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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300341

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300341

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BADRE HYONNE SENS-SALIS SANIAL ROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023 la société coopérative vinicole

de Passy Grigny, représentée par Me Sens-Salis, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 décembre 2022 par laquelle

la préfète de la région Grand Est a refusé de l'autoriser à exploiter une parcelle de vignes située sur la commune de Passy-Grigny ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière car les règles relatives à la publicité de la demande d'autorisation d'exploiter ont été méconnues ;

- la préfète de la région Grand Est a méconnu les dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles du 19 novembre 2021 en considérant qu'elle ne disposait d'aucun associé exploitant ;

- le fait de disposer de deux associés exploitants lui permet de comptabiliser deux unités de travail annuel, elle dispose donc d'un ratio surface agricole utile/ unité de travail annuel de 61 ares et 41 centiares, une surface inférieure à celle de la dimension économique viable qui est de 2,5 hectares par unité de travail annuel ;

- elle devait, par conséquent, être classée au rang de priorité 1 et se voir délivrer l'autorisation d'exploiter, M. A, l'autre candidat, ne disposant que d'un rang de priorité 2.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2023, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. B A, bénéficiaire de l'autorisation d'exploiter la parcelle en litige, qui n'a pas produit d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2024 par une ordonnance

du 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la loi n° 47-1775 du 10 septembre 1947 portant statut de la coopération ;

- l'arrêté de la préfète de la région Grand Est du 19 novembre 2021 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles du Grand Est ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société coopérative vinicole de Passy Grigny a déposé, le 26 septembre 2023, une demande d'autorisation d'exploiter une parcelle de vignes d'une superficie d'1 hectare,

20 ares et 83 centiares située sur la commune de Passy-Grigny, dans le département de la Marne. Une demande concurrente a été déposée par M. A le 10 octobre 2022. Par un arrêté

du 21 décembre 2022, la préfète de la région Grand Est a rejeté la demande de la société coopérative vinicole de Passy Grigny. La société demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles ; 2° Promouvoir

le développement des systèmes de production permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13, ainsi que leur pérennisation ; 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. " Selon l'article L. 331-2 du même code : " I. - Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède

le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. La constitution d'une société n'est toutefois pas soumise à autorisation préalable lorsqu'elle résulte

de la transformation, sans autre modification, d'une exploitation individuelle détenue par une personne physique qui en devient l'unique associé exploitant ou lorsqu'elle résulte de l'apport d'exploitations individuelles détenues par deux époux ou deux personnes liées par un pacte civil de solidarité qui en deviennent les seuls associés exploitants ; () ".

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative assure la publicité des demandes d'autorisation dont elle est saisie, selon des modalités définies par décret. Elle vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée. ". Selon les dispositions de l'article R. 331-4 du même code :

" () Le service chargé de l'instruction fait procéder à la publicité de la demande d'autorisation d'exploiter dans les conditions prévues à l'article D. 331-4-1. Cette publicité porte sur la localisation des biens et leur superficie, ainsi que sur l'identité des propriétaires ou de leurs mandataires et du demandeur. Il n'est pas procédé à une nouvelle publicité si la demande porte sur des biens ou des droits ayant fait l'objet d'une telle formalité à l'occasion d'une autre demande et si aucune décision n'a encore été prise sur cette dernière ni sur les demandes concurrentes éventuellement présentées. ". Selon l'article D. 331-4-1 du même code : " La publicité prévue à l'article R. 331-4 précise la date de l'enregistrement de la demande et indique la date limite de dépôt des dossiers de demande d'autorisation. Les demandes d'autorisation d'exploiter sont affichées pendant un mois à la mairie des communes où sont situés les biens qui font l'objet de la demande et publiées sur le site de la préfecture chargée de l'instruction. À l'expiration du délai de publicité, il est dressé la liste de toutes les candidatures enregistrées pour un même bien. ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que la société coopérative vinicole de Passy Grigny est l'auteure de la demande d'autorisation d'exploiter qui a donné lieu à la décision en litige. Par conséquent, les règles relatives à la publicité de cette demande, dont l'objet est de permettre

le dépôt de demandes concurrentes, ne constituent pas une garantie pour la société requérante. En outre, la méconnaissance de ces règles, à la supposée établie, n'a pu exercer aucune influence sur le sens de la décision en litige en tant qu'elle rejette de la demande de la société requérante. Par suite, la société coopérative vinicole de Passy Grigny ne peut utilement se prévaloir de ce que

les règles relatives à la publicité de sa demande d'autorisation auraient été méconnues.

