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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300097

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300097

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, M. D B et Mme C A épouse B, représentés par Me Gibaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 par laquelle l'Agence de services et de paiement leur a refusé le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022 pour leur logement situé à Fismes ;

2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de leur adresser un chèque énergie d'un montant de 277 euros et un chèque énergie exceptionnel de 200 euros, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Agence de services et de paiement à leur verser les sommes de 277 euros et de 200 euros au titre des dommages et intérêts, assorties des intérêts au taux légal ;

4°) de condamner l'Agence de services et de paiement à leur verser la somme de 300 euros chacun en réparation de leur préjudice moral ;

5°) mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils remplissent les conditions pour bénéficier du chèque énergie et du chèque énergie exceptionnel d'un montant respectif de 277 euros et 200 euros dès lors que leur revenu fiscal de référence pour 2022 est de 9 604 euros pour 2,5 parts fiscales et que le revenu fiscal de référence est inférieur à 5 600 euros par UC ;

- ils ont bénéficié d'un chèque énergie en 2021 ;

- l'absence de perception du chèque énergie a entraîné le dépôt d'un dossier de surendettement ainsi qu'un préjudice moral évalué à 300 euros chacun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, l'Agence de services et de paiement conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision attaquée en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;

- après réception des pièces sollicitées, un chèque énergie d'un montant de 176 euros et un chèque énergie exceptionnel d'un montant de 200 euros leur ont été attribués.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement des sommes de 277 euros et de 200 euros, assorties des intérêts au taux légal et tendant au versement d'une somme de 300 euros chacun en réparation du préjudice moral subi en l'absence de réclamation indemnitaire préalable en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie et instituant un plafond aux frais de gestion pouvant être déduits de l'aide spécifique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mach, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022. Par décision du 13 septembre 2022, l'Agence de services et de paiement a rejeté sa demande. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler cette décision du 13 septembre 2022.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, l'Agence de services et de paiement a décidé d'accorder à M. et Mme B un chèque énergie d'un montant de 176 euros ainsi qu'un chèque énergie exceptionnel d'un montant de 200 euros, correspondant à leur demande, au titre de l'année 2022. Les requérants ne contestent pas avoir reçu les deux chèques. Par suite, la requête de M. et Mme B est devenue sans objet dans cette mesure.

Sur le bénéfice du chèque énergie :

3. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. / Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'Agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Aux termes de l'article R. 124-1 du code de l'énergie : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à un seuil fixé par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie, au titre de leur résidence principale, y compris à ceux d'entre eux dont le contrat de fourniture d'électricité ou de gaz naturel couvre simultanément des usages professionnels et non professionnels. / Au sens du présent chapitre, le ménage désigne une ou plusieurs personnes physiques remplissant l'une des conditions suivantes : / 1° Avoir, au 1er janvier de l'année d'imposition, la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation prévue à l'article 1407 du code général des impôts ; () / Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des occupants du local ou du logement. / La première ou seule personne du ménage constitue une unité de consommation. La deuxième personne est prise en compte pour 0,5 unité de consommation. Chaque personne supplémentaire est prise en compte pour 0,3 unité de consommation. () ". En application de l'article R. 124-3 du même code, la valeur faciale du chèque énergie est définie, en fonction du revenu fiscal de référence du ménage et du nombre d'unités de consommation. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie et instituant un plafond aux frais de gestion pouvant être déduits de l'aide spécifique, la valeur faciale du chèque énergie pour un revenu fiscal de référence compris entre 5 600 euros et 6 700 euros pour une unité de consommation comprise entre 1 et 2 est fixée à 176 euros.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne au bénéfice du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté par l'Agence de services et de paiement, que le ménage de M. et Mme B, qui sont locataires d'un bien situé à Fismes, est constitué de deux personnes et d'un enfant mineur à charge, représentant 1,8 unité de consommation au sens et pour l'application de l'article R. 124-1 du code de l'énergie. Le revenu fiscal de référence à prendre en compte pour l'octroi du chèque énergie au titre de l'année 2022 est celui au titre des revenus de l'année 2020 et non, ainsi que le soutiennent les requérants, celui au titre des revenus de l'année 2021. Il résulte de l'avis d'imposition 2021 sur les revenus de l'année 2020 que le revenu fiscal de référence de M. et Mme B s'établissait à 10 959 euros, soit à un montant inférieur au revenu fiscal de référence par unité de consommation défini par l'article 1er de l'arrêté du 24 février 2021 précédemment mentionné. Eu égard à la situation des intéressés, M. et Mme B ont droit, au titre de l'année 2022, au bénéfice d'un chèque énergie dont le montant doit, en application de l'arrêté du 24 février 2021, être fixé à 176 euros, correspondant au montant du chèque énergie octroyé en cours d'instance, et non à 277 euros. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir qu'ils peuvent prétendre au bénéfice d'un chèque énergie d'un montant de 277 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

8. Si M. et Mme B demandent au tribunal de condamner l'Agence de services et de paiement à leur verser les sommes de 277 euros, 200 euros ainsi que 300 euros chacun à titre de dommages et intérêts, ils n'allèguent ni n'établissent avoir présenté une demande préalable auprès de l'administration. En l'absence, à la date du présent jugement, d'une décision rejetant une demande indemnitaire présentée par les intéressés, ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme B en tant qu'elle porte sur l'octroi d'un chèque énergie d'un montant de 176 euros et d'un chèque énergie exceptionnel d'un montant de 200 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C A épouse B et à l'Agence de services et de paiement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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