mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. A B sollicite un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 29 novembre 2022, par lequel le préfet de la Marne a ordonné le dessaisissement des armes de toute catégorie en sa possession et l'interdiction d'en détenir ou d'en acquérir, ainsi que son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et le retrait de son permis de chasser.
Il soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. B ne présentant qu'un recours gracieux, sa requête est irrecevable ;
- le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Soistier,
- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Marne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a fait l'objet, le 29 novembre 2022, d'un arrêté préfectoral portant dessaisissement de toutes les armes en sa possession, d'une interdiction d'en détenir ou d'en acquérir, d'une inscription au FINIADA et d'un retrait de son permis de chasser, suite à plusieurs condamnations pénales entre 2004 et 2016, figurant dans le bulletin n° 2 dans son casier judiciaire, ainsi que des mentions au traitement des antécédents judiciaires.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête ()"
3. Si le requérant, non représenté par un conseil, a indiqué dans ses écritures former un " recours gracieux ", il résulte du contenu de ses écritures qu'il entend obtenir l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 29 novembre 2022. Sa requête devant être regardée comme tendant à l'annulation de cet arrêté, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Marne tirée de la circonstance que le requérant aurait saisi le tribunal d'un recours gracieux et que, par suite, son recours serait irrecevable ne peut être qu'écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes des dispositions de l'article L.312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui.". L'article R. 312-67 du même code prévoit que : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du
6 janvier 1978 ; () "
5. La mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes soumises à autorisation prévue à l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure constitue une mesure de police, laquelle autorise l'autorité administrative à interdire l'acquisition et la détention d'armes des catégories B et C et de certaines armes de la catégorie D aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation de ces armes dangereuses pour elles-mêmes ou pour autrui. Il résulte que ces dispositions, qui visent à prévenir les atteintes à l'ordre public, en protégeant tant les personnes visées par ces mesures d'interdiction que les tiers, répondent ainsi à un objectif de valeur constitutionnelle. Si elles ne limitent pas dans le temps les mesures d'interdiction qu'elles prévoient, l'autorité administrative est tenue d'abroger ces mesures, d'office ou à la demande des personnes qui en font l'objet, lorsqu'elle constate que leur comportement ne fait plus craindre une utilisation dangereuse des armes, au regard de la gravité de la menace pour la sécurité publique, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir.
6. D'une part, l'enquête administrative diligentée par le préfet relève que le fichier de traitement des antécédents judiciaires de l'intéressé fait apparaitre notamment des mentions relatives à des faits de menaces de mort, de violences, de destructions et de dégradations de véhicules ainsi que des violences volontaires commis en 2013 à Vitry-le-François. D'autre part, il ressort de l'extraction du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B datée du
27 septembre 2022, que la dernière mention de condamnation pénale de l'intéressé remonte au jugement du tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne, le 1er février 2016, prononçant à son encontre une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire de produits stupéfiants commis le 27 août 2015. Au jour de la décision attaquée, plus de sept ans s'étaient écoulés depuis cette dernière condamnation. L'intéressé indique dans sa requête avoir depuis changé de vie et ne plus avoir d'addictions tant aux stupéfiants qu'à l'alcool. Aucun fait de nature à laisser craindre de sa part un comportement dangereux n'est intervenu au cours de cette période. Dans ces conditions, le préfet de la Marne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Marne en date du
29 novembre, doit être annulé.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Marne du 29 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nizet, président,
M. Soistier, premier conseiller,
M. Alvarez, conseiller.
Lu en audience publique le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
O. NIZET
La greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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