lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 28 février 2023, la société civile immobilière Devin, représentée par Me Robert-Védie, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est a décidé d'exercer le droit de préemption urbain afin d'acquérir le bien appartenant à l'indivision C, situé 47-49 rue du docteur D à Saint-Dizier ;
2°) d'ordonner que la suspension fasse obstacle à ce que l'établissement public foncier de Grand Est réitère par acte authentique sa décision d'acquérir l'immeuble ;
3°) d'ordonner que la suspension permette à l'indivision C et à la SCI Devin de mener la vente à terme ;
4°) d'ordonner à l'établissement public foncier de Grand Est de s'abstenir de céder à un tiers l'immeuble préempté ou de prendre tout acte de disposition le concernant ;
5°) d'ordonner à l'établissement public foncier de Grand Est de rétrocéder, dans le délai d'un mois, l'immeuble préempté à l'indivision C sans contrepartie et en cas de renonciation de l'indivision C de proposer le bien à l'acquisition au prix de vente initialement envisagé dans un délai d'un mois suivant cette renonciation, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge conjointe et solidaire de l'établissement public foncier de Grand Est, de la commune de Saint-Dizier et de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt pour agir en sa qualité d'acquéreur évincé ;
- la requête aux fins de suspension provisoire n'est pas privée d'objet par le transfert de propriété ; la consignation du prix n'a ni pour objet ni pour effet d'exécuter la décision de préemption et d'emporter transfert de propriété, en l'absence d'acte authentique ; la consignation n'a pas été régulièrement effectuée en l'absence de notification régulière dans le délai de quatre mois ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'urgence est présumée eu égard aux effets de la décision de préemption pour l'acquéreur évincé et dès lors que l'acte authentique de vente est susceptible d'être formalisé de manière imminente ; l'exécution de la décision lui causerait d'importants préjudices économique, financier et moral et compromettrait son projet ; la réalisation d'un équipement sportif ne constitue pas un motif d'intérêt général suffisant pour écarter la présomption d'urgence ; le retard allégué dans la réalisation du projet n'est pas justifié ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ; la compétence de l'établissement public foncier de Grand Est n'est pas établie en l'absence de délégations du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise régulières et ayant fait l'objet des mesures de publicité et d'information requises ainsi que de la transmission au préfet ; le président de la communauté d'agglomération ne pouvait par arrêté du 13 juillet 2022 déléguer au deuxième vice-président sa compétence pour exercer le droit de préemption urbain faute de délégation antérieure du conseil communautaire lui délégant cette compétence ; le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est n'est pas compétent pour signer la décision contestée en l'absence de délégation par le conseil d'administration de cet établissement ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis émis par le service des domaines en application de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée de base légale en l'absence de délibération de la communauté d'agglomération d'instituer le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune de Saint-Dizier, ayant fait l'objet des mesures de publicité prévues aux articles R. 211-1 et R. 211-4 du code de l'urbanisme ;
- la décision n'est pas justifiée par un projet réel et antérieur ; s'il a été envisagé la création d'un équipement sportif destiné à la vie associative et aux pratiques sportives libres sur le site de l'ancien magasin Décathlon, il n'existe aucun projet de création d'un équipement sportif destiné à accueillir des compétitions régionales ou nationales dans le quartier du bien préempté ;
- la décision n'est pas justifiée par l'intérêt général ; l'édification d'une infrastructure sportive supplémentaire destinée à l'événementiel ne présente pas un intérêt général suffisant au regard du coût particulièrement élevé pour la collectivité et de l'existence de salles de loisirs existantes et en cours de réalisation ; le projet envisagé ne peut être mené sur le bien préempté au regard de la superficie et des caractéristiques du terrain ;
- la décision est entachée de détournement de pouvoir dès lors qu'elle a pour objet de faire obstacle à la construction du magasin Aldi ; la commune de Saint-Dizier avait refusé la première demande de permis de construire en dépit des avis favorables des autorités consultées ;
- eu égard à la gravité des vices entachant la décision contestée, elle doit être suspendue dans tous ses effets en faisant obstacle au transfert de propriété et à la prise de possession du bien par la collectivité et en permettant à l'indivision C de mener la vente à son terme.
