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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202817

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202817

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Lopez demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 novembre 2022, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prorogé son stage pour une deuxième période de trois mois du 6 mars 2022 au 5 juin 2022 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prorogé son stage du 6 juin 2022 jusqu'à la date du

15 novembre 2022, a mis fin au stage et l'a radié des cadres à compter du 16 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de le titulariser en qualité de gardien de la paix de la police nationale avec effet au 6 mars 2022 dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 9 novembre 2022 est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas respecté l'obligation d'informer sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables ;

- l'arrêté portant prorogation de la durée du stage du 6 juin 2022 au 15 novembre 2022, mettant fin à la durée du stage et le radiant des cadres est entaché d'un défaut de motivation ;

- le ministre de l'intérieur et des outre-mer a méconnu les dispositions de l'article 8 du décret du 23 décembre 2004 qui prévoient un parcours de formation obligatoire au cours du

stage ;

- le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur son insuffisance professionnelle pour mettre fin au stage et le radier des cadres de la police nationale.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire.

Une mise en demeure a été adressée le 22 mars 2023 au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article L. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est entré dans la police nationale le 3 décembre 2018 en qualité d'adjoint de sécurité affecté à la compagnie républicaine de sécurité autoroutière Aquitaine à Cenon (Gironde). Après sa réussite au concours de gardien de la paix, il est incorporé à l'Ecole Nationale de Police de Roubaix le 9 septembre 2019 au sein de la 254ème promotion d'élèves gardiens de la paix. Il a été affecté le 6 juillet 2020 en qualité de gardien de la paix stagiaire à la compagnie républicaine de sécurité n° 23 basée à Charleville-Mézières. Par arrêté du

3 novembre 2021, la durée de son stage était prorogée d'une durée de six mois à compter du

6 septembre 2021 au 5 mars 2022. Par arrêté du 9 novembre 2022 notifié le 15 novembre 2022, la durée de son stage était prorogée de trois mois du 6 mars 2022 au 5 juin 2022. Par l'article 1er d'un arrêté de la même date, la durée de son stage a été prorogée à compter du 6 juin 2022, alors que l'article 2 de cet acte prononçait la fin de son stage et sa radiation des cadres, à compter du lendemain de sa notification. Cet arrêté a été notifié le 15 novembre 2022. Par le présent recours, il demande l'annulation des deux derniers arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne les deux arrêtés en litige

2. Aux termes de l'article 8 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, dans sa rédaction applicable au litige : " La durée du stage est d'un an ; elle peut être prolongée pour une durée de trois mois à un an. A l'issue du stage, les gardiens de la paix reconnus aptes sont titularisés et placés au 1er échelon de leur grade. Les autres stagiaires sont soit licenciés, soit, le cas échéant, reversés dans leur corps d'origine () ".

3. Il ne résulte pas des dispositions applicables à M. B, incorporé à l'école nationale de police de Roubaix le 9 septembre 2019 au sein de la 254ème promotion d'élèves gardiens de la paix, l'obligation de suivre des modules de formation dans le cadre du stage. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur a méconnu les dispositions citées au point précédent en ne lui dispensant pas les formations imposées.

En ce qui concerne l'arrêté du 9 novembre 2022 portant prorogation de la période de stage pour une durée allant du 6 mars 2022 au 5 juin 2024. L'arrêté précité portant prorogation de la durée du stage n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées.

5. Il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration invoquées par le requérant une obligation de notification sans délai des motifs des décisions individuelles défavorables.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

9 novembre 2022 portant prorogation de la période de stage pour une durée allant du

6 mars 2022 au 5 juin 2022 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 9 novembre 2022 en tant qu'il porte prorogation de la période de stage pour une durée allant du 6 juin 2022 à la date de notification de la fin de stage

S'agissant des conclusions tendant à l'annulation de l'article 1er :

7. L'arrêté précité en tant qu'il porte prorogation de la durée du stage n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées comme il a été dit au point 4. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

9 novembre 2022 en tant qu'il porte en son article 1er prorogation de la période de stage pour une durée allant du 6 juin 2022 à la date de notification de la fin du stage doivent être rejetées.

S'agissant des conclusions tendant à l'annulation de l'article 2 :

9. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire, se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

10. Pour prendre l'arrêté mettant fin au stage et refusant de le titulariser, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur l'attitude générale de M. B qui serait révélatrice d'un manque d'éthique professionnelle incompatible avec l'exercice des fonctions de policier et sur l'absence d'amélioration de la manière de servir. Toutefois, si M. B a fait l'objet d'une évaluation professionnelle en 2021 mentionnant des problèmes personnels lors de son intégration, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits aient fait l'objet d'une réitération. Son évaluation professionnelle au titre de l'année 2022 rédigée par son supérieur hiérarchique direct précise que le requérant a démontré sa capacité à être professionnel et remplir les missions confiées avec sérieux. Enfin, l'intéressé produit aux débats plusieurs attestations révélant ses qualités professionnelles, signées de deux majors, de son chef de section, de trois autres brigadiers chef qui ont travaillé avec lui ainsi qu'une attestation d'un formateur au sein de l'école nationale de police. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en l'absence de production d'un mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à contredire ces appréciations, contradiction que ne résulte pas plus des autres pièces du dossier, dont l'unique l'appréciation de l'autorité supérieure, dans le cadre de l'évaluation professionnelle 2022, évoque un comportement et une tenue qui s'apparentent parfois à une certaine nonchalance, est insuffisante pour justifier la décision en litige. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur manifeste d'appréciation en le radiant des cadres de la police nationale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en tant qu'il met fin au stage de M. B et qu'il le radie des cadres de la police nationale doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives à l'astreinte

12. Le motif de l'annulation retenu implique que le ministre de l'intérieur et des outre-mer procède à la titularisation de M. B à la date du 15 novembre 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 2 de l'arrêté du 9 novembre 2022, mettant fin au stage de M. B et le radiant des cadres de la police nationale, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la titularisation de M. B à la date du 15 novembre 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

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