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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202748

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202748

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRENER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022 et un mémoire déposé le 20 février 2023, M. E A B représenté par Me Cuitot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Aube en date du 23 novembre 2022 notifié le même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour " mention vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours suivant la notification de jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'acte attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses liens personnels et familiaux sur le territoire national et méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale en France où il vit depuis 2013.

Par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête, non communiqué.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 janvier 2023, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B ressortissant ivoirien né le 7 janvier 2000 serait, suivant ses déclarations, arrivé avec sa famille en France en 2013 à l'âge de 13 ans. Par un arrêté du 23 novembre 2022, la préfète de l'Aube a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a fait interdiction de retour pendant une durée d'un an. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Par arrêté du 30 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Aube y a relevé que l'intéressé avait obtenu un document de circulation pour étranger mineur le 19 janvier 2016, puis une autorisation provisoire de séjour le 16 avril 2019, renouvelée le 30 octobre 2019 valable jusqu'au 15 avril 2020 et qu'il était depuis en situation irrégulière. L'arrêté indique également les condamnations pénales prononcées à l'encontre du requérant, comporte des éléments sur sa situation personnelle et familiale et conclut que la mesure d'éloignement ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. En déduisant de la nature, du caractère répété et de la gravité croissante des faits commis pour certains récemment pour lesquels l'intéressé a fait l'objet de multiples condamnations dont le quantum avoisine les trois ans d'emprisonnement, que la présence de M. A B en France constituait une menace à l'ordre public, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Le requérant soutient qu'il convient de prendre en compte sa vie privée et familiale en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si le requérant se prévaut de la présence de sa mère et de sa sœur en France, il n'apporte aucun élément justifiant qu'il entretiendrait des liens avec ces dernières. Par ailleurs, M. A B est célibataire et sans charge de famille en France. Enfin, il ne justifie pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en estimant que le requérant constituait une menace à l'ordre public et en l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Aube n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation familiale de celui-ci.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. A B est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Cristille, président,

Mme C de Laporte, première conseillère,

M. Pierre-Henri Maleyre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

V. de LAPORTE

Le président-rapporteur,

signé

P. D

Le greffier,

signé

A. PICOT

N° 2202748

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