mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2203042 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIÈS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, la société Gaz réseau distribution France (GRDF), représentée par Me de Moustier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la présidente de la communauté urbaine du Grand Reims sur le recours gracieux formé le 31 août 2022 tendant à la révision ou à la suppression de tout ou partie des dispositions des articles 1.5, 2.1, 2.2, 3.3, 4.23, 4.27, 4.28, 4.29, 4.31, 5.1 et 6.5 du règlement de voirie de la communauté urbaine du Grand Reims du 30 juin 2022, adopté par délibération du conseil communautaire du même jour ;
2°) d'annuler la délibération du 30 juin 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté urbaine du Grand Reims a approuvé les articles suscités du règlement de voirie intercommunal, ensemble lesdits articles de ce règlement ;
3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine du Grand Reims la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi qu'une note contenant des informations suffisantes conformément aux dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales a bien été portée, dans un délai suffisant, à la connaissance des élus, préalablement à la séance du conseil communautaire ;
- il n'est pas établi que le signataire de cette délibération détenait une délégation de signature ;
- l'article 1.5 du règlement de voirie dans son alinéa 4, est entaché d'illégalité en tant qu'il impose des travaux de reprise excédant la zone concernée par les travaux et en tant qu'il ne réserve pas l'hypothèse d'une intervention d'urgence ;
- l'article 1.5, dans son alinéa 8 est illégal dès lors qu'il laisse entendre que l'intervenant sera responsable pour l'ensemble des désordres occasionnés à la voie et à ses équipements ainsi que les inconvénients qui en résulteraient ; il excède en cela l'objet d'un règlement de voirie tel qu'il est défini à l'article R. 141-14 du code de la voirie routière ;
- l'article 2.1 du règlement de voirie, en tant qu'il soumet les travaux à une autorisation préalable, fait obstacle à l'exercice de son droit d'occupation du domaine public et méconnait ainsi les dispositions des articles L. 111-3 du code de la voirie routière et L. 323-1 du code de l'énergie ;
- l'article 2.2 du règlement de voirie, en prévoyant qu'aucune contestation ne sera admise de la part de l'occupant qui n'a pas établi un constat contradictoire ou un constat d'huissier, est illégal, dès lors qu'il ne lui appartient pas de réglementer les règles d'administration de la preuve et qu'une telle prescription porte une atteinte excessive aux droits des occupants ;
- la dernière phrase de l'article 3.3 du même règlement est illégale, en tant que ces dispositions portent une atteinte excessive à son droit d'occupation du domaine public dès lors qu'elles instituent de manière générale une présomption systématique de responsabilité en cas d'accident pouvant survenir pour défaut d'ouvrages sécurisant les abords du chantier en cas d'encombrement du sous-sol, alors même que cette défaillance trouverait son origine dans une cause qui lui est totalement extérieure ;
- de telles dispositions excèdent le champ d'application d'un règlement de voirie puisqu'elles ne constituent pas des prescriptions strictement nécessaires ou indispensables à la protection du domaine public ;
- l'article 4.23 du règlement de voirie qui lui impose l'utilisation de modalités ou de techniques d'exploitation spécifiques est illégal car constituant une immixtion injustifiée dans les modalités technique de réalisation des travaux ;
- l'article 4.27 du règlement de voirie, dès lors que ses dispositions imposent à l'occupant de refermer les tranchées ouvertes chaque week-end, jour férié et à toute interruption du chantier, porte une atteinte excessive à son droit d'occupation du domaine public ;
- il est illégal en tant qu'il lui impose l'utilisation de techniques d'exploitation ou de matériaux spécifiques
- les articles 4.28 et 4.29 du règlement de voirie sont illégaux en tant qu'ils imposent l'utilisation de produits spécifiques pour combler les tranchés et notamment des matériaux autocompactants ;
- l'article 4.31 du même règlement porte une atteinte excessive à son droit d'occupation du domaine public, dès lors que ces dispositions fixent un délai de garantie susceptible d'excéder le délai de garantie d'une année prévue par l'article 1792-6 du code civil au titre de la garantie de parfait achèvement ou celui de l'article 1792-3 au titre de la garantie biennale :
- l'article 5.1 du règlement litigieux est illégal dès lors qu'il impose des sujétions relatives à l'esthétique des voies et trottoirs, une obligation de procéder à des réfections définitives plus importantes lorsque les travaux ont moins de trois ans d'âge ainsi qu'une obligation de réfection des voies qui excède la simple remise en état de la chaussée dans le périmètre des travaux effectués, ce qui ne constitue pas des prescriptions indispensables à la protection du domaine public routier et excède donc le champ d'application d'un règlement de voirie ;
- l'article 6.5 du règlement est illégal, en tant qu'il impose notamment de communiquer les fiches techniques des matériaux utilisés et excède donc l'objet d'un règlement de voirie tel que défini par l'article R. 141-14 du code de la voirie routière ;
- il est illégal en tant qu'il lui impose l'utilisation de modalités ou de techniques d'exploitation spécifiques.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mars 2023 et 27 juillet 2023, la communauté urbaine du Grand Reims, représentée par Me Petit, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société GRDF la somme de 3 000 euros, à verser à la communauté urbaine du Grand Reims, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre la délibération du 30 juin 2022 sont tardives ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par deux mémoires, enregistrés les 16 juin 2023 et 17 août 2023, la société GRDF conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et ajoute que sa requête est recevable dès lors que le recours gracieux devait bien être regardé comme demandant l'annulation de la délibération en litige, ce qui a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux.