Par un mémoire, enregistré le 24 février 2023, Mme B G, épouse C, déclare s'associer aux conclusions aux fins de suspension présentées par la SCI Devin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2023, l'établissement public foncier de Grand Est, représenté par Me Lang, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Devin une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la demande de suspension est irrecevable dès lors que la décision de préemption a été entièrement exécutée ; la vente est parfaite depuis le 4 août 2022 ; l'établissement public a consigné le prix de vente par décision du 28 novembre 2022, la consignation étant intervenue le 1er décembre 2022 ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; la présomption d'urgence doit être écartée compte tenu du motif d'intérêt général à poursuivre l'exécution de la décision de préemption ; le retard dans le projet de pôle sportif, qui était prévu en 2021, implique d'accélérer le calendrier d'exécution ;
- la compétence pour exercer et déléguer le droit de préemption urbain appartenant au conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise a été donnée par le conseil communautaire à son président par délibération du 12 octobre 2020, qui a été affichée et transmise au contrôle de légalité ; le président de la communauté d'agglomération a délégué sa compétence générale en matière d'aménagement du territoire au vice-président par arrêté du 13 juillet 2020, qui a été transmis au préfet ; le vice-président a délégué l'exercice du droit de préemption urbain concernant le bien à l'établissement public foncier de Grand Est par décision du 22 juillet 2022, qui a été transmise au préfet ;
- le directeur général de l'établissement public foncier est compétent pour signer la décision de préemption en application de la décision du conseil d'administration du 10 mars 2021, qui a été transmise au préfet ;
- l'avis du pôle d'évaluation domaniale a été rendu le 21 juillet 2022 conformément à l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme ;
- la décision de préemption est motivée en fait et en droit conformément aux exigences des articles L. 201-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- la délibération du 14 janvier 2017 de la communauté d'agglomération instituant le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune de Saint-Dizier a fait l'objet d'un affichage et d'une insertion dans deux journaux locaux et est pleinement exécutoire et définitive ; l'illégalité de la décision instituant le droit de préemption urbain ne peut être invoquée à l'appui d'un recours dirigé contre une décision de préemption ;
- le projet est antérieur à la décision contestée dès lors que la commune de Saint-Dizier envisage depuis 2018 la réalisation d'une salle d'une capacité de 1 000 places dans le cadre de la convention Action Cœur de ville, projet confirmé dans l'avenant à cette convention en 2021 ; le site initial étant trop exigu, il a été recherché un nouvel emplacement ;
- le projet répond à un besoin d'intérêt général et s'insère dans une action portée par l'Etat et de nombreux partenaires publics, qui participent au financement ;
- la décision n'est pas entachée de détournement de pouvoir ;
- la société Devin ne peut utilement se prévaloir et solliciter le bénéfice des mesures prévues aux articles L. 213-11-1 et L. 213-2 du code de l'urbanisme qui concernent les conséquences d'une annulation d'une décision de préemption ; la société ne justifie pas de la nécessité d'acquérir rapidement le bien préempté ; la collectivité subirait des conséquences irréversibles en l'absence d'intervention de la signature de l'acte authentique.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2202378 tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er août 2022 du directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 73-250 du 7 mars 1973 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Mach, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, juge des référés,
- les observations de Me Robert-Védie, représentant la SCI Devin, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, sauf en ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'avis du service des domaines auquel elle renonce ;
- et les observations de Me Lang, représentant l'établissement public foncier de Grand Est, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que la consignation a été faite dans un délai de quatre mois, sans qu'il soit nécessaire de notifier la décision de consignation et que le site de l'ancien magasin Décathlon ne peut accueillir le projet de salle événementielle faute de superficie suffisante pour les places de stationnement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour l'établissement public foncier de Grand Est, a été enregistrée le 2 mars 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er août 2022, le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est a décidé d'exercer le droit de préemption urbain afin d'acquérir le bien appartenant à l'indivision C, situé 47-49 rue du docteur D à Saint-Dizier. La SCI Devin, acquéreur évincé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'établissement public foncier de Grand Est :
3. Aux termes de l'article L. 213-14 du code de l'urbanisme : " En cas d'acquisition d'un bien par voie de préemption ou dans les conditions définies à l'article L. 211-5, le transfert de propriété intervient à la plus tardive des dates auxquelles seront intervenus le paiement et l'acte authentique. / Le prix d'acquisition est payé ou, en cas d'obstacle au paiement, consigné dans les quatre mois qui suivent soit la décision d'acquérir le bien au prix indiqué par le vendeur ou accepté par lui, soit la décision définitive de la juridiction compétente en matière d'expropriation, soit la date de l'acte ou du jugement d'adjudication. () ".
