jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. D B, représenté par Me Diop, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 du préfet de la Marne portant refus d'autoriser le regroupement familial au profit de son épouse Mme A C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa demande et de l'orienter vers les services compétents, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le préfet de la Marne a méconnu le champ d'application de la loi en lui opposant les conditions prévues pour les demandes de regroupement familial alors que sa demande relève des conditions de la procédure de réunification familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 19 juin 1991, est titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié et a présenté auprès des services de la préfecture de la Marne le 29 novembre 2021 une demande tendant au regroupement familial au profit de son épouse, ressortissante marocaine née le 10 septembre 1990, Mme C. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de la Marne a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 561-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables.
La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement ".
3. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".
4. Pour refuser d'autoriser le regroupement familial au profit de l'épouse de M. B, le préfet de la Marne a retenu que, alors que l'intéressé avait la qualité de réfugié et bénéficiait d'un titre de séjour à ce titre sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne satisfaisait pas à la condition prévue au 1° de l'article L. 434-7 du même code portant sur le niveau de ressources du demandeur. Toutefois, compte tenu des dispositions citées au point 2 ci-avant, en appliquant cette condition à la situation de M. B, le préfet de la Marne a méconnu le champ d'application de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Marne réexamine la demande de M. B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2022 du préfet de la Marne portant refus d'autoriser le regroupement familial au profit de l'épouse de M. B, Mme A C, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la demande de réunification familiale de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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