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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300059

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300059

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, Mme B A C demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2022-340-002 du 6 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- la préfète aurait dû saisir préalablement la commission du titre de séjour compte tenu de sa durée de séjour en France ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle répondait aux conditions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2023 par une ordonnance

du 12 janvier précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 12 septembre 1971, serait entrée régulièrement en France pour la dernière fois au cours du mois de février 2015 suivant ses déclarations. Elle a sollicité, le 5 mai suivant, la délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé auprès du préfet de l'Aube. Sa demande a été rejetée le 28 octobre 2015 et cette décision a été assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Le 15 novembre 2017, l'intéressée a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié auprès du préfet du Val-d'Oise, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 23 mars et 31 août 2018. Elle a de nouveau saisi le préfet de l'Aube d'une demande de titre de séjour le 16 octobre 2018, à laquelle il n'a pas été fait droit le 26 juin 2019. Une nouvelle mesure d'éloignement a également été prise concomitamment. Dans le dernier état de ses démarches administratives, Mme A C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 28 juillet 2022. Par un arrêté du 6 décembre 2022, la préfète de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte. Mme A C en demande l'annulation au tribunal.

Sur la légalité de la décision refusant un titre de séjour :

2. La décision refusant un titre de séjour à Mme A C vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de son article L. 435-1 sur le fondement desquelles l'intéressée a présenté sa demande. En outre, cette décision relate le parcours administratif de la requérante, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

4. Mme A C soutient qu'elle réside en France depuis le 1er août 2012 en compagnie de ses deux filles nées respectivement les 4 juin 1996 et 16 février 2001 chez lesquelles elle vit. Elle ajoute qu'elle dispose d'une promesse d'embauche et qu'elle est investie dans des activités de bénévolat. Il ressort toutefois des écritures mêmes de la requérante et des pièces du dossier que sa dernière entrée en France remonte au mois de février 2015, ayant séjourné dans son pays d'origine à partir du mois de novembre 2014. En outre, sa durée de séjour à partir du mois de février 2015 n'a été possible que parce qu'elle s'est soustraite à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Si elle vit avec ses filles, ces dernières âgées de 26 et 21 ans sont majeures et elle peut venir leur rendre visite en sollicitant un visa de court séjour auprès des autorités consulaires françaises au Maroc où demeure toujours sa mère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans. Enfin, les circonstances qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche, qui a d'ailleurs été réitérée postérieurement à l'adoption de la décision contestée, et qu'elle pratique le bénévolat ne caractérisent pas une insertion particulière au regard de sa durée de séjour. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit de Mme A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Dès lors que Mme A C ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, ainsi qu'il vient d'être dit, la préfète de l'Aube n'avait pas à saisir préalablement à la décision contestée la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

6. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus de délivrance de titre de séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

7. En vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée.

8. La méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux étrangers qui en remplissent les conditions, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen soulevé par Mme A C tiré de ce que la préfète aurait méconnu ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Mme A C soutient qu'elle ne peut retourner au Maroc en raison du risque qu'elle encourt d'être à nouveau exposée à des violences conjugales de la part de son époux dont elle est séparée. Toutefois, les documents relatant ses démarches à l'encontre de son époux produits par la requérante, anciens et alors qu'elle est retournée au Maroc à partir du mois de novembre 2014 et jusqu'en février 2015, ne permettent pas d'établir qu'elle serait personnellement et directement exposée à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine où elle a la possibilité de résider éloignée de son époux. En outre, il n'est pas établi par les pièces fournies que les autorités de ce pays ne seraient pas en mesure de lui apporter à titre individuel une protection appropriée. Enfin, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA les 23 mars et 31 août 2018. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022 de la préfète de l'Aube. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme de Laporte, première conseillère,

M. Maleyre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

P. H. MALEYRELe président,

signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

signé

A. PICOT

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