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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202845

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202845

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantANTON-ROMANKOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 décembre 2022 et 22 décembre 2022, Mme C D, représentée par Me Anton-Romankow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de suspendre, à titre subsidiaire, l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant.

La requête de Mme C D a été communiquée à la préfète de l'Aube qui, le 18 janvier 2023, a produit une mémoire en défense qui conclut au rejet de la requête.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 décembre 2022 et 20 décembre 2022, Mme A D, représentée par Me Anton-Romankow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de suspendre, à titre subsidiaire, l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant.

La requête de Mme A D a été communiquée à la préfète de l'Aube qui, le 18 janvier 2023, a produit un mémoire en défense qui conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B et les observations de Me Opyrchal, substituant Me Anton-Romankow, pour les requérantes ont été entendus au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent une mère et une fille ayant fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Mme A D et Mme C D, mère et fille de nationalité arménienne, déclarent être entrées en France le 18 mars 2022. Elles ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions du 2 septembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par arrêtés du 21 novembre 2022, la préfète de l'Aube les a obligées à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Les intéressées demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "

4. Les requérantes soutiennent que les arrêtés doivent être suspendus compte tenu de leurs recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, les éléments qu'elles versent dans la présente instance ne permettent pas d'établir qu'elles disposent d'éléments sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire français durant l'examen de leurs recours. Les conclusions aux fins de suspension des mesures d'éloignement doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Par un arrêté du 30 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2, parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte contesté doit être écarté.

6. Les arrêtés querellés mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérantes. En outre, il ne ressort pas des motivations des arrêtés en litige que la préfète se soit abstenue de procéder à un examen sérieux de leur situation personnelle. Ces arrêtés sont, par suite, suffisamment motivés.

7. Fuyant la guerre en Ukraine, les requérantes sont entrées en France en mars 2022, soit très récemment à la date des arrêtés attaqués. Dès lors, et alors même que les enfants de E C D sont scolarisés en France, elles ne peuvent justifier d'une intégration suffisante sur le territoire français. En outre, elles n'établissent pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions les moyens, soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés, tout comme celui tiré de la méconnaissance de l'article 3 de ladite convention, inopérant à l'encontre d'une telle décision. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les enfants de E C D ainsi que l'époux de Mme A D sont de nationalité ukrainienne. Mme C D, née le 23 juin 1994, déclare avoir quitté son pays natal l'Arménie en 1995, alors âgée d'un an seulement, pour rejoindre l'Ukraine où elle a été scolarisée et où elle possède le statut de résidente depuis au moins le 25 juillet 2019. Mme A D, également résidente ukrainienne depuis au moins le 11 janvier 2020, déclare avoir quitté l'Arménie pour l'Ukraine depuis l'année 1995. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances, non sérieusement contredites par la préfète de l'Aube dans ses écritures, une absence de lien des requérantes avec l'Arménie, quand bien même elles sont de nationalité arménienne. Dès lors, en fixant l'Arménie comme pays de destination de Mme A D et Mme C D, la préfète de l'Aube a entaché les arrêtés édictés d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, les requérantes sont fondées à soutenir que les arrêtés du 21 novembre 2022 sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'ils fixent l'Arménie comme pays destination. Par ailleurs, à la date du présent jugement, la situation prévalant en Ukraine compte tenu de la guerre lancée dans ce pays par la Fédération de Russie, qui peut être assimilée à une violence généralisée, est de nature à faire obstacle à l'exécution des obligations de quitter le territoire vers ce pays.

8. Il résulte de ce qui précède que les arrêtés de la préfète de l'Aube du 21 novembre 2022 doivent seulement être annulés en tant qu'ils fixent l'Arménie comme pays de destination de Mme A D et Mme C D.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'annulation prononcée au point précédent n'implique l'édiction d'aucune mesure particulière pour en assurer l'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A D et Mme C D doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par les requérantes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 21 novembre 2022 de la préfète de l'Aube sont annulés en tant qu'ils fixent l'Arménie comme pays de destination de Mme A D et Mme C D.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Mme C D et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le président-rapporteur,

A. BLa greffière,

I.DELABORDE

N°2202845, 2202846

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