Par une ordonnance du 19 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des collectivités territoriales ;
- le code de l'énergie ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nizet, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,
- et les observations de Me Foltzer pour la société GRDF et Me Masson pour la communauté urbaine du Grand Reims.
Une note en délibéré, enregistrée le 18 octobre 2024, a été présentée par la
société GRDF.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 30 juin 2022, le conseil communautaire de la communauté urbaine du Grand Reims a adopté un nouveau règlement de voirie. La société GRDF a formé à son encontre un recours gracieux le 31 août 2022, tendant à ce que les articles 1.5, 2.1.1, 2.2, 3.3, 4.23, 4.27, 4.28, 4.29, 4.31, 5.1 et 6.5 soient modifiés ou supprimés. Du silence gardé par la communauté urbaine du Grand Reims pendant deux mois sur ce recours, réceptionné par l'administration le 2 septembre 2022, est née une décision implicite de rejet. Par la présente saisine, la société GRDF demande l'annulation de cette décision, de la délibération adoptant le nouveau règlement de voirie et des articles susmentionnés de ce règlement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière : " Sous réserve des prescriptions prévues à l'article L. 122-3, les exploitants de réseaux de télécommunications ouverts au public les services publics de transport ou de distribution d'électricité ou de gaz et les canalisations de transport d'hydrocarbures ou de produits chimiques déclarées d'utilité publique ou d'intérêt général peuvent occuper le domaine public routier en y installant des ouvrages, dans la mesure où cette occupation n'est pas incompatible avec son affectation à la circulation terrestre () ". Aux termes de l'article L. 113-5 du même code : " Lorsqu'ils relèvent du régime de la concession ou autorisation de transport de gaz naturel, les travaux exécutés sur la voie publique pour l'établissement ou l'entretien des réseaux de transport ou de distribution d'électricité ou de gaz sont effectués dans les conditions fixées par l'article 10 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie. () ". Aux termes de l'article L. 433-3 du code de l'énergie : " La concession de distribution confère au concessionnaire le droit d'exécuter sur les voies publiques et leurs dépendances tous travaux nécessaires à l'établissement et à l'entretien des ouvrages en se conformant aux conditions du cahier des charges de la concession et des règlements de voirie, sous réserve du respect des dispositions du code de la voirie routière, en particulier de ses articles L. 113-3 et L. 122-3. ". Aux termes de l'article L. 141-11 du code de la voirie routière : " Le conseil municipal détermine, après concertation avec les services ou les personnes intervenant sur le domaine public, les modalités d'exécution des travaux de réfection des voies communales dans lesquelles des tranchées ont été ouvertes. () " et aux termes de l'article R. 141-14 du même code : " Un règlement de voirie fixe les modalités d'exécution des travaux de remblaiement, de réfection provisoire et de réfection définitive conformément aux normes techniques et aux règles de l'art. Il détermine les conditions dans lesquelles le maire peut décider que certains des travaux de réfection seront exécutés par la commune. / Ce règlement est établi par le conseil municipal après avis d'une commission présidée par le maire et comprenant, notamment, des représentants des affectataires, permissionnaires, concessionnaires et autres occupants de droit des voies communales ". Selon l'article L. 141-22, ces attributions sont exercées, le cas échéant, par le président et par l'assemblée délibérante de l'établissement public de coopération intercommunale compétent.