6. En second lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ". Aux termes de l'article 1er schéma directeur régional des exploitations agricoles du Grand Est du 19 novembre 2021 : " Définitions () Unité de travail annuelle (UTA) unité de mesure de la quantité de travail humain fourni sur chaque exploitation agricole. Cette unité équivaut au travail d'une personne travaillant à temps plein pendant une année.

Les modalités de prise en compte de l'activité des personnes présentes sur l'exploitation agricole sont précisées à l'annexe 5 du présent arrêté ; / Chef d'exploitation ou associé exploitant : personne exerçant une activité agricole au sens de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime et inscrit à la mutualité sociale agricole (MSA). Il peut exercer son activité agricole à titre principal ou secondaire () ". Il résulte des dispositions de l'annexe 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles du Grand Est précité que l'activité de chaque associé exploitant sur une exploitation agricole doit être comptabilisé commune une unité de travail annuelle, lorsque cet associé n'a pas atteint l'âge légal de la retraite.

7. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les sociétés coopératives agricoles ont pour objet l'utilisation en commun par des agriculteurs de tous moyens propres à faciliter ou à développer leur activité économique, à améliorer ou à accroître les résultats de cette activité. () ". Selon l'article L. 521-1-1 du même code : " La relation entre l'associé coopérateur et la coopérative agricole à laquelle il adhère ou entre une coopérative agricole et l'union de coopératives agricoles à laquelle elle adhère est régie par les principes et règles spécifiques du présent titre et par la loi n° 47-1775 du 10 septembre 1947 portant statut de la coopération et définie dans les statuts et le règlement intérieur des coopératives agricoles ou unions. Elle repose, notamment, sur le caractère indissociable de la double qualité d'utilisateur de services et d'associé mentionné au a du I de l'article L. 521-3. () "

8. Il ressort des pièces du dossier que la société coopérative vinicole de Passy Grigny n'a pas identifié les agriculteurs membres de la coopérative qui auraient la charge d'exploiter la parcelle en litige. Ainsi, la demande d'autorisation déposée par la société requérante indique, s'agissant de la description du projet d'installation " la coopérative va exploiter 1,20 hectares de vignes provenant d'un viticulteur de Passy-Grigny. Installation prévue au 1er novembre 2022 ". En outre, si dans le cadre du présent recours la société coopérative vinicole de Passy Grigny soutient que son président et son vice-président ont la qualité d'associés exploitants de la parcelle en cause, elle a indiqué dans le cadre de sa demande, s'agissant du nombre d'associés exploitants présents sur l'exploitation " Il s'agit de personnes morales (adhérents de la coopérative). " Enfin, la préfète de la région Grand Est fait valoir, sans être contredite, que les deux représentants précités de la société requérante n'établissent pas avoir la qualité d'agriculteurs et, en particulier, qu'ils ne démontrent pas être inscrits à la mutualité sociale agricole. Dans ces conditions, il n'est pas établi que les deux associés de la société coopérative vinicole de Passy Grigny auraient la qualité d'exploitants. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la région Grand Est aurait commis une erreur d'appréciation en considérant qu'aucun associé exploitant ne devait être comptabilisé dans le cadre de la détermination des unités de travail annuelle de la demande de la société requérante doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société coopérative vinicole de Passy Grigny tendant à l'annulation de la décision de la préfète de la région Grand Est du 21 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions tendant à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête la société coopérative vinicole de Passy Grigny est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société coopérative vinicole de Passy Grigny et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Amelot, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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