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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202934

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202934

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSARL D'AVOCATS MARIN-COUVREUR-URBAIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 décembre 2022 et 5 janvier 2023, M. A, représenté par Me Urbain, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 17 novembre 2022, par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande tendant à la mainlevée de son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui restituer son permis de chasse et de procéder au retrait de son inscription au FINIADA dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter ses observations orales dans le cadre de la procédure contradictoire ;

- il ne présente aucun danger tant pour lui que pour les tiers et mène une vie équilibrée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 février 2022 et 31 mai 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 2 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2023.

Par un courrier du 14 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le préfet de la Marne était en situation de compétence liée pour refuser la mainlevée de l'inscription de M. A du fichier national automatisé nominatif dès lors que celui-ci était sous le coup d'une interdiction d'acquisition et de détention d'armes.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soistier,

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,

- et les observations de Me Urbain, représentant M. A,

- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Marne.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de diverses condamnations pénales, M. C A a fait l'objet le 14 septembre 2015 d'un arrêté préfectoral portant dessaisissement de toutes ses armes et munitions de catégorie C et D et interdiction d'acquérir ou détenir des armes des catégories B, C et D, ainsi que d'une inscription au FINIADA. Par une décision en date du 17 novembre 2022, le préfet de la Marne a rejeté la demande de l'intéressé tendant à obtenir la mainlevée de l'inscription à ce fichier. Par la présente requête, M. A demande l'annulation, en excès de pouvoir, de la décision précitée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, en retenant que malgré les demandes d'effacement de M. A, de nombreuses mentions figuraient encore au traitement des antécédents judiciaires, pour des faits de violences, menaces ou outrages, et que les résultats d'une enquête font état d'interventions récurrentes des forces de l'ordre au domicile du requérant pour des différends, menaces de mort ou suicides, caractérisant un comportement incompatible avec une arme pouvant laisser craindre une utilisation dangereuse, le préfet de la Marne a suffisamment motivé sa décision. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier qu'il fut invité à présenter, préalablement à l'arrêté du 14 septembre 2015, ses observations par lettre recommandée avec avis de réception, notifiée le 24 août 2015, à laquelle il a répondu par un courrier daté du 25 août 2015, en relevant que les faits de violences pour lesquelles il a été condamné consistaient en une gifle donnée à un huissier de justice dans le but de défendre sa compagne, puis d'une autre gifle donnée à sa compagne qui aurait cassée volontairement la clé dans la serrure. Il suit de là qu'à l'occasion de cette procédure contradictoire, l'intéressé a été conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquelles il conteste l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2015, portant dessaisissement de toutes ses armes et munitions de catégorie C et D, interdiction d'acquérir ou détenir des armes des catégories B, C et D et inscription au FINIADA. Le droit de l'intéressé de communiquer ses observations n'imposait pas à l'autorité administrative, alors saisi par une demande, de le mettre à même de les réitérer ou d'en présenter de nouvelles.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui.". En application des dispositions précitées, l'article R.312-67 du même code prévoit que : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ". Selon les dispositions de l'article L.312-16 : " Un fichier national automatisé nominatif recense : () 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. "

5. Il résulte de ces dispositions combinées que le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision portant interdiction de détention d'armes et de munitions des catégories concernées serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, à l'encontre de la décision de rejet de la mainlevée de l'inscription au FINIADA, dès lors que cette dernière se borne à tirer les conséquences de l'interdiction prise à l'encontre de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. SOISTIER

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

N°2202934

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