mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300154 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SEBAN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite née du silence gardé par l'établissement public territorial de bassin (EPTB) " Seine Grands Lacs " sur sa demande de protection fonctionnelle reçue le 23 septembre 2022 ;
2°) d'enjoindre à l'EPTB " Seine Grands Lacs " de lui accorder le bénéfice la protection fonctionnelle au titre de l'ensemble des frais et honoraires de procédure en lien avec le harcèlement moral dénoncé, l'annulation de la mesure de suspension conservatoire, la présente procédure ainsi que celle à venir relativement à sa décision de changement d'affectation, de même que la plainte pénale auprès du procureur de la République pour les infractions de harcèlement moral et dénonciation calomnieuse ainsi que le signalement adressé à la cour des comptes, dans le cadre de la réglementation sur les lanceurs d'alerte ;
3°) d'enjoindre à l'EPTB d'annuler le refus de protection fonctionnelle et le refus de mise en œuvre du dispositif de signalement ;
4°) de mettre à la charge de l'EPTB " Seine Grands Lacs " le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des faits dès lors que subissant un harcèlement moral, la protection fonctionnelle devait lui être accordée ;
- elle méconnait l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique dès lors que l'EPTB n'a pas mis en place un dispositif de recueil des signalements de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, l'EPTB " Seine Grands Lacs ", représenté par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce que M. A lui verse une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté ;
- les conclusions à fin d'injonction d'annuler la décision attaquée sont irrecevables, et par voie de conséquences, celles relatives à la mise œuvre de la protection fonctionnelle avec la prise en charge de l'ensemble des frais d'instances et honoraires ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Michel Soistier, rapporteur,
- les conclusions de Mme Stéphanie Lambing, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Langlet représentant l'EPTB " Seine Grands Lacs ".
Considérant ce qui suit :
1. M. A, technicien territorial principal de première classe, est employé par l'EPTB " Seine Grands Lacs " depuis le 1er mai 2015 et a exercé les fonctions de responsable de l'unité d'exploitation Aube, sur l'ouvrage hydraulique implanté au lieu-dit Beaulieu à Jessains de juillet 2020 à mai 2023. Par un courrier du 22 septembre 2022, il a sollicité de son administration la protection fonctionnelle en raison des faits de harcèlement moral et de dénonciation calomnieuse dont il se prétend victime ainsi que l'instruction d'un signalement de ces mêmes faits. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration.
Sur la légalité de la décision portant refus de protection fonctionnelle :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code général de la fonction publique : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". L'article L. 232-4 de ce code dispose que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
3. Par un courrier du 24 février 2023, l'EPTB " Seine Grands Lacs " a communiqué à M. A les motifs de fait et de droit fondant sa décision de refus. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité de la demande par laquelle l'intéressé a sollicité la communication des motifs de la décision en litige, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision attaquée :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ". L'article L. 134-5 de ce code dispose que : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "
5. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".
7. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. M. A fait valoir que les trois agents qui composent l'unité dont il a la charge l'ont accusé, à tort, auprès de sa hiérarchie, d'être l'auteur de faits s'apparentant à du harcèlement moral à leur égard et que cette dénonciation calomnieuse était motivée par leur volonté de l'écarter du service et est elle-même constitutive de harcèlement. Toutefois la circonstance de dénoncer des faits supposés de harcèlement, et sans même s'interroger sur le bien-fondé de cette dénonciation, ne saurait constituer un harcèlement moral. Les circonstances que le requérant a été hospitalisé en établissement psychiatrique et qu'il n'ait pu avoir accès à son ordinateur professionnel, ne permet pas de faire présumer un quelconque harcèlement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'EPTB " Seine Grands Lacs " aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle au motif qu'il n'aurait pas subi de faits constitutifs de harcèlement moral.
9. Enfin la circonstance que l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique, qui prévoit la mise en place par l'employeur d'un dispositif ayant pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique, d'un acte de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel, d'agissements sexistes, de menaces ou de tout autre acte d'intimidation, n'aurait pas été respecté est sans incidence sur l'existence des faits de harcèlement en cause.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête ne peuvent être que rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions susvisées doivent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer que la fin de non-recevoir opposée en défense, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPTB " Seine Grands Lacs ", qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par l'EPTB " Seine Grands Lacs " au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'EPTB "Seine Grands Lacs " présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public territorial de bassin " Seine Grands Lacs ".
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller.
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
O. NIZET
La greffière,
I. DELABORDE
La République mande et ordonne au ministre de la fonction publique, de la simplification et de la transformation de l'action publique en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026