3. Il résulte des dispositions des articles L. 113-3 et R. 141-14 du code de la voirie routière que le droit d'occupation du domaine public routier reconnu à la société GRDF ne peut s'exercer que dans les conditions prévues par les règlements de voirie, lesquels sont édictés par les autorités compétentes qui peuvent subordonner au respect de certaines prescriptions, sur le fondement de leur pouvoir de police et de conservation dudit domaine, l'exercice du droit dont il s'agit aux conditions qui se révèlent indispensables pour assurer la protection du domaine public routier dont elles ont la charge et en garantir un usage répondant à sa destination, à la condition de ne pas porter une atteinte excessive au droit permanent d'occupation du domaine dont dispose cet opérateur en application des dispositions précitées de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière et de l'article R. 433-3 du code de l'énergie.
En ce qui concerne la légalité de la délibération du 30 juin 2022 :
4. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Il résulte du même article que la convocation doit être adressée aux membres du conseil municipal dans un délai de cinq jours francs précédent sa réunion.
5. Il résulte de ces dispositions que la convocation aux réunions du conseil municipal, ou le cas échéant, du conseil communautaire, doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Cette obligation doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, et permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Cette disposition n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de règlement de voirie et sa note explicative de synthèse, annexée à la convocation à la séance du conseil communautaire du 30 juin 2022, qui explicite les raisons pour lesquelles un nouveau règlement de voirie a été rédigé, ont bien été portés à la connaissance des membres du conseil communautaire, le 24 juin 2022, dans un délai suffisant pour leur permettre de comprendre les mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions.
7. Si la requérante fait valoir que la délibération du 30 juin 2022 a été signée par une personne n'ayant pas qualité pour ce faire, cette circonstance postérieure à l'adoption de cette délibération, est sans incidence sur sa légalité. Au demeurant, le sens du vote des conseillers communautaires lors de l'adoption de la délibération en litige, n'est pas contesté.
8. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le Communauté urbaine du grand Reims, la société GRDF n'est pas fondée à soutenir que la délibération du 30 juin 2022 serait entachée d'illégalité.
En ce qui concerne la légalité des articles en litige du règlement de voirie :
S'agissant de la régularité de l'adoption du règlement de voirie :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les articles du règlement de voirie dont elle demande l'annulation, auraient été adoptés à l'issue d'une procédure irrégulière.
S'agissant de la légalité de l'article 1.5 du règlement de voirie :
10. L'article 1.5 du règlement de voirie routière dispose que : " () Pour les revêtements de moins de trois ans, aucune intervention n'est autorisée sauf dérogation particulière accordée au cas par cas et assortie de prescriptions spécifiques, en accord entre le gestionnaire de voirie et l'intervenant. Ces dernières peuvent comprendre une reprise des revêtements beaucoup plus importante en surface que la zone concernée. () / Le gestionnaire de voirie pourra être présent à la réception des travaux organisée par l'intervenant et ses exécutants afin de constater la bonne remise en état du Domaine Public Routier. Il y formulera des réserves éventuelles sur la qualité des travaux, à charge pour l'intervenant de prendre les mesures nécessaires à la levée de ces réserves. / À la suite de cette réception, l'intervenant demeure responsable des désordres occasionnés à la voie et à ses équipements et des inconvénients qui pourraient en résulter jusqu'au terme des délais de garantie précisés à l'article 1.6. () ".
11. En premier lieu, alors que le règlement en litige, en ce qu'il prévoit que les prescriptions auxquelles sont assujetties les interventions relatives aux revêtements des sols " peuvent comprendre une reprise des revêtements beaucoup plus importante en surface que la zone concernée ", excède ce qui est nécessaire et indispensable à la protection du domaine public routier, soit la remise en état, dans les règles de l'art, des sols dégradés à la suite d'une intervention, la société GRDF est fondée à soutenir que ces dispositions, distinctes du reste de cet article, méconnaissent celles de l'article R. 141-14 du code de la voirie routière et portent une atteinte excessive à son droit d'occupation du domaine public.
