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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300327

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300327

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 février 2023, 26 mai 2023 et

3 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Merger demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Marne lui a ordonné de se dessaisir d'une arme à feu dans un délai de quinze jours et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie ;

2°) de l'autoriser à acquérir et à détenir les armes suivantes :

- pistolet - Beretta - matricule n° M9150211E - calibre 9 x 19 (9 mm A) ;

- carabine - CZ (Ceska Zbrojovka) - modèle 455 - matricule n° C572205 - calibre 22 long rifle ;

- revolver Pietta matricule n° R379903 - calibre 44 PN ;

- pistolet investarm - matricule n° A601105 - calibre 54.

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de supprimer son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier que le signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature publiée ;

- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation dès lors qu'il comporte de nombreuses irrégularités démontrant l'absence d'examen de sa situation ;

- il méconnait les dispositions des articles L. 312-6 et R. 311-67 du code de la sécurité intérieure et a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de la Haute-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait parvenir, le 3 octobre 2022, une demande d'autorisation d'acquisition d'une arme de catégorie B auprès des services de la préfecture de la Haute-Marne. Par courrier en date du 22 décembre 2022, la préfète de la Haute-Marne l'informait qu'elle envisageait de mettre en œuvre la procédure d'interdiction et de détention d'armes à son encontre. Par courrier en date du 29 décembre 2022, M. B faisait parvenir ses observations. Par un arrêté du 3 janvier 2023, accompagné d'un courrier d'envoi du même jour, la préfète de la Haute-Marne a ordonné à M. B de se dessaisir des armes dont il est en possession dans le délai de quinze jours et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie. L'intéressé a formé un recours gracieux le 11 janvier 2023. Une décision implicite sur ce recours est née du silence gardé par la préfète de la Haute-Marne. Par le présent recours, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'État dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'État. Un décret en Conseil d'État détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'État dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; ".

3. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application des dispositions précitées du code de la sécurité intérieure.

4. L'arrêté attaqué est fondé sur la circonstance que, selon l'enquête administrative diligentée par l'autorité préfectorale, M. B présente un état de santé " psychique inquiétant ". Toutefois, si le requérant a été admis en soins psychiatriques à la suite du suicide de sa concubine, ce qui avait amené à une première décision d'interdiction d'acquisition d'armes, levée le 28 juillet 2020, ces faits remontant à 2019 sont anciens et il n'est pas établi qu'il soit encore l'objet d'un suivi médical à ce titre. Le requérant produit aux débats deux certificats médicaux établis par des médecins psychiatres le 19 septembre 2022, interrogés sur la capacité du requérant à détenir des armes, qui ne relèvent pas de contre-indication d'ordre physique ou psychique à la détention d'armes à feu de catégorie B et à la pratique du tir sportif, ainsi qu'un avis favorable du président de la société mixte de tir de Chaumont préalable à la délivrance d'une autorisation d'acquisition et de détention d'armes à titre sportif. Il résulte de ces éléments qu'en retenant que l'état psychique de l'intéressé faisait obstacle à ce qu'il détienne une arme, la préfète, qui n'a pas produit à l'instance, a fait un inexacte application des dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 3 janvier 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte

6. L'annulation de l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 3 janvier 2023 ordonnant à M. B de se dessaisir des armes de toute catégorie en sa possession et lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, implique nécessairement, alors que l'intéressé s'est effectivement dessaisi de ses armes, la suppression de la mention de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et que ses armes lui soient restituées. Par suite, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de faire procéder à cette suppression et de lui restituer ses armes dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Merger, avocat de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me Merger de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 janvier 2023 de la préfète de la Haute-Marne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Marne de faire procéder, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, à la suppression de l'inscription de M. B au fichier national des interdits d'acquisition et détention d'armes et de lui restituer ses armes dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Merger, avocat de M. B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Merger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Charles-Eloi Merger et à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

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