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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202843

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202843

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSamy DJEMAOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2224234/6-1 du 25 novembre 2022, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le dossier de M. B.

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022 au tribunal administratif de Paris, et des mémoires, enregistrés les 13 juin 2023 et 20 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Djemaoun, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui a produit une pièce enregistrée le 9 juin 2023.

Par ordonnance du 18 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mach, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1977, déclare être entré sur le territoire français le 15 décembre 2016. Il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été enregistrée par les services préfectoraux de la Marne le 21 juin 2021. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite refusant de lui délivrer un titre de séjour et née du silence gardé par le préfet de la Marne.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. M. B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 21 juin 2021, le préfet de la Marne a adressé à l'intéressé une attestation de dépôt d'un dossier de demande de titre de séjour et l'a informé que la demande était susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre mois en mentionnant les voies et délais de recours contre cette décision. Il ressort des pièces du dossier que, par des réponses aux interrogations du requérant formulées auprès des services de la préfecture de la Marne sur l'état de son dossier de demande de titre de séjour entre août 2021 et mai 2022, les services préfectoraux ont indiqué que sa demande de titre de séjour était en cours d'instruction. Toutefois, en l'absence de réponse dans un délai de quatre mois à la demande de titre de séjour, une décision implicite de rejet est, en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, née du silence gardé par le préfet de la Marne le 21 octobre 2021. M. B a demandé la communication des motifs de cette décision implicite, par un courriel du 30 août 2022 de son conseil, auquel il n'a pas été répondu. Si cette demande n'a pas été formulée dans le délai de recours contentieux de deux mois suivant la naissance de la décision implicite de rejet, le préfet de la Marne a, par les courriels successifs d'attente en vue de l'instruction de sa demande, induit en erreur le requérant sur les conditions d'exercice de son droit au recours contre le refus qui lui a été implicitement opposé. Par suite, cette demande doit être regardée comme ayant prorogé le délai de recours contentieux. En l'absence de réponse à cette demande, la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour née le 21 octobre 2021 est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de la Marne délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il implique en revanche que le préfet de la Marne procède au réexamen de sa demande de titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Marne d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

A-C. CASTELLANILa présidente-rapporteure,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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