4. La mesure de suspension que le juge des référés peut prononcer sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative à l'égard d'une décision de préemption peut consister, selon les cas, non seulement à faire obstacle à la prise de possession du bien par la collectivité publique titulaire du droit de préemption mais également, lorsque le transfert de propriété a été opéré à la date à laquelle il statue, à empêcher la collectivité publique titulaire du droit de préemption de faire usage de certaines des prérogatives qui s'attachent au droit de propriété de nature à éviter que l'usage ou la disposition qu'elle fera de ce bien jusqu'à ce qu'il soit statué sur le litige au fond rendent irréversible la décision de préemption, sous réserve qu'à cette date la collectivité n'en ait pas déjà disposé de telle sorte que ces mesures seraient devenues sans objet.
5. L'établissement public foncier de Grand Est fait valoir que la décision contestée est entièrement exécutée dès lors qu'il a décidé de préempter aux prix et conditions figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner, de sorte que la vente doit être réputée parfaite, conformément à l'article 1583 du code civil et dès lors qu'il a consigné la totalité du prix de vente par décision du 28 novembre 2022. Toutefois il résulte de l'instruction et des précisions apportées par l'établissement public foncier à l'audience que l'acte authentique n'a pas été signé. Par suite, le transfert de propriété à l'établissement public foncier de Grand Est du bien préempté ne peut être regardé comme étant intervenu. Dans ces conditions, et en l'absence de transfert de propriété, la seule consignation de la somme de 1 400 000 euros correspondant au prix convenu n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions de l'acquéreur évincé tendant à la suspension de l'exécution de la décision de préemption. Par suite, l'établissement public foncier de Grand Est n'est pas fondé à soutenir que la demande d'exécution est privée d'objet et, par suite, irrecevable.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'urgence :
6. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple, s'agissant du droit de préemption urbain, à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
7. La suspension de la décision de préemption en litige est demandée par la société Devin, qui a la qualité d'acquéreur évincé. Si l'établissement public foncier de Grand Est se prévaut du retard dans la mise en œuvre du projet de pôle sportif dont la réalisation était initialement prévue en 2021 dans l'avenant à la convention cadre du 24 mars 2021 et de la nécessité pour la collectivité de respecter ses engagements, il ne justifie pas de la nécessité de réaliser le projet ayant donné lieu à l'exercice du droit de préemption dans des délais rapides et, ce faisant, de circonstances particulières de nature à permettre que la condition d'urgence ne soit pas, en l'espèce, regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. Le moyen tirés de ce que l'établissement public foncier de Grand Est ne dispose pas de la compétence pour exercer le droit de préemption dès lors que les délibérations et décisions prises par et au nom de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise n'ont pas fait l'objet des formalités de publicité nécessaires à leur entrée en vigueur, de ce que la décision attaquée a été prise alors que la délibération du 14 janvier 2017 de la communauté d'agglomération instituant le droit de préemption urbain dans la commune de Saint-Dizier n'a pas fait l'objet des formalités de publicité nécessaires à son entrée en vigueur, de ce qu'il n'est pas justifié de la réalité, à la date de la décision contestée, du projet d'action, de ce que la mise en œuvre du droit de préemption ne répond pas à un intérêt général suffisant eu égard aux caractéristiques du bien et au coût prévisible de l'opération, sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 1er août 2022 par laquelle le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est a exercé le droit de préemption.
9. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ".
