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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202713

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202713

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DUPUIS LACOURT MIGNE ESTIEUX

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022 sous le numéro 2202713, Mme D A, représentée par Me Lacourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a prononcé son licenciement pour inaptitude définitive et l'a informée qu'elle pouvait solliciter un reclassement ;

2°) de mettre à la charge du directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes qui n'a pas produit d'observations.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 9 janvier 2024 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

II°) Par une requête, enregistrée le 3 février 2023 sous le numéro 2300232, Mme D A, représentée par Me Lacourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes l'a mise en congé sans solde dans le cadre d'une tentative de reclassement ;

2°) de mettre à la charge du directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision

du 22 octobre 2022 prononçant son licenciement ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes qui n'a pas produit d'observations.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 9 janvier 2024 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

III°) Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023 sous le numéro 2301074, Mme D A, représentée par Me Lacourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a prononcé son licenciement pour inaptitude définitive, à l'issue d'une procédure de tentative de reclassement ;

2°) de mettre à la charge du directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes qui n'a pas produit d'observations.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 9 janvier 2024 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées le 15 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le présent jugement paraissait susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte.

Mme A a produit, en réponse à ce courrier, des observations qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées précédemment sont relatives à une procédure de licenciement pour inaptitude concernant un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme A, agent du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes (CHINA), bénéficiant d'un contrat indéterminé et occupant les fonctions d'agent d'entretien, a été déclarée inapte à son poste le 20 janvier 2022. Par une décision du 12 octobre 2022, le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a prononcé son licenciement pour inaptitude définitive et l'a informée de ce qu'elle pouvait solliciter un reclassement. Par un courrier du 13 octobre 2022, Mme A a sollicité son reclassement. Par une décision du 10 janvier 2023 le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes l'a placée en congé sans solde dans le cadre d'une tentative de reclassement. Enfin, par une décision du 14 mars 2023, le directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a prononcé son licenciement pour inaptitude définitive, à l'issue de la procédure de tentative de reclassement. Mme A demande au tribunal d'annuler ces trois décisions.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-3 du code de justice administrative : " Sans préjudice des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 611-8-1, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti en exécution des articles R. 611-10, R. 611-17 et R. 611-26, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut lui adresser une mise en demeure. () Devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la mise en demeure peut être assortie de l'indication de la date ou de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience. ()". Aux termes de l'article R. 612-6 de ce code : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Dans une telle hypothèse, il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

4. Par trois courriers en date du 12 septembre 2023, le tribunal a mis en demeure, dans les trois instances en litige, le CHINA de produire un mémoire en défense dans un délai de trente jours en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative. Toutefois, en dépit de la demande qui lui a été faite, le défendeur n'a pas déféré à la demande du tribunal dans le délai qui lui était imparti. Le CHINA est, dès lors, réputé acquiescer aux faits exposés par la requérante, qui doivent être considérés comme établis, sous réserve que leur inexactitude ne ressorte d'aucune pièce du dossier.

Sur la légalité des décisions en litige :

5. Aux termes des dispositions de l'article 17-1 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : "I.-Lorsqu'à l'issue d'un congé prévu au présent titre, il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, l'autorité investie du pouvoir de nomination convoque l'intéressé à l'entretien préalable prévu à l'article 43 et selon les modalités définies au même article. Si l'autorité investie du pouvoir de nomination décide, à l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 2-1, de licencier l'agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre précise le motif du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 42. Cette lettre informe également l'intéressé qu'il peut présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 42 et lui indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. II.-Si l'agent présente une demande écrite de reclassement, l'administration lui propose un reclassement dans un emploi que le code général de la fonction publique autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents. Ce reclassement concerne les agents recrutés pour des besoins permanents par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. Il est proposé un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, un emploi relevant d'une catégorie inférieure. L'emploi proposé est adapté à l'état de santé de l'agent et compatible avec ses compétences professionnelles. La proposition prend en compte, à cette fin, les recommandations médicales concernant l'aptitude de l'agent à occuper d'autres fonctions dans son administration. L'offre de reclassement concerne les emplois relevant de l'autorité ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise. III.-Si le reclassement ne peut être proposé avant l'issue du préavis prévu à l'article 42, l'agent est placé en congé sans traitement, à l'issue de ce délai, pour une durée maximale de trois mois dans l'attente d'un reclassement dans les conditions prévues aux articles 17-1 et 17-2. Le placement de l'agent en congé sans traitement suspend la date d'effet du licenciement. Une attestation de suspension du contrat de travail du fait de l'administration est délivrée à l'agent. IV.-En cas de reclassement, ne sont pas applicables à la rupture ou à la modification du contrat antérieur de l'agent les dispositions relatives à la fin de contrat prévues au chapitre I ni celles relatives au licenciement prévues au chapitre II du titre XI. "

6. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.

En ce qui concerne la décision du 12 octobre 2022 :

7. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié dans le Recueil des actes administratifs des Ardennes du 17 mars 2022, le directeur du CHINA a donné délégation à M. C B, directeur des ressources humaines, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de son service, à l'exception de certaines matières dont ne relève pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de de ce que la décision attaquée aurait été édictée par une autorité incompétente doit être écarté.

8. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

9. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 5 qu'une obligation de reclassement n'incombe à l'administration qu'à compter de la date à laquelle l'agent licencié lui adresse une demande de reclassement. Dès lors, l'employeur n'est pas tenu d'initier la procédure de reclassement préalablement à l'édiction de la décision de licenciement par laquelle il informe l'agent de son droit de solliciter son reclassement. Par suite, les moyens tirés de ce que le directeur du CHINA aurait commis un détournement de pouvoir, une erreur de droit et une erreur d'appréciation en ne reclassant pas Mme A préalablement à l'édiction de la décision du 12 octobre 2022 sont inopérants et doivent, dès lors, être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions du 10 janvier et 14 mars 2023 :

11. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 13 octobre 2022, reçu par l'établissement le 17 octobre 2022, Mme A a sollicité son reclassement. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le CHINA a considéré qu'il n'était pas en mesure de reclasser la requérante car il n'était pas en capacité de lui proposer un poste compatible avec ses compétences professionnelles et dans la même catégorie d'emploi que celui qu'elle occupait précédemment. Or, s'il appartenait au CHINA de rechercher de manière prioritaire un poste équivalent à celui occupé antérieurement par Mme A, il lui incombait, dans un second temps, en l'absence d'un tel poste, de rechercher tout autre emploi vacant qu'elle était en capacité d'occuper. Dès lors, en limitant, dans le cadre de la tentative de reclassement de l'agent, la recherche à des emplois équivalents à celui précédemment occupé, le CHINA a commis une erreur de droit. En outre, Mme A soutient qu'il existait plusieurs emplois vacants compatibles avec sa qualification professionnelle et son état de santé qui ne lui ont pas été proposés. Pour les motifs exposés au point 4, le CHINA a acquiescé à cette allégation qui n'est pas contredite par les pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige des 10 janvier et 14 mars 2023 sont entachées d'une erreur d'appréciation doit être accueilli.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions des 10 janvier et 14 mars 2023 du directeur du CHINA doivent être annulées.

Sur l'injonction :

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

14. Le présent jugement implique nécessairement que Mme A soit réintégrée dans les effectifs du CHINA, qu'un emploi compatible avec sa qualification professionnelle et son état de santé lui soit proposé et que sa carrière soit reconstituée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au CHINA de prendre des mesures d'exécution dans ce sens, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèces, de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes une somme globale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes des 10 janvier et 14 mars 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au CHINA de réintégrer Mme A, de lui proposer un emploi compatible avec sa qualification professionnelle et son état de santé et de reconstituer sa carrière dans un délai de trois mois à compter de la notification présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes versera à Mme A la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au directeur du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

N°s 2202713, 2300232 et 2301074

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