caractère contradictoire de la procédure a été méconnu en ce que la preuve de la communication du rapport motivé du directeur de l'institut ainsi que de son entier dossier au moins sept jours avant la réunion de la section, comme le prévoit l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2017 relatif au fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, n'est pas rapportée ;

- la décision litigieuse est entachée d'un autre vice de procédure en ce qu'il n'est pas justifié que la section, qui est réputée avoir délibéré le 14 septembre 2022, était, pour ce faire, régulièrement composée conformément à l'annexe III de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que, d'une part, les stages qu'elle a réalisés durant la " première troisième année " (année 2020/2021), auraient dû être validés pour lui permettre d'obtenir son diplôme sans se voir imposer un redoublement, et en ce que, d'autre part, à l'occasion des stages réalisés durant l'année de redoublement (2020/2021), elle n'a pas été mise en situation lui permettant de faire valoir l'intégralité de ses compétences ;

- la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants a méconnu l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique en ce qu'elle a régulièrement alerté l'administration sur les faits de harcèlement moral qu'elle subissait, mais que l'Institut de Formation et de Soins Infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier n'a jamais pris les mesures nécessaires pour la protéger et lui permettre de réaliser ses stages dans de bonnes conditions ;

- la décision litigieuse est manifestement entachée d'un détournement de pouvoir, dès lors qu'elle constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, l'Institut de Formation et de Soins Infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'Etat d'infirmier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- et les observations de Me Arvis, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir exercé à partir de 2008 des fonctions d'aide-soignante, Mme B a entrepris, en septembre 2018, une formation d'infirmière au sein de l'Institut de Formation et Soins Infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Saint-Dizier. Par une décision du 14 septembre 2022, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants l'a autorisée à redoubler sa troisième année de formation, après que la requérante n'a pas obtenu la validation d'un stage du cinquième semestre effectué du 9 novembre au 13 décembre 2020 au sein de l'association Bois l'Abbesse - ESAT à Saint-Dizier, ni validé un stage du sixième semestre effectué du 8 février au 19 mars 2021 au sein du service médecine du centre hospitalier Geneviève De Gaulle Anthonioz de Saint-Dizier. Durant l'année 2021-2022, au cours de laquelle Mme B redoublait sa troisième année de formation, la requérante n'a pas été en mesure, en raison d'une absence justifiée, de suivre le stage du cinquième semestre prévu du 4 octobre au 5 novembre 2021 au sein de l'établissement Les Petits Princes de Brienne-le-Château, qui relève de l'Etablissement Public de Santé Mentale (EPSM) de l'Aube. Au titre du sixième semestre, Mme B a effectué un stage du 7 février au 11 mars 2022 au centre post-cure de l'EPSM de l'Aube sur le site de Troyes, qui a fait l'objet d'un rapport circonstancié qu'elle a refusé de signer, puis un autre stage au bloc opératoire de la clinique du Pays-de-Seine à Romilly-sur-Seine, dont la validation a été refusée. Mme B demande l'annulation de la décision du 14 septembre 2022 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations pédagogiques individuelles a rejeté sa demande tendant à l'autoriser à s'inscrire une nouvelle fois en troisième année.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes du second alinéa de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, codifié depuis lors au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". S'agissant d'une autorité de caractère collégial, il est satisfait aux exigences découlant de celles-ci dès lors que les décisions que prend la commission portent la signature de son président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 11 de l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'Etat d'infirmier : " Le directeur de l'institut peut octroyer une ou plusieurs inscriptions supplémentaires après décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ". Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : () 2. Demandes de redoublement formulées par les étudiants ". Aux termes de l'article 12 du même arrêté : " La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est présidée par le directeur de l'institut de formation ou son représentant ". Il ressort de ces dispositions qu'il appartient à la section compétente pour le traitement des situations pédagogiques individuelles, présidée par le directeur de l'IFSI, de statuer sur les demandes de triplement de la troisième année d'études.

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la section compétente pour le traitement des situations pédagogiques individuelles s'est réunie et, d'autre part, qu'à la suite de cette réunion, le directeur de l'IFSI a signé la décision qui a été adoptée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 : " Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que la réunion de la section compétente pour le traitement des situations pédagogiques individuelles s'est réunie le 14 septembre 2022, la requérante n'a pu recevoir son dossier dans le délai de sept jours précédant cette réunion, dès lors que le pli correspondant lui a été adressé le 7 septembre 2022. Toutefois, dans la mesure où elle a refusé la délivrance de ce pli, cette irrégularité ne l'a privée d'aucune garantie et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, dès lors que la feuille d'émargement comporte seize signatures de membres de la commission pour le traitement des situations pédagogiques individuelles, les circonstances, d'une part, que ni l'enseignante de statut universitaire désignée ni son suppléant n'ont été présents et, d'autre part, que le représentant de l'Agence Régionale de Santé n'avait pas été nommément désigné ne sont pas de nature à entacher d'irrégularité la composition de cette section lors de sa réunion du 14 septembre 2022.