12. En deuxième lieu, rien ne fait obstacle à ce que la société GRDF sollicite du Grand Reims la délivrance d'une dérogation, en vue de réaliser une intervention d'urgence lorsque la situation le requiert, par suite, les dispositions contestées, qui se bornent à réglementer l'exercice, par les concessionnaires, de leur droit d'occupation du domaine public, ne méconnaissent pas les dispositions précitées du code de la voirie routière et du code de l'énergie.
13. Enfin le huitième alinéa de l'article 1.5 du règlement attaqué se borne à rappeler que l'occupant du domaine public est responsable des éventuels désordres affectant la voie à raison de son intervention. Il n'excède pas, en cela, le pouvoir dont dispose la communauté urbaine de réglementer l'usage de la voirie routière.
14. Il résulte de ce qui précède que l'article 1.5 précité est annulé en tant qu'il prévoit que les prescriptions relatives à la réfection de la voirie peuvent comprendre une reprise des revêtements beaucoup plus importante en surface que la zone concernée.
S'agissant de la légalité de l'article 2.1.1 du règlement de voirie :
15. L'article 2.1.1 de du règlement de voirie dispose que : " () Cet accord est indépendant du droit permanent d'occuper le domaine concerné ou de la permission de voirie. / Il est également à séparer de l'autorisation effective de démarrer les travaux, qui est délivrée par l'autorité chargée du pouvoir de la police de la circulation, et dans le cadre de la coordination des travaux. () ".
16. L'exécution de travaux par la société GRDF sur le fondement des dispositions précitées du code de l'énergie et du code de la voirie routière peut être légalement soumise à autorisation de la part de l'autorité gestionnaire du domaine public, dans un but de police et de coordination des tranches de travaux prévues par les titulaires du droit d'occupation du domaine public routier. Dès lors, les dispositions contestées, qui se bornent à réglementer l'exercice par les concessionnaires de leur droit d'occupation du domaine public, ne méconnaissent pas les dispositions suscitées du code de la voirie routière et du code de l'énergie.
S'agissant de la légalité de l'article 2.2 du règlement de voirie :
17. Aux termes de l'article 2.2 du règlement de voirie : " () Hors processus ATU, en l'absence de l'exploitant ou de l'exécutant à l'état des lieux préalable contradictoire suite à une convocation, les parties de voirie concernées par les travaux seront considérées en bon état et les réfections exigées en conséquence, sans qu'aucune contestation ne soit admise par la suite. () ".
18. Il est constant que les dispositions précitées ne portent que sur les travaux de réfection des tranchées nécessaires au passage des réseaux de la société GRDF et notamment à la réfection de la couche de roulement. Dès lors, que la réfection de la voirie dans sa partie concernée par les travaux réalisés par ou pour le compter de la société GRDF aboutira nécessairement à reconstituer, au droit de la tranchée, une partie de chaussée neuve, l'état de la voirie préexistante est sans incidence sur les obligations du concessionnaire de réseaux. Par suite, la circonstance que les dispositions précitées prévoient qu'aucune contestation ne sera admise s'agissant de l'état de la voie concernée par les travaux, dans l'hypothèse de l'absence de l'exploitant lors de l'état des lieux préalable à la réalisation des travaux, sont sans réelle portée. Il s'ensuit que la requérante ne peut utilement les contester. En outre, l'état des lieux préalable, étant à l'initiative de l'exploitant, il n'est pas porté atteinte à ses droits en matière d'établissement de la preuve.
S'agissant de la légalité de l'article 3.3 du règlement de voirie :
19. Aux termes de l'article 3.3 du règlement de voirie : " () En cas d'impossibilité technique ou d'encombrement manifeste du sous-sol, constaté contradictoirement avec le service gestionnaire de la voirie, l'intervenant devra garantir la protection de ses ouvrages de manière à assurer la sécurité. / Les gênes ou préjudices éventuels causés aux tiers ne relèveront que de la seule responsabilité de l'intervenant sauf faute de la victime, fait d'un tiers ou cas de force majeure. ".
20. Il ressort du titre précédent les dispositions précitées, qui n'évoque que la profondeur des tranchées, que cet article a pour objet de définir la profondeur des réseaux et les rapports entre concessionnaires de réseaux, qui constituent les tiers au sens de cet article. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dispositions traiteraient de l'hypothèse d'un défaut de signalisation aux abords du chantier. Par suite, en indiquant que le concessionnaire qui entreprend des travaux est responsable des éventuels préjudices vis-à-vis des autres occupants du domaine public, le règlement en litige ne fait que rappeler l'état du droit, sans prévoir une présomption de responsabilité. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que ce rappel serait illégal.