10. Aucun des autres moyens soulevés, tirés de ce que le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est ne dispose pas d'une délégation pour exercer le droit de préemption urbain au nom de l'établissement, de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée et de ce qu'elle est entachée de détournement de pouvoir, n'est susceptible de fonder, en l'état de l'instruction, la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les effets de la suspension et les conclusions aux fins d'injonction :
11. Lorsque le juge des référés prend une mesure de suspension de l'exécution d'une décision de préemption avant l'intervention du transfert de propriété faute que soient remplies les deux conditions mentionnées par l'article L. 213-14 du code de l'urbanisme, cette suspension a en principe pour effet de faire obstacle au transfert de propriété du bien préempté au bénéfice de cette collectivité et à la prise de possession du bien. Toutefois, le juge des référés, qui doit prendre en considération les incidences de la suspension pour l'ensemble des personnes intéressées, tout en préservant les intérêts du futur propriétaire, quel qu'il soit, peut notamment suspendre la décision de préemption en tant seulement qu'elle permet à la collectivité publique de disposer du bien et d'en user dans des conditions qui rendraient difficilement réversible la décision de préemption, en précisant alors que son ordonnance ne fait pas obstacle à la signature de l'acte authentique et au paiement du prix d'acquisition, ou au contraire la suspendre en tant qu'elle fait obstacle à la vente au bénéfice de l'acquéreur initial, à ses risques et périls et, le cas échéant, sous les mêmes réserves relatives à la disposition et à l'usage du bien.
12. La société Devin demande que la décision de préemption soit suspendue dans tous ses effets afin de faire obstacle à ce que l'établissement public foncier de Grand Est réitère la décision d'acquérir le bien par acte authentique et revende le bien préempté et fait valoir qu'en l'absence d'intérêt général au projet de la collectivité, il y a lieu de permettre la construction du magasin Aldi afin de répondre aux besoins des habitants alors que l'établissement public foncier invoque les conséquences irréversibles subies par la collectivité en l'absence d'intervention de la signature de l'acte authentique ainsi que l'absence d'urgence pour la société Devin d'acquérir le bien préempté.
13. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 5, que le transfert de propriété à l'établissement public foncier de Grand Est du bien préempté n'est pas intervenu. Eu égard notamment aux moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision retenus dans la présente ordonnance tirés de l'absence de réalité du projet et de l'absence d'intérêt général suffisant, la société Devin est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 1er août 2022 par laquelle le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est a exercé le droit de préemption de la commune de Saint-Dizier en tant que cette décision permet le transfert de propriété et la prise de possession par cet établissement public du bien préempté, l'établissement public foncier ne justifiant pas de la nécessité de ce que la mesure de suspension prononcée ne fasse pas obstacle à la signature de l'acte authentique. En revanche, la société Devin ne justifie pas, par ses seules allégations et par l'octroi du permis de construire, de la nécessité et de l'urgence, qui ne résulte pas non plus de l'instruction, à poursuivre le projet d'acquisition avant qu'il ne soit statué sur la requête en annulation. Par suite, elle n'est pas fondée à demander de suspendre l'exécution de la décision du 1er août 2022 en tant qu'elle permet que la vente du bien à la société requérante soit menée à son terme.
14. Eu égard aux effets de cette suspension et en l'absence de transfert de propriété à la date de la présente ordonnance, les conclusions de la société Devin tendant à ce qu'il soit enjoint à l'établissement public foncier de Grand Est de s'abstenir de céder le bien à un tiers ou de le rétrocéder sont sans objet. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à l'établissement public foncier de Grand Est de s'abstenir de signer l'acte authentique d'acquisition du bien situé 47-49 rue du docteur D à Saint-Dizier.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Devin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'établissement public foncier de Grand Est demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société Devin soit mise à la charge de la commune de Saint-Dizier et la communauté d'agglomération de Saint-Dizier, Der et Blaise, qui ne sont pas parties à la présente instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'établissement public foncier de Grand Est une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Devin et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 1er août 2022 du directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est est suspendue en tant qu'elle permet le transfert de propriété et la prise de possession par cet établissement public du bien préempté situé 47-49 rue du docteur D à Saint-Dizier.
Article 2 : Il est enjoint à l'établissement public foncier de Grand Est de s'abstenir de signer l'acte authentique d'acquisition du bien situé 47-49 rue du docteur D à Saint-Dizier.
Article 3 : L'établissement public foncier de Grand Est versera à la société Devin une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par l'établissement public foncier de Grand Est au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière Devin, à l'établissement public foncier de Grand Est, à Mme B G, à Mme F C, à M. A C et à M. E C.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 6 mars 2023.
Le juge des référés,
Signé
A-S MACH
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026