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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202731

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202731

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, Mme C A, représentée par la SCP Manil, demande au tribunal :

- de prescrire une expertise sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués ont été conformes aux règles de l'art ;

- de lui accorder une provision d'un montant de 5 000 euros pour couvrir les frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le 11 août 2022, elle a subi, au centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes, une gastroscopie et une coloscopie afin de poser un diagnostic sur la pathologie dont elle souffrait ;

- avant de quitter l'hôpital, elle a indiqué qu'elle n'avait aucune sensibilité dans la jambe gauche;

- le soir même elle a été admise au service des urgences du centre hospitalier ou un examen a été réalisé pour vérifier si elle ne faisait pas un AVC ;

- de retour à son domicile, elle a de nouveau appelé les urgences pour signaler que sa jambe était toujours inerte ;

- la réalisation d'un électromyogramme a été demandé le 18 août 2022 en raison d'une suspicion de compression du nerf sciatique poplité externe ;

- une IRM dorso-lombaire a été réalisée le 12 septembre 2022 ;

- aucune évolution favorable n'a été constatée malgré cinq séances de kinésithérapie hebdomadaires ;

- elle a été mise en arrêt de travail au mois de juin 2022 ;

- la compression du nerf sciatique serait due lors de la manipulation pour passer la coloscopie et la gastroscopie ;

- elle est fondée à solliciter une mesure d'expertise médicale afin de déterminer les préjudices subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au tribunal de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions et, enfin, de rejeter les demandes formulées par Mme A à son encontre.

Il soutient que la demande de provision doit être rejetée dès lors qu'elle apparaît prématurée en l'état de l'affaire, d'une part en raison de l'absence d'urgence au regard des circonstances de l'espèce et d'autre part, en raison de l'existence de contestations sérieuses sur le principe même d'une obligation d'indemnisation par l'ONIAM.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à sa participation à une mesure d'expertise, sous toute réserve de responsabilité. Il demande en outre de compléter la mission d'expertise, qui devra être confiée à un expert gastro-entérologue et à un expert neurologue, conformément à ses suggestions. Il demande enfin de rejeter la demande de provision sur les frais d'expertise formée par Mme A.

Il soutient qu'aucune provision sur les frais d'expertise ne saurait être mise à sa charge.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande tendant au versement d'une provision :

3. Mme A sollicite le versement d'une provision de 5 000 euros pour couvrir les frais d'expertise. Elle doit être regardée comme invoquant l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

4. Aux termes de l'article R. 541-1du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

5. Il n'appartient pas au juge des référés d'attribuer la charge des frais d'expertise, lesquels feront l'objet d'une ordonnance de taxation après établissement du rapport. Les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative par Mme A ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme le Docteur G F, gastro-entérologue, exerçant 10 rue Jean Richepin à Paris (75116) et M. le Docteur D E, neurologue, exerçant à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l'Hôpital à Paris (75013) sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisations de Mme A ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle souffre depuis la gastroscopie et la coloscopie qu'elle a subis ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A a été informée de la nature des examens qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si l'état de Mme A a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts, eux-mêmes soumis au secret médical, pourront se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse leur être opposé ce même secret et pourront entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes ayant donné des soins à Mme A.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 août 2023. Les experts notifieront eux-mêmes les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Les conclusions de Mme A tendant au versement d'une provision sont rejetées.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à Mme le Docteur G F, expert et à M. le Docteur D E, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 2 février 2023.

Le juge des référés,

signé

O. B

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