S'agissant de la légalité de l'article 4.23 du règlement de voirie :
21. L'article 4.23 du règlement de voirie en litige prévoit que : " Il est interdit de creuser le sol en forme de galerie souterraine, à l'exception des techniques de fonçage, tunnelier, forage. / Le travail en sous-œuvre au droit des ouvrages annexes de voirie, tels que bordures, caniveaux, gargouilles, boucles de protection, etc, est également interdit. ".
22. Ces dispositions interdisent l'usage de certaines techniques de creusement du sol et le travail en sous-œuvre au droit des ouvrages annexes de voirie. L'objet de ces restrictions, n'est pas d'imposer une modalité technique d'exécution des travaux à l'occupant du domaine public, mais d'interdire des méthodes d'intervention qui peuvent déstabiliser les ouvrages existants. En cela, elles ont trait à la conservation du domaine public. Dès lors, elles ne portent pas atteinte au droit d'occupation de la société requérante.
S'agissant de la légalité de l'article 4.27 du règlement de voirie :
23. L'article 4.27 dudit règlement dispose que : " Les matériaux utilisés, ainsi que leurs conditions de mise en œuvre, doivent être déclarés dans la demande d'accord technique préalable ou lors des réunions préparatoires aux chantiers, et soumis à l'agrément du service gestionnaire de la voirie, avant toute utilisation. / Pour tous nouveaux matériaux, ceux-ci devront faire l'objet d'un accord préalable délivré par le laboratoire du gestionnaire de voirie avant utilisation. () / Le remblayage s'effectue au fur et à mesure de l'avancement des travaux. L'intervenant ne devra en aucun cas laisser une tranchée ouverte les jours non travaillés (week-end, jours fériés, interruption du chantier, etc). () ".
24. En premier lieu, la société GRDF soutient que les premier et deuxième alinéa de cet article, en ce que les matériaux utilisés et leurs conditions de mise en œuvre doivent être soumises à l'agrément du service gestionnaire de voirie et en ce que son laboratoire doit délivrer un accord préalable pour l'utilisation de tous les nouveaux matériaux, imposent l'utilisation de modalités ou de techniques d'exploitation spécifiques. Toutefois, ces dispositions, dès lors qu'elles permettent de porter à la connaissance du maitre de l'ouvrage les modalités techniques employées pour remblayer les tranchées et notamment les matériaux utilisés, participent à la protection du domaine public routier et permettent de mieux garantir un usage répondant à sa destination. Elles n'imposent pas au concessionnaire l'utilisation de modalités ou de techniques d'exploitation spécifiques et ne portent donc pas une atteinte excessive à son droit d'occupation du domaine public routier.
25. En second lieu, les prescriptions du cinquième alinéa de cet article se bornent à réglementer l'exercice, par les concessionnaires, de leur droit d'occupation du domaine et ne l'obligent pas, en dépit de ce qu'allègue la requérante, à utiliser des modalités ou des techniques d'exploitation spécifiques. Alors que les règlements de voirie ont notamment pour objet de fixer les modalités d'exécution des travaux de remblaiement et de réfection provisoire, l'obligation pour l'intervenant de fermer les tranchées ouvertes les jours non travaillés à vocation à assurer la protection des usagers des voies publiques conformément à la compétence de police de conservation du domaine public routier détenue par l'autorité intercommunale. En revanche, en faisant obligation à la requérante de refermer les fouilles ouvertes les week-end, jours fériés et pendant les interruptions de chantier, le règlement en cause pose une obligation sans lien avec l'intérêt du domaine occupé. Par suite, l'article 4. 27 doit être annulé dans cette seule mesure.
S'agissant de la légalité de l'article 4.28 du règlement de voirie :
26. Aux termes de l'article 4.28 du règlement de voirie litigieux : " Les graves-ciment et le béton traditionnel sont proscrits et devront être remplacés par des matériaux auto-compactants jusqu'au niveau inférieur de l'assise de chaussée. () ".