Sur la légalité interne :

9. En premier lieu, dès lors que la décision du 14 septembre 2021 par laquelle Mme B a été admise à redoubler sa troisième année de formation est devenue définitive, celle-ci ne peut utilement invoquer une erreur manifeste d'appréciation du fait qu'au vu de la qualité des stages effectués au cours de l'année 2020-2021, ces stages auraient dû être validés dès la fin de cette année.

10. S'agissant du premier stage effectué au titre de l'année 2021-2022 au centre post-cure de l'EPSM de l'Aube du 7 février au 11 mars 2022, il ressort des pièces du dossier que la tutrice de stage a émis un avis défavorable à la validation de ce stage au regard de nombreuses insuffisances qu'elle a relevées, telles que le fait de ne porter qu'un seul gant lors d'une surveillance de glycémies, qui peut l'exposer au sang du patient, et de refuser d'enfiler le second gant, une erreur de patient lors d'une transmission écrite, une vérification de la validité des produits devant une patiente alors que cela aurait dû être fait avant, une analyse de pratique professionnelle faisant état de situations qui n'avaient pas eu lieu, une absence de prise en compte d'un régime alimentaire lors de la distribution d'un repas ou encore le fait de se tromper de bras pour la préparation d'une injection intramusculaire, d'oublier de faire le retour veineux et de programmer l'injection suivante à 28 jours, alors que la prescription indiquait 14 jours. Ces graves manquements ne peuvent se justifier par la situation de stagiaire de la requérante alors que celle-ci suivait sa cinquième année de formation. S'agissant du second stage, effectué du 23 mai au 26 juin 2022 au bloc opératoire de la clinique du Pays-de-Seine à Romilly-sur-Seine, sa non-validation résulte non pas de négligences de l'encadrement dans le retour des documents administratifs, mais d'une proposition de non-validation, et la requérante n'apporte aucun élément pour critiquer les motifs de cette proposition. Dans ces conditions, malgré les attestations produites par la requérante, le refus de triplement de la troisième année d'études, au demeurant fondé principalement sur le comportement de l'intéressée au cours de l'ensemble de son parcours de formation, n'est pas entaché d'erreur manifeste.

11. Il appartient à une personne qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. La requérante ne saurait se prévaloir d'une absence de réaction des responsables de l'IFSI à la suite du signalement qu'elle a effectué concernant le comportement de la tutrice du stage effectué du 9 novembre au 13 décembre 2020 au sein de l'association Bois l'Abbesse - ESAT à Saint-Dizier dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la directrice adjointe a reçu l'intéressée et sa tutrice de stage dès le surlendemain pour faire le point sur les conditions de déroulement de ce stage. Mme B n'apporte par ailleurs aucun élément au soutien de son affirmation selon laquelle le directeur de l'IFSI aurait fait pression sur les encadrants des deux stages effectués durant l'année 2021-2022 afin qu'ils proposent une non-validation de ces stages. Si la requérante reproche également à l'IFSI d'avoir organisé des épreuves de rattrapage en présentiel au mois de juin 2021, il ressort des pièces du dossier que cela résultait des instructions ministérielles, le calendrier des épreuves ayant de surcroit été modifié pour tenir compte des demandes de Mme B. La requérante invoque également des menaces du directeur de l'IFSI de ne pas valider certaines épreuves en cas de refus de conclure un contrat pédagogique, ce document visant à formaliser les thématiques de formation qui devront faire l'objet d'une attention soutenue compte tenu des difficultés rencontrées, mais de telles menaces ne ressortent d'aucun des documents produits par Mme B. Enfin, celle-ci se plaint d'un délai excessif pour prendre en compte sa demande, motivée par ses fonctions d'aidante de sa mère, d'une affectation dans un stage plus proche de son domicile troyen. Il ressort des pièces du dossier que si cette demande a été formulée le 7 septembre 2021, le justificatif médical de la demande d'aménagement de formation n'a été produit à l'administration que le 25 octobre 2021 et que la section compétente pour le traitement des situations pédagogiques individuelles a proposé le 16 novembre 2021, d'une part, un premier stage d'une durée réduite à Brienne-le-Château, à quarante kilomètres de Troyes, et, d'autre part, un second stage au sein d'un établissement à déterminer dans la région troyenne. La requérante, qui a refusé de signer le contrat pédagogique correspondant, n'a pas donné suite à ces propositions et n'a pas non plus répondu aux sollicitations de l'IFSI visant à conclure une convention pour un stage au sein du centre hospitalier de Troyes que l'institut de formation avait trouvé le 6 janvier 2022. Ainsi, les éléments de fait dont se prévaut la requérante ne permettent pas de faire présumer l'existence d'un harcèlement.

13. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Mme B invoque des propos discriminatoires tenus par la tutrice du stage qu'elle a effectué du 9 novembre au 13 décembre 2020 au sein de l'association Bois l'Abbesse - ESAT à Saint-Dizier. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 10, la proposition de non-validation de ce stage est fondée sur des éléments objectifs et ne procède pas d'une discrimination.

15. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Institut de Formation en soins infirmiers du centre hospitalier de Saint-Dizier.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

Signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

Signé

I. ROLLAND

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