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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300264

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300264

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2023, M. D B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° PRD-2022-2272 du 13 janvier 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder à l'examen de sa demande d'asile, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Gabon en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été informé de ses droits et il n'a pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les documents correspondants dans une langue qu'il comprend ;

- il n'a pas été mis en mesure de formuler ses observations ;

- il n'a pas bénéficié de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du même règlement ; en tout état de cause, cet entretien ne s'est pas déroulé dans les conditions prévues par cet article ;

- la saisine des autorités roumaines est intervenue au-delà du délai de 15 jours prévu par les dispositions de l'article 25 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté contesté méconnaît les articles 12 et 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'examen de sa situation aurait dû conduire la préfète à faire application des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté en litige méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

-

Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G ;

- et les observations de Me Gabon pour le compte de M. B et celles de ce dernier assisté de M. A, interprète en langue ourdou.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 1er octobre 1973, a déclaré être entré sur le territoire français dans le courant de l'année 2022. Le 28 novembre 2022, il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. La consultation du fichier Eurodac a mis en évidence qu'il avait déjà sollicité cette qualité auprès des autorités roumaines et autrichiennes. Une attestation de demande d'asile en procédure Dublin lui a été délivrée à cette même date. Les autorités de ces deux pays ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 12 décembre suivant. Si les autorités autrichiennes ont refusé par une décision expresse du 26 décembre 2022, les autorités roumaines avaient donné explicitement leur accord par une décision du 20 décembre précédent. Par un arrêté du 13 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert à ces dernières, responsables de sa demande d'asile. M. B en demande l'annulation au tribunal.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide

juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 7 octobre suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. E F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin, et en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme C H, cheffe du pôle régional Dublin. Le requérant ne conteste pas que M. F aurait été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

5. L'arrêté contesté vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, notamment le c) du 1 de son article 18, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relate les conditions d'entrée en France de M. B et les démarches accomplies en vue de la détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Il expose les motifs pour lesquels la préfète du Bas-Rhin a requis les autorités autrichiennes et roumaines d'une demande de reprise en charge et la raison pour laquelle il doit être transféré en Roumanie. Ainsi, et alors que la préfète n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation du requérant, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.

6. Si M. B soutient que la préfète du Bas-Rhin n'a pas saisi les autorités roumaines et autrichiennes dans le délai de quinze jours prévu par les dispositions de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013, un tel moyen est en l'espèce inopérant, ces dispositions ayant trait au délai dans lequel le pays requis doit faire connaître expressément son accord ou son refus à la reprise en charge.

7. En vertu de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le moment où sa demande de protection internationale est introduite, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus par ces dispositions. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative des brochures prévues par lesdites dispositions constitue pour le demandeur d'asile une garantie. Conformément aux dispositions de son article 5, les autorités de l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable doivent vérifier que le demandeur d'asile a bien reçu et compris les informations prévues par l'article 4 du même règlement.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture de police de Paris ont notamment remis à M. B le 28 novembre 2022 les brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " en langue ourdou, langue qu'il a déclaré comprendre et sur la première page desquelles il a apposé sa signature. Ces dernières constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 et contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de ce règlement. D'autre part, l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013, dont aucune pièce au dossier ne permet d'établir qu'il n'aurait pas été conduit des conditions respectant la confidentialité, mené par un agent de la préfecture de Police de Paris, qualifié au sens du 5 de cet article, a eu lieu le 28 novembre 2022. Si M. B soutient par ailleurs que l'interprète n'était pas dûment qualifié et qu'il n'a pas eu accès au résumé de l'entretien, la traduction a été assurée par l'association ISM interprétariat, organisme agréé, et aucune pièce au dossier ne permet d'établir qu'il n'aurait pas eu accès au résumé de l'entretien, l'ayant au demeurant signé. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

9. En se bornant à alléguer que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les dispositions des articles 12 et 13 du règlement du 26 juin 2013, M. B n'assortit son moyen d'aucun élément de fait permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète a procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle, y compris au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement du 26 juin 2013, ainsi que des risques éventuellement encourus en cas de transfert en Roumanie.

11. Si M. B soutient à la barre qu'il ne relevait pas des dispositions des b) et c) du 1 de l'article 18 du règlement du 26 juin 2013, il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont saisi leurs homologues roumaines d'une demande de reprise en charge le 12 décembre 2022 sur le fondement du b) du 1° de l'article 18 et que ces dernières ont répondu expressément et favorablement le 20 décembre suivant au titre du c) du 1° de ce même article. Dès lors, M. B, par ses seules affirmations, ne parvient pas à apporter un commencement de preuve qu'il ne relèverait pas de ces dispositions.

12. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. D'une part, si M. B soutient que la préfète du Bas-Rhin aurait dû faire usage de cette clause au regard de sa situation médicale et familiale, l'intéressé ne se prévaut ni ne produit d'éléments relatifs à son état de santé et il ressort des pièces du dossier qu'il réside en France seulement depuis quelques mois à la date d'adoption de l'acte attaqué et qu'il n'y dispose d'aucune attache familiale, étant célibataire et sans enfant.

14. D'autre part, la Roumanie est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, sur la base d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés et au regard du standard de protection des droits fondamentaux garanti par le droit de l'Union, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant.

15. M. B, en se bornant à affirmer que les conditions d'accueil en Roumanie sont défavorables, ce pays refusant d'accueillir des migrants sur son territoire, sans apporter d'éléments à l'appui de ses allégations, et en se référant à des décisions juridictionnelles ne le concernant pas et anciennes, ne permettent pas d'établir l'actualité du risque dont se prévaut M. B ni l'actualité des conditions d'accueil en Roumanie. Dès lors, la préfète n'a pas entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023 de la préfète du Bas-Rhin. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 24 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H. G

Le greffier,

Signé

E. MOREUL

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