27. Ces dispositions, qui permettent à la Communauté urbaine du grand Reims de s'assurer de la nature des matériaux utilisés pour le remblaiement des fouilles répondent à l'intérêt du domaine occupé. À ce titre la méthodologie de remblaiement est une préoccupation qui relève également de l'intérêt du domaine occupé dès lors qu'elle a une incidence sur la pérennité de l'ouvrage routier occupé.
S'agissant de la légalité de l'article 4.29 du règlement de voirie :
28. L'article 4.29 du règlement de voirie de la communauté urbaine du Grand Reims prévoit notamment que : " () Le remblayage des tranchées de faibles dimensions sera obligatoirement réalisé à l'aide de matériaux auto-compactants. () ".
29. Pour le même motif que celui exposé au point précédent, les conclusions tendant à l'annulation des dispositions précitées doivent être rejetées.
S'agissant de la légalité de l'article 4.31 du règlement de voirie :
30. Aux termes de l'article 4.31 du règlement de voirie : " () Dans un délai de deux mois après la mise en service des réseaux, le service Voirie de la Communauté Urbaine du Grand Reims doit être mis en possession des plans de récolement de ces réseaux ainsi que des dessins des ouvrages principaux exécutés sur la voie publique. Ces documents peuvent, en plus des documents papier, être présentés sous forme informatique compatible avec les logiciels et matériels utilisés par les services techniques communautaires. Les adhérents au Plan de Corps de Rues Simplifié (PCRS) ne sont pas tenus à ces plans de récolement du fait de la mise à jour régulière du support informatique. / Passé ce délai et après mise en demeure restée infructueuse, la Communauté Urbaine du Grand Reims peut faire établir lesdits plans (y compris les éventuels sondages et réfections) aux frais de l'intervenant. Le délai de garantie de l'ouvrage est alors prolongé jusqu'à la production de ces plans. () ". Ces dispositions ont pour objet de prolonger le délai de garantie jusqu'à la production, par l'intervenant, des plans de récolement, nécessaires à l'état des lieux des travaux effectués à la fin du chantier, indispensable à la vérification de la conformité des ouvrages aux autorisations préalables.
31. la société requérante ne peut utilement faire valoir que ces dispositions seraient contraires aux articles 1792-6 et 1792-3 du code civil, dès lors qu'elles déterminent des garanties contractuelles, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la société GRDF serait liée par contrat à la Communauté urbaine du grand Reims.
S'agissant de la légalité de l'article 5.1 du règlement de voirie :
32. L'article 5.1 du règlement de voirie dispose que : " () Sauf stipulation contraire de l'accord technique, les réfections seront réalisées suivant les règles suivantes : / - Les reprises de revêtement comprendront une surlargeur minimum de 10 cm à partir du bord de la fouille et pourront être supérieures en fonction des dégradations occasionnées. Un joint d'émulsion ou bande collée sera imposé sur les raccords de revêtement. / - toutes les surfaces ayant subi des dégradations du fait des travaux seront incluses dans la réfection définitive (notion de périmètre des dégradations), de façon à n'obtenir que des lignes droites composant des figures géométriques simples (rectangles, carrés) à l'exclusion de toutes courbes ou portions de courbes ; / - réfection de la voirie en l'état initial (sans défauts surfaciques et visuels) du domaine public routier. Une concertation entre l'intervenant et le gestionnaire de voirie pourra avoir lieu pour traiter des cas particuliers des réfections de la voirie au regard de cet état initial afin de prendre en compte la qualité de celle-ci malgré la règle d'âge de 3 ans. / - réfection des parties restantes des revêtements existants, de largeur inférieure ou égale à 0,50m, après découpe intégrant les épaulements de chaque côté de la fouille, le long des façades, des bordures et des caniveaux, des joints de tranchées antérieures aux travaux ainsi qu'à la rencontre des ouvrages de surface, tels que regards de visite, bouches d'égout, etc ; / - réfection des délaissés inférieurs ou égaux à 3 m de long entre deux redans d'une même tranchée ; / - les réfections de revêtement de chaussée sur des ouvertures supérieures ou égales à 30 m seront obligatoirement réalisées au finisseur. / Les travaux dérogeant à la règle des 3 ans d'âge telle que reprise à l'article 1.5 du présent règlement, pourront entraîner des réfections définitives plus importantes. ".
