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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300100

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300100

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBATOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 janvier, 9 mars et 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Chalon, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le président de la région Grand Est a supprimé la nouvelle bonification indiciaire de quinze points dont il bénéficiait à compter du 25 août 2022 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le président de la région Grand Est l'a affecté au sein du pôle performance à la maison de Troyes Chaumont pour assurer les fonctions d'agent technique spécialisé - IEST - Electricien, poste G1 à compter du 25 août 2022 ;

3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 14 novembre 2022 portant rejet de son recours gracieux introduit à l'encontre de ces deux arrêtés ;

4°) d'enjoindre à la région Grand Est de le réintégrer dans son établissement initial ;

5°) de mettre à la charge de la région Grand Est la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le courrier du 30 mai 2022 de convocation à un entretien en vue de procéder à son changement d'affectation est insuffisamment motivé ;

- étant en arrêt maladie, il n'a pas eu un accès effectif à son dossier administratif ;

- s'agissant d'une décision prise en considération de la personne, le droit de communication doit être garanti avant la prise de la décision de changement d'affectation ;

- le rapport d'enquête n'est pas signé ;

- la garantie que les différentes personnes auditionnées aient pu donner leur acquiescement à une telle audition n'est pas rapportée ;

- les arrêtés en litige présentent le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 octobre 2023 et 18 décembre 2023, la région Grand Est conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 et notamment son article 65 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;

- les observations de Me Batot représentant la Région Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. M. B occupait jusqu'au 24 août 2022 les fonctions d'adjoint technique territorial principal de 1ère classe, responsable d'équipe - proximité affecté au lycée Denis Diderot à Romilly-sur-Seine. Par un arrêté du 18 juillet 2022, la région Grand Est a supprimé la nouvelle bonification indiciaire dont il bénéficiait à compter du 25 août 2022, avant, par un arrêté du 19 juillet 2022, de l'affecter, à compter du 25 août 2022, M. B au pôle performance à la maison de Troyes Chaumont au service construction-maintenance-emop pour assurer les fonctions d'agent technique spécialisé. Par courrier du 19 septembre 2022,

M. B a introduit un recours gracieux à l'encontre de ces deux arrêtés. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés, ensemble la décision du

14 novembre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne l'arrêté du 19 juillet 2022 portant changement d'affectation ensemble le rejet du recours gracieux introduit à l'encontre de cet acte

2. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public dont le changement d'affectation, qui constitue une mesure prise en considération de sa personne, est envisagé par l'autorité compétente doit être mis à même de demander, s'il la juge utile, la communication de son dossier avant que la décision ne soit prise.

3. Les courriers des 30 mai 2022 et 15 juin 2022 convoquant le requérant à un entretien en vue de lui faire part des raisons pour lesquelles la région envisageait de changer son affectation, portaient mention de la possibilité qui était le sienne de consulter son dossier individuel. Si le requérant soutient qu'il n'a pu avoir un accès effectif à son dossier dès lors qu'il bénéficiait d'un congé de maladie, il n'établit pas que cette circonstance l'aurait empêché de procéder à cette consultation dès lors qu'il ressort des arrêts de travail produits à l'instance qu'il était autorisé à sortir de son domicile. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. B ait demandé la communication de son dossier préalablement à la décision en litige et que sa demande aurait été insatisfaite. Par suite, alors qu'il a été mis à même de demander à consulter son dossier, et que cette consultation pouvait s'effectuer dans un délai suffisant avant la prise de l'arrêté du 19 juillet 2022, il n'est pas fondé à soutenir que la région Grand Est aurait méconnu l'obligation précitée.

4. Aucune disposition législative ni réglementaire n'imposant de respecter un formalisme lors de l'établissement du rapport d'enquête administrative, la circonstance, à la supposer avérée, que ce document ait été dépourvu de signature est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen sera écarté.

5. Alors même que la charge de la preuve de la régularité de la procédure suivie repose sur l'administration lorsqu'elle est la seule à détenir les éléments permettant de rapporter ladite preuve, il appartient au requérant de faire valoir les éléments permettant de supposer qu'une irrégularité a été commise. En se bornant à soutenir qu'il n'est pas établi que les différentes personnes auditionnées aient donné leur acquiescement à leur audition, il n'apporte aucun élément laissant supposer que la procédure aurait été viciée.

6. Un changement d'affectation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

7. Il ressort des pièces du dossier en particulier de l'audition réalisée le 4 avril 2022 de dix-huit agents du service alors sous la responsabilité du requérant que des dysfonctionnements organisationnels ont été relevés. Il ressort du rapport de l'enquête administrative établi le 28 avril 2022 synthétisant notamment ces auditions que le requérant entretenait des rapports privilégiés avec une de ses subordonnées en charge de l'entretien et la lingerie avec laquelle il s'enfermait parfois dans les locaux de la lingerie. Il est également noté une absence de dialogue ou d'explication de l'intéressé à l'égard des agents dans la prise de décision notamment quant aux horaires et mission confiées, favorisant une répartition inégale du travail et générant une ambiance délétère au sein du service. En outre, il est révélé un manque de clarté dans les directives adressées par le requérant aux agents du service et des carences et insuffisances dans l'élaboration des plannings de remplacement. Enfin, le rapport fait état du manque de disponibilité de l'intéressé à l'égard de ses agents en raison de ses absences répétées. Alors que la décision contestée ne comporte aucune appréciation sur le caractère éventuellement fautif des agissements de M. B, la seule évocation par la région Grand Est des carences managériales de M. B ne suffit pas à démontrer que la décision en litige présenterait le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée. Dans ces conditions, la décision prononçant son changement d'affectation procède de considérations tirées de l'intérêt du service et ne peut être regardée comme inspirée par la volonté de le sanctionner, alors même qu'elle entrainait une réduction de ses responsabilités, une diminution de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise dont il bénéficiait et la suppression de la perception de la nouvelle bonification indiciaire de quinze points.

8. La circonstance alléguée que le courrier du 30 mai 2022 convoquant le requérant à un entretien en vue de procéder à son changement d'affectation, serait insuffisamment motivé, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.

En ce qui concerne l'arrêté du 19 juillet 2022 portant suppression de la nouvelle bonification indiciaire de quinze points ensemble le rejet du recours gracieux introduit à l'encontre de cet acte

9. M. B ne développe aucun moyen à l'encontre de la décision du

18 juillet 2022 portant suppression de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points dont il bénéficiait. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la Région Grand Est a pris cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la région Grand Est, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la région Grand Est en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la région Grand Est au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

La République mande et ordonne au préfet de la région Grand Est en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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