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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202877

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202877

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSYGUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Abbar, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Tinqueux l'a placée en disponibilité d'office à titre conservatoire avec bénéfice d'un demi-traitement à compter du 18 octobre 2022, dans l'attente de l'issue de la procédure de retraite pour invalidité ;

2°) d'enjoindre à la commune de Tinqueux de supprimer la décision annulée de son dossier administratif et de réexaminer sa situation dans une délai d'un mois ;

2°) que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la commune de Tinqueux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis du conseil médical visé par l'arrêté attaqué aurait dû être rendu par le conseil médical réuni en formation plénière ;

- il n'est pas justifié de la composition régulière du conseil médical ;

- elle n'a pas été informée de la date du conseil médical, de son droit à consulter son dossier et des voies de contestation possibles devant le conseil médical supérieur ;

- elle n'a pas été invitée au moins dix jours avant la réunion du conseil médical, à prendre connaissance de son dossier ;

- le médecin du service de médecine préventive n'a pas été informé de la séance du conseil médical et de son objet ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il est illégal comme fondé sur une décision lui refusant la reconnaissance d'une maladie imputable au service, elle-même illégale ;

- elle ne pouvait être placée en disponibilité d'office dès lors qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congé, n'était pas inapte à toutes fonctions et avait sollicité son reclassement alors que la commune ne démontre pas qu'il était impossible.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2023 et 28 juillet 2023, la commune de Tinqueux, représentée par Me Sygut, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Nizet, président,

- les conclusions de Mme Stéphanie Lambing, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 16 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjoint administratif principal de 2ème classe, employée par la commune de Tinqueux, demande l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel, à l'issue du congé de longue durée dont elle bénéficiait, le maire de la commune de Tinqueux l'a placée en disponibilité d'office à titre conservatoire avec bénéfice d'un demi-traitement à compter du

18 octobre 2022, dans l'attente de l'issue de la procédure de retraite pour invalidité.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 : " Le conseil médical départemental réuni en formation restreinte est consulté pour avis sur : /()/ 2° Le renouvellement d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée après épuisement des droits à rémunération à plein traitement ; () ".

3. En application de ces dispositions, la commune de Tinqueux a saisi le conseil médical unique de la situation de Mme B qui arrivait au terme d'un congé de longue durée et avait épuisé ses droits à rémunération à plein traitement. Par un avis du 7 juillet 2022, le comité médical unique, statuant en formation restreinte, a donné un avis favorable à la prolongation du congé de longue durée jusqu'au 17 octobre 2022, date de la fin des droits à congés dont disposait l'intéressée, a indiqué à la commune que Mme B était inapte définitivement à toute fonction et que la collectivité devait instruire un dossier de retraite pour invalidité. L'arrêté en litige, qui ne renouvelle pas le congé de longue durée dont a bénéficié Mme B, mais dont l'objet est de placer la requérante dans une position statutaire régulière, au titre d'une période postérieure au terme de ce congé, n'a pas été pris, même s'il le vise, à la vue de l'avis précité qui se prononce sur les droits à congés de longue durée de l'intéressée. Par suite, cette dernière ne peut utilement faire valoir des moyens tenant à l'irrégularité de la procédure qui a été suivie devant le conseil médical unique afin de rendre l'avis du 7 juillet 2022.

4. L'arrêté du 10 octobre 2022 comporte mention des textes dont il fait application et des circonstances de fait sur lesquelles, dans le respect du secret médical, s'est fondé le maire de Tinqueux pour prendre sa décision. Il est, par suite, sans qu'il soit nécessaire qu'y soit adjoint un document comportant une motivation plus détaillée, suffisamment motivé. La requérante n'est, dès lors et en tout état de cause, pas fondée à soutenir qu'il serait insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. L'arrêté attaqué n'ayant pas été pris pour l'application de l'arrêté du 7 juin 2021, lequel n'en constitue pas davantage la base légale, Mme B ne peut utilement faire valoir que l'arrêté du 10 octobre 2022 est illégal dès lors qu'il reposerait sur un arrêté du 7 juin 2021 rejetant sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle.

6. Si Mme B fait valoir qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congés, elle ne l'établit pas.

7. Il résulte de l'avis du 7 juillet 2022 que la requérante est, contrairement à ce qu'elle affirme, inapte à toutes fonctions au sein de la fonction publique territoriale, sans qu'y fasse obstacle l'avis rendu par un médecin conseil dans un cadre distinct de celui intéressant l'aptitude de l'intéressée à exercer des fonctions au sein de cette fonction publique. La commune n'étant, par suite, pas tenue de rechercher à la reclasser avant de prendre la décision en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de la requête, n'implique, en tout état de cause, aucune mesure d'exécution. Les conclusions susvisées ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Tinqueux, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B le versement de la somme que la commune de Tinqueux demande sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Tinqueux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Tinqueux.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. C

Le président-rapporteur,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

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