33. Les dispositions suscitées, se bornent à déterminer les conditions techniques dans lesquelles devront être réalisés les travaux et notamment les surlargeurs qu'elles prévoient sont justifiées par le respect des règles de l'art et contribuent à la protection du domaine public routier. Par suite elles ne sauraient être qualifiées de travaux excédant la simple réfection de la voirie. Toutefois en obligeant le concessionnaire à reprendre les délaissés inférieurs ou égaux à 3 m de long entre deux redans d'une même tranchée, la Communauté urbaine du grand Reims a posé une exigence qui, non justifiée par des raisons techniques, excède la simple remise en étant du domaine public routier. Il en est de même, pour le même motif, de l'obligation de réfection des revêtements des chaussées existantes d'une largeur inférieure ou égale à 0.50 mètre, après découpe des épaulements. Dans cette mesure les dispositions précitées doivent être annulées.
S'agissant de la légalité de l'article 6.5 du règlement de voirie :
34. Aux termes de l'article 6.5 du règlement de voirie : " À l'issue des autocontrôles, l'intervenant fournira au gestionnaire de voirie un dossier des ouvrages exécutés complet, comprenant notamment : / - une grille d'analyse qualitative sur tranchées, dûment remplie ; / - les fiches produits de l'ensemble des matériaux mis en œuvre ; / - les résultats de carottages, pénétromètre, gamma densimètre, etc. ".
35. Ces dispositions ont pour objet de permettre au gestionnaire du domaine public routier de se tenir informé de la teneur des travaux exécutés sur ce domaine et de garantir ainsi un usage de ses voies répondant à leur destination. Alors qu'elles se bornent à réglementer les modalités du droit d'occupation du domaine public routier intercommunal de la société GRDF, elles n'imposent pas, contrairement à ce que soutient la requérante, l'utilisation de modalités ou de techniques d'exploitation spécifiques et ne portent donc pas une atteinte excessive à son droit d'occupation. Ces dispositions n'excèdent pas davantage le champ d'application d'un règlement de voirie dès lors qu'elle se révèlent nécessaires à la conservation du domaine public routier.
36. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les articles suivants :
* l'article 1.5 est annulé en tant qu'il prévoit que les prescriptions relatives à la réfection de la voirie peuvent comprendre une reprise des revêtements beaucoup plus importante en surface que la zone concernée (alinéa 4)
* l'article 4. 27 est annulé en tant qu'il fait obligation à la requérante de refermer les fouilles ouvertes les week-end, jours fériés et pendant les interruptions de chantier (alinéa 5)
* l'article 5.1 est annulé en tant qu'il fait obligation au concessionnaire de reprendre les délaissés inférieurs ou égaux à 3 m de long entre deux redans d'une même tranchée et de reprendre des parties restantes des revêtements existants, de largeur inférieure ou égale à 0,50m, après découpe intégrant les épaulements de chaque côté de la fouille, le long des façades, des bordures et des caniveaux, des joints de tranchées antérieures aux travaux ainsi qu'à la rencontre des ouvrages de surface, tels que regards de visite, bouches d'égout. (sous-alinéas 3 et 4 de l'alinéa 3).
Sur les frais liés au litige :
37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de rejeter les conclusions réciproques des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'article 1.5 est annulé en tant qu'il prévoit que les prescriptions relatives à la réfection de la voirie peuvent comprendre une reprise des revêtements beaucoup plus importante en surface que la zone concernée. L'article 4. 27 est annulé en tant qu'il fait obligation à la requérante de refermer les fouilles ouvertes les week-end, jours fériés et pendant les interruptions de chantier. L'article 5.1 est annulé en tant qu'il fait obligation au concessionnaire de reprendre les délaissés inférieurs ou égaux à 3 m de long entre deux redans d'une même tranchée et les parties restantes des revêtements existants, de largeur inférieure ou égale à 0,50m, après découpe intégrant les épaulements de chaque côté de la fouille, le long des façades, des bordures et des caniveaux, des joints de tranchées antérieures aux travaux ainsi qu'à la rencontre des ouvrages de surface, tels que regards de visite, bouches d'égout.
Article 2 : La décision implicite du 2 novembre 2022 de la présidente de la communauté urbaine du Grand Reims portant rejet du recours gracieux de la société GRDF est annulée dans les limites fixées à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Gaz réseau distribution France et à la communauté urbaine du Grand Reims
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller.
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
M. A
Le président-rapporteur,
O. NIZET
La greffière,
I. DELABORDE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026