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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202804

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202804

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP THÉMIS AVOCATS ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. A B, représenté par la SCP Thémis avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé de son maintien à l'isolement d'office ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de prolongation de placement à l'isolement est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision a méconnu ses droits de la défense dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a pu consulter son dossier disciplinaire préalablement à l'audience et faire valoir ses observations ;

- elle a été prise sans qu'il puisse disposer du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires ;

- la décision attaquée a méconnu les dispositions de l'article R213-21 du code de procédure pénale en l'absence de recueil préalable de l'avis écrit du médecin ;

- la décision contestée est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre

de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soistier, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est incarcéré à la Maison centrale de Clairvaux depuis le 8 mars 2022. Par une décision en date du 14 novembre 2022, la cheffe du pôle isolement de la sous-direction des services pénitentiaires du ministère de la justice a prolongé son placement en isolement d'office du 19 novembre 2022 jusqu'au 19 février 2023 au sein de la maison centrale de Claivaux. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R213-18 du code pénitentiaire, entré en vigueur au 1er mai 2022 : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. ". Aux termes de l'article R213-25 du même code : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelables. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée. ". Enfin, aux termes des dispositions l'article R213-30 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. / L'avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement est recueilli préalablement à toute proposition de renouvellement de la mesure au-delà de six mois et versé au dossier de la procédure. "

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultative, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

4. Il est constant que l'édiction de la décision en litige n'a pas été précédée du recueil de l'avis du médecin intervenant dans l'établissement, en méconnaissance des dispositions précitées. Le ministre fait valoir en défense que l'ensemble des médecins de l'unité sanitaire ayant exercé leur droit de retrait eu égard au comportement du requérant, il était dans l'impossibilité de recueillir l'avis prévu par les dispositions précitées. Toutefois, il n'établit pas avoir entrepris toutes les démarches nécessaires pour obtenir cet avis dont, en outre, il ne ressort pas de ces mêmes dispositions qu'il impliquait un examen de M. B. Le recueil de cet avis constitue pour la personne détenue une garantie, dont le requérant a, en l'espèce, été privé.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation du placement à l'isolement de M. B du 19 novembre 2022 au 19 février 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions d'injonction :

6. Au jour du présent jugement la décision attaquée a été entièrement exécutée. Les conclusions susvisées de la requête sont, par suite, devenues sans objet.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SCP Thémis avocats et associés renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation du placement à l'isolement de M. B du 19 novembre 2022 au 19 février 2023 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à la SCP Thémis avocats et associés la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCP Thémis avocats et associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée pour information au directeur de la maison centrale de Clairvaux et au directeur interrégional des services pénitentiaires Grand Est.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nizet, président,

M. Soistier, premier conseiller,

M. Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. SOISTIERLe président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

No